samedi 30 avril 2016

Nigeria : Réunion du Comité national du Mouvement socialiste démocratique (1)

Le Comité national du DSM débat de la crise au Nigeria et dans le monde



La réunion du Comité national (CN) du Mouvement socialiste démocratique (DSM, section du CIO au Nigeria) qui s'est déroulée du 16 avril au 17 avril s'est déroulée dans une période où d'importantes transformations commencent à se faire sentir au Nigeria, vu la recrudescence de toute une série de crises et l'incapacité du gouvernement à endiguer le déclin du pays. Cela a pour effet d'accroitre la pression à la base de la société et le désir d'agir. Cette pression a déjà contraint les dirigeants des syndicats à annoncer la tenue prochaine d'une « journée nationale de grève d'avertissement », même si aucune date n'a encore été donnée.

Près de 60 camarades ont participé à cette rencontre, représentant 13 sections du DSM au niveau national. La plupart d'entre eux sont de jeunes gens actifs sur les universités ou dans d'autres sphères de notre activité dans les quartiers. Nous avons également accueilli plusieurs travailleurs du port de Lagos, en lutte contre l'injustice et les licenciements sur leur lieu de travail. La rencontre a débuté par une discussion sur les perspectives pour le Nigeria et sur le plan international, qui a pris toute la journée du samedi 16, tandis que le dimanche 17 a été consacré à des rapports des activités de nos différentes sections tout au long des derniers six mois, ainsi qu'à une discussion sur la construction du Parti socialiste du Nigeria, en cette période où la population est clairement de plus en plus dégoutée de l'ensemble des partis politiques bourgeois de notre pays.

Rapport par le camarade Ibukun Omole, Mouvement socialiste démocratique (section du CIO au Nigeria)


PREMIÈRE SESSION : (samedi matin)

Souffrance sans fin sous Buhari : où est le changement promis ?


Le camarade AJ Dagga Tolar ouvre le débat avec un rapport sur la situation
économique et politique qui prévaut au Nigeria

La session s'est ouverte par une introduction du camarade AJ Dagga Tolar, qui a décrit le sentiment de déception ressenti par la plupart des Nigérians aujourd'hui face au régime Buhari, dans lequel ils avaient placé de nombreuses illusions d'espoir. Le camarade a décrit les accords obtenus lors du voyage de Buhari en Chine, présentés comme une solution mais qui ne feront que remplacer un impérialisme (occidental) par un autre (chinois). Il a également noté l'intensification de la pénurie d'essence et d'électricité, en accusant le système capitaliste de causer cette crise. Il a de même critiqué les nombreuses excuses inventées par le régime APC (le parti de Buhari) dans leur tentative de se décharger de la moindre responsabilité.

Le camarade Dagga a également lié les nombreux problèmes d'insécurité qui sévissent dans le pays à la situation de chômage et de sous-emploi, en plus des bas salaires, des licenciements dans le secteur privé comme public, créant une véritable armée de chômeurs qui luttent pour la survie dans nos rues. C'est cette misère, couplée à la question nationale non résolue et au piètre état de notre système d'enseignement, qui provoque et nourrit des insurrections et des conflits tels que le Boko Haram, les conflits entre cultivateurs et éleveurs peuls, les pogroms anti-chiites, les groupes séparatistes du Biafra, le pillage des pipelines par des milices et les enlèvements et meurtres rituels par des sorciers et féticheurs.

Dagga a également insisté sur la nécessité pour les jeunes camarades du DSM de se former aussi rapidement que possible dans l'idéologie marxiste afin de pouvoir prendre à bras le corps la tâche historique qui leur est confiée. Car en vérité, le camarade Dagga en est certain : le Nigeria se relèvera de sa crise économique présente, mais cela ne pourra être accomplie que par la classe prolétaire en lutte afin de briser la chaine du capitalisme et d'opérer la régénération socialiste du pays.

