dimanche 22 juillet 2018

CI : Crise à la FIF

Argent a gâté ballon vraiment !

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– camarade Fantôme

La crise qui secoue la Fédération ivoirienne de football (FIF) continue malheureusement de faire des vagues. Alors que les éliminatoires de la CAN 2019 ont commencé, pas sûr que notre équipe nationale soit qualifiée ! Après avoir refusé les auditeurs de la FIFA, le président de la FIF, Sidy Diallo, a commencé à accuser son prédecesseur M. Anoma d’avoir détourné des fonds et d’être à l’origine des problèmes actuels.

Pour rappel, Sidy Diallo et son équipe ne sont plus désirés à leurs postes par une grande partie des Ivoiriens au lendemain de la disqualification des Éléphants lors des éliminatoires du Mondial 2018. Leur départ a été réclamé. En vain. C’est cette affaire qui a fini par attirer l’attention de la FIFA.

Cependant, force est de constater que même après la table ronde de Zürich, aucune AG n’a finalement été tenue, et la FIFA (elle-même une organisation franchement qui baignent dans de nombreux scandales de corruption) s’est contentée d’appeler les uns et les autres à respecter les statuts de la FIF, sans prendre position.

En réalité, cela fait longtemps que l’argent a gâté le football, et pas seulement en Côte d’Ivoire – de plus en plus de gens se plaignent de cet état de fait chaque année. Les compétitions de la FIFA sont devenues des cirques médiatico-financiers où tous les coups sont permis. Les soi-disant « clubs » ne sont que des entreprises rachetées par de puissants hommes d’affaires, dont les joueurs, même s’ils sont payés des milliards, sont en quelque sorte les esclaves, tenus par des contrats très stricts. À tel point que la CAN 2019, presque entièrement financée par le groupe pétrolier français Total, s’appellera désormais « CAN TOTAL 2019 ».

De ce point de vue, Sidy Diallo n’est donc qu’un élément de cette gangrène qui touche non seulement le football mondial mais aussi l’ensemble des clubs ivoiriens. Aujourd’hui, dans la plupart des clubs, ce sont les joueurs et leurs managers qui paient les sélectionneurs pour pouvoir jouer, prêts à tout pour pouvoir un jour s’envoler pour Bingué. Et quand ce n’est pas en argent, c’est en « nature ». Les compétitions nationales et régionales sont totalement négligées, les compétitions inter-écoles ou inter-universitaires de type OASU ont pratiquement disparu, plus personne ne s’y intéresse. Et c’est sans parler de notre équipe jeunes (les Éléphanteaux) et notre équipe femmes (les Éléphantes), qu’on ne voit pratiquement jamais. Quant aux infrastructures… la situation à l’INJS veut tout dire ! (voir notre autre article)

Pourtant, on voit que dans nos villages, les habitants sont capables d’organiser par eux-mêmes des tournois où toute la population participe, dans le calme et sous l’autorité des responsables jeunes locaux. Alors qu’est-ce qui n’a pas marché ? Ne pourrait-on revenir à un jeu qui reste un jeu, sans tous ces trafics mafieux ? Un jeu bon enfant, où nos joueurs se respectent et cessent de se prendre pour des stars ?

Nous devons complètement revoir les statuts de la FIF, pour parvenir à une gestion démocratique dans laquelle ce seront les communautés locales, les supporters et les joueurs, qui décideront par eux-mêmes de la vie de leur club. Pour que les entraineurs soient élus par les joueurs et les supporters. Les bons joueurs doivent recevoir un salaire, mais cela doit être un salaire honnête, pas des millions en jeu comme c’est le cas à présent.

Il faut aussi sortir de cette dépendance à des sponsors comme Orange, Total, Canal+, qui finissent par dicter les règles du jeu et même qui doit gagner (en corrompant les joueurs et les arbitres), en fonction de leurs petits intérêts ! L’État doit être le seul sponsor de nos compétitions ! Le même État qui doit complètement revoir le financement de nos clubs (jusqu’au niveau local), la création d’écoles de sport, d’infrastructures comme des stades dignes de ce nom, etc.

Enfin, les dirigeants des clubs doivent rendre des comptes et être tenus pour responsables, sans quoi ils doivent pouvoir être démis de leur fonction par les supporters et joueurs.

Par ces mesures, nous aspirons à un football libre, démocratique, indépendant, transparent et bon enfant, qui soit un sport du peuple, par le peuple et pour le peuple ; un football qui permettra réellement à nos meilleurs talents de s’exprimer et de briller à nouveau sur la scène mondiale.

lundi 16 juillet 2018

Éthiopie : le nouveau Premier ministre fait des concessions pour tenter de mettre fin à l’agitation sociale et politique


La lutte a payé – il faut poursuivre le combat


L’Éthiopie connait depuis trois ans une grande agitation sociale et politique. Des mouvements ont eu lieu dans presque tout le pays. La population est fatiguée de l’injustice, des abus, des assassinats et des arrestations. Elle revendique des changements politiques et économiques pour faire face aux difficultés à tous les niveaux.

– Article par notre camarade Temesguen Békélé Aga (militant éthiopien du CIO exilé en Suède)

vendredi 13 juillet 2018

Limitation des mois d'avance des loyers

Encore une mesure pour rien ?

L’image contient peut-être : une personne ou plus, maison et plein air

– camarade Fantôme

Abidjan, pratiquement deux mois après le vote à l’Assemblée nationale de la loi fixant le montant des cautions et des avances de loyer à quatre (4) mois cumulés maximum (deux mois de caution et deux mois d’avance), à la pratique, les propriétaires de maison font de la résistance en demandant des cautions allant de six à dix mois au potentiel locataire.

On peut encore sillonner les quartiers d’Abidjan aujourd’hui à la recherche d’un logement, et être sidéré par le comportement des propriétaires de maison qui ignorent complètement cette décision du gouvernement. Si bien que partout dans les communes d’Abidjan, à chaque coin de rue, on voit en public et sans honte des pancartes de proposition de logements avec des cautions de six à dix mois – sans parler des « frais de visite ».

En attendant, les locataires de maison continuent de subir la loi selon les propriétaires, avec le fameux slogan de « C’est pas l’État qui a construit nos maisons ». Car en vérité, si les propriétaires et autres promoteurs ne trouvent plus leur compte en construisant et louant leurs maisons, il faut s’attendre à un boycott de leur part, afin de créer une pénurie de logements pour forcer l’État à revoir sa position.

L’État doit plutôt construire des logements sociaux dans le but de faciliter l’accès au logement à la population et à tous, engager dans ce sens une concurrence au privé avant même de passer à la casse des secteurs des quartiers dits « précaires » et encore moins parler de ce décret farfelu. À partir du moment où chacun sait qu’il pourra trouver une maison bien construite et à bon prix, les propriétaires privés seront forcés de diminuer d’eux-mêmes leurs exigences.

Il faut arrêter de tout laisser entre les mains du soi-disant « marché », de la volonté des investisseurs privés qui ne font rien sans rien. 

mercredi 11 juillet 2018

RHDP : l'inévitable implosion




– camarade Zova


Les élections de 2020 approchent à grands pas ! Tout le monde se demande comment va se dérouler la prochaine campagne électorale. Et la question la plus brulante est évidemment non pas de savoir qui l’emportera, mais bien si ce jeu électoral aura ou non des répercussions sanguinolantes cette année-là. Tant les populations sont découragées de la chose.

Cependant, on ne peut s’empêcher de constater une frustration, qui gagne toutes les couches sociales, y compris celles qui soutenaient traditionnellement le RDR et M. Ouattara. Partout dans le pays, on voit des populations nordistes crier leur désenchantement. Ce n’est pas pour rien si les émeutes contre la CIE ont commencé à Bouaké ! Même les anciens rebelles se sentent trahis. Pas une semaine ne se passe sans qu’un commissariat ou une gendarmerie ne soit brulé. Tous ces signes sont inquiétants pour notre élite capitaliste, car ils annoncent un désir de révolte de la part de la population. Même les parrains de Ouattara comme le FMI et autres structures internationales s’en plaignent ouvertement et appellent le gouvernement à mettre en place des mécanismes de « distribution des fruits de la croissance ».

Car si le pays s’est bel et bien développé sous Ouattara, les Ivoiriens ne profitent pas de cette croissance : c’est le cas du peuple, mais c’est aussi le cas de toute une partie de la bourgeoisie nationale, mécontente de voir des entreprises étrangères privilégiées pour l’accès aux marchés publics et autres financements.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le regain de tension actuel entre PDCI et RDR. Le PDCI est le parti par excellence de la bourgeoisie traditionnelle ivoirienne, cette aristocratie de grandes familles de hauts cadres étatiques, descendants de compagnons d’Houphouët et grands propriétaires terriens. Le RDR est quant à lui un parti bourgeois « moderne » dont la base est une bourgeoisie d’affaires fortement liée au commerce international et notamment aux « commissions » et « partenariats » avec des sociétés multinationales étrangères, pas seulement françaises – d’où leur recherche permantente de nouveaux pays partenaires (Maroc, Turquie, Chine, Inde, etc.).

Ces deux couches rivales tirent leur richesse de sources différentes, ce qui exige la mise en place d’une politique économique différente, voire opposée – elles ne peuvent donc pas s’entendre. Elles avaient été contraintes de s’allier contre le FPI, parti de la moyenne bourgeoisie, qui avait fait l’erreur selon elles de mobiliser la population pour son programme « patriotique ». Mais une fois le danger passé et la population matée et réduite à un silence forcé, les vieilles rancœurs font inévitablement surface.

Le PDCI toutes ces années avait dû se résigner à faire profil bas pour pouvoir se raccrocher à la mangeoire étatique. Mais aujourd’hui que se développe un puissant sentiment anti-RDR et que l’on voit à chaque scrutin percer des indépendants, le PDCI ferait certainement fausse route en acceptant de se ranger derrière ce parti tant discrédité.

Vu l’absence de parti d’opposition, et le risque posé par de jeunes aventuriers populistes difficilement « maitrisables » (voir ci-dessous), il est possible que certains des anciens parrains de Ouattara, soucieux de la stabilité de leur « système », soient aujourd’hui en train d’encourager le PDCI à se revêtir du manteau d’opposition.

Sans doute sont-ils occupés à écrire un scénario qui permettra à Bédié de se sortir de cette situation la tête haute et de revenir au pouvoir (lui-même ou un de ses pions). Le PDCI dans cette posture bénéficierait certainement du soutien opportuniste du FPI (ou de ce qu’il en reste) – un FPI réunifié pour l’occasion, ce qui couperait en même temps l’herbe sous les pieds de Soro. Tout cette mascarade dans le but de « sauver » le pays d’une révolution.

Cette fausse opposition doit être dénoncée. Certes il nous faut chasser Ouattara du pouvoir, mais il nous faut pour cela un parti qui représente véritablement la population et non l’intérêt des petits cercles.

lundi 4 juin 2018

Nigeria : 22e Congrès du DSM


ÉCONOMIE DU NIGÉRIA : le pire est-il vraiment derrière nous ?


Le 22e Congrès du Mouvement démocratique socialiste du Nigeria (DSM, section nigériane du Comité pour une Internationale ouvrière) s'est bien tenu ces 14-15 avril 2018. Cet évènement, au cours duquel nous nous sommes penchés sur le programme pour l'intensification de la lutte des classes au Nigeria, aura un impact dans les mois et années à venir. Nous vous proposons ici un bref compte-rendu de ce congrès, ainsi qu'un article d'analyse de la situation économique du Nigeria.

Un rapport plus complet des conclusions du Congrès sur l'ensemble de la situation politique, économique et sociale du Nigeria suivra sous peu.

Rapport de nos camarades sur le terrain au Nigeria

mercredi 16 mai 2018

Théorie : 200 ans de marxisme

1818-2018 : la pensée de Karl Marx n’a pas perdu de sa fraîcheur


Des sourcils ont dû sérieusement froncer à la City de Londres à la lecture du journal The Independant et de l’interview du gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, réalisée à la mi-avril. Celui-ci avertissait ses pairs : « Marx et Engels peuvent devenir à nouveau pertinents ». 200 ans après la naissance de Karl Marx, pourquoi donc ses idées suscitent-elles toujours autant d’intérêt et même de craintes ?

– Article de notre camarade Nicolas Croes, Parti socialiste de lutte (section belge du CIO)

lundi 14 mai 2018

CI : Enlèvement d’enfants

Le symptôme d'une société malade


Le phénomène de l’enlèvement des enfants est aujourd’hui une réalité très inquiétante pour la population ivoirienne. Ce phénomène crée la psychose totale parmi la population, de sorte que personne n’a plus confiance en son prochain ou en son voisin, car les quelques cas où ces malfaiteurs ont criminels ont été arrêtés, comme pour le cas du petit Bouba qui a fait du bruit dans tout le pays, il s'est avéré que ces criminels sont souvent des proches de la famille de leurs victimes ou de l’enfant. 

La question est donc de chercher à comprendre ce qui peut bien pousser des adultes à ôter la vie à ces êtres sans défense. Nous vivons en fait dans une véritable culture du sacrifice. Les maux engendrés par la société capitaliste et son aliénation sont tels que la plupart des citoyens sont plongés dans un désespoir. Personne ne comprend pourquoi les riches sont riches, les pauvres sont pauvres, pourquoi  un tel a un travail et l’autre n’en a pas… 

Vu l’ignorance des lois économiques et sociales, on invente alors des causes mystiques, tout comme nos ancêtres pensaient que la pluie était envoyée par Dieu ou par les génies. On se dit que sacrifier 10.000 francs à l’église nous rapportera, que se priver de nourriture pendant une semaine nous fera gagner un travail, attirera sur nous les faveurs divines.

Comme si c’était Dieu qui avait créé l’argent ! Comme si c’était Dieu qui investissait dans l’économie du pays ! Comme si nos dirigeants étaient riches par une grâce divine, et non pas par l’exploitation du travail du peuple, leurs petits trafics et le détournement des biens publics ! Du sacrifice d’un repas ou d’une liasse de billets de banque au sacrifice d’animaux puis d’enfants, il n’y a qu’un pas ! La reine Pokou n’a-t-elle pas elle-même donné l’exemple ? 

C’est le désespoir qui pousse l’homme à faire du mal à son prochain. La société capitaliste nous met en concurrence les uns avec les autres : quand tu arrives pour une offre d’emploi et que tu vois dix autres candidats assis là, en même temps tu commences à les maudire eux tous dans ton cœur, tout comme eux-mêmes ont commencé à te maudire dès qu’ils t’ont vu. C’est le même phénomène entre nos hommes politiques qui briguent les mêmes postes, nos patrons qui briguent les mêmes marchés ou qui luttent pour s’arracher la clientèle.  

C’est cette société qui nous pousse à lutter les uns contre les autres et qui nous fait perdre la compassion. Celui qui est bon et généreux est vu comme un perdant, un mouton. Comme il est loin le  temps du travail partagé aux champs, des générations qui s’entraidaient… S