Pour les socialistes, la crise sociale et économique du Nigeria, de même que la corruption qui affecte nos élites dirigeantes comme une peste, ne sont que les produits du capitalisme. C'est pourquoi tous les efforts de Buhari pour mettre un terme à ces crises sont vouées à l'échec encore et encore, car nulle solution ne pourra y être trouvée tant que l'on restera dans ce système. Le début de la fin de ces crises ne pourra être trouvé qu'à partir du moment où l'ensemble des secteurs stratégiques de l'économie – les banques, le pétrole, etc. – aura été nationalisé, sous la gestion démocratique des travailleurs. Ce n'est qu'à ce prix qu'on pourra mettre un terme au pillage systématique des ressources du Nigeria tout en créant les conditions pour la mise en place d'une politique socialiste de développement de tout le pays. C'est là le but du Parti socialiste du Nigeria en tant que coalition formée par le DSM, section du CIO au Nigeria.

Malheureusement, malgré la puissance de la classe ouvrière du Nigeria en tant qu'acteur potentiel de changement, la direction réformiste du mouvement syndical continue à agir en tant que frein, qui ne fait que nous entrainer d'un compromis pourri à l'autre avec les patrons et leurs gouvernements capitalistes. C'est pourquoi, malgré les nombreuses opportunités qui leur ont été offertes, les dirigeants syndicaux ont échoué à construire un véritable parti prolétarien de masse. Le Parti travailliste qui avait été mis sur pied par les syndicats a depuis été complètement récupéré par des politiciens bourgeois. Cela fait maintenant plusieurs jours que les deux principales fédérations syndicales du pays, le NLC et le TUC, ont fait connaitre leur intention d'appeler à une grève nationale pour lutter contre la hausse du prix de l'électricité et contre la pénurie d'essence qui ont encore aggravé le sort des masses laborieuses. Mais jusqu'à aujourd'hui, aucune date n'a encore été donnée pour cette grève ; sans même parler du moindre plan de mobilisation. Pendant ce temps, la crise sociale et économique continue, tandis que le prix des services de base et des denrées alimentaires ne cesse d'augmenter.

C'est face à cette situation que, tout en appelant la direction réformiste des syndicats à agir, les socialistes se tournent vers les masses des travailleurs et de la jeunesse qui ont décidé de partir en action dans les quartiers et sur les campus autour de la question du prix de l'électricité et toute une série d'autres problèmes graves, dans le but d'intensifier ces luttes et de les encourager à s'unir pour pouvoir mener une lutte plus efficace contre le gouvernement et contre les patrons des compagnies électriques. Notre tâche, en tant que socialistes, est d'intervenir dans l'ensemble de ces luttes avec pour objectif d'armer la classe prolétaire de la connaissance de la cause de toutes leurs souffrances, et de la conscience qu'il existe une alternative à cette misère, qui est le socialisme.



Il n'y aura pas de socialisme sans véritable libération des femmes


La camarade Abibat Jimoh défend la cause de l'émancipation des femmes
en tant que nécessité pour la révolution socialiste

La camarade Abibat Jimoh, de la section du DSM à Aguégué (un quartier populaire de Lagos), a ouvert une discussion sur « Pourquoi les socialistes doivent se battre pour la libération des femmes ». Elle a rappelé dans son discours que nous ne pouvons ignorer la situation d'oppression que vit plus de la moitié de la population : « Il ne peut y avoir de socialisme sans véritable libération des femmes ». Elle est revenue sur les nombreux cas de harcèlement et de viol, en particulier dans le temple du savoir, nos universités, où il est devenu la norme que les professeurs ne donnent pas de notes à leurs apprenants tant qu'ils n'ont pas pu coucher avec elles (dans le cas des filles) ou avec leurs copines et/ou sœurs (dans le cas des garçons). Nous devons absolument agir contre ce système patriarcal afin d'obtenir justice pour les femmes, tout en comprenant bien que la cause fondamentale du sexisme est économique, que le sexisme est encouragé et engendré par le capitalisme.

Un message de solidarité a été lu de la part du groupe sympathisant du Comité pour une Internationale ouvrière en Côte d'Ivoire. Dans leur message, les camarades faisaient état des luttes qui sont en train de se développer en ce moment en Côte d'Ivoire, en particulier dans le secteur de l'enseignement, contre la politique de privatisation mise en place par le gouvernement capitaliste de Ouattara. Ce message a contribué à renforcer la compréhension des camarades sur le fait que partout, la classe prolétaire et les masses pauvres sont confrontées à la même tâche qui est la mise à bas du capitalisme.

Les intervenants sont revenus sur l'importance de convaincre des personnes de même esprit que nous à rejoindre notre organisation, tout en assurant une croissance et un approfondissement rapides de leur idéologie, pour nous permettre de répondre aux défis que représente la présence crise du capitalisme. 

Le camarade Segun Sango, secrétaire général du DSM, a répondu à la question de savoir si l'on ne risque pas de revenir à une dictature militaire, en disant qu'une telle probabilité parait peu élevée, étant donné le contexte de tensions entre différentes ethnies et les nombreuses tendances au séparatisme, qui risqueraient d'exploser en cas de mise en place d'une nouvelle dictature. Segun a néanmoins accepté le fait que la question d'un éventuel retour à un régime militaire est effectivement largement débattue parmi la population nigériane, révélant l'ampleur de la frustration qui vit parmi le peuple face à ce gouvernement capitaliste. Il a également mentionné le fait que la mise en place d'une semi-dictature pourrait être de plus en plus perçue comme une éventuelle solution parmi la population si le mouvement syndical devait échouer à s'emparer de la tâche historique qui lui est confiée d'orienter la colère des Nigérians de manière constructive, à des fins révolutionnaires.


Le camarade Segun Sango, SG du DSM

Les travailleurs portuaires présents, qui ont été injustement licenciés par leurs patrons sans la moindre compensation, ont dit apprécier le rôle joué par le DSM dans leurs luttes et ont exprimé leur assurance d'obtenir une victoire prochaine dans leurs luttes.

La session a été conclue par le camarade Kola Ibrahim, qui nous a encouragés à aller porter nos idées parmi les masses afin de leur expliquer la nature de l'alternative socialiste face au capitalisme agonisant et à l'échec de la politique de Buhari. 

Il nous a aussi enjoints de nous pencher plus en détail sur la question des conflits entre cultivateurs et éleveurs peuls : selon lui en effet, tout comme la société des cultivateurs, la société des éleveurs peuls se divise entre petits et grands éleveurs de bétail. Certains de ces grands éleveurs sont en fait comme de grands capitalistes, qui tireront plus de profits que les autres d'éventuels subsides, infrastructures et services agronomiques de la part du gouvernement. Oui, nous devons défendre l'idée de plus d'investissements dans l'agriculture et l'infrastructure de la part du gouvernement et de plus de subsides aux coopératives de paysans. Mais nous devons clairement insister sur le fait que pour nous, ces bénéfices doivent avant tout servir les intérêts des paysans, éleveurs et manœuvres agricoles pauvres, et non ceux des grands planteurs et des grands éleveurs qui sont déjà en train de se frotter les mains à l'annonce des soi-disant solutions proposées par le gouvernement – comme la loi sur le pâturage qui est soumise en ce moment à l'approbation de l'assemblée nationale.

Le camarade Kola Ibrahim a également appelé l'ensemble des camarades à utiliser les documents mis à leur disposition lors de la réunion du CN pour la formation au sein de leurs sections respectives, et d'utiliser les diverses questions soulevées dans ces documents pour susciter des débats au sein de leurs sections. Il a également fait la proposition de rédiger une brochure décrivant la manière dont les socialistes peuvent mettre en place des sections locales du Parti socialiste du Nigeria (SPN). Le camarade a également soulevé l'idée de produire un flyer ou poster du SPN qui reprendra les principaux points de programme de ce parti afin de les faire connaitre à la population.



(la suite ici)

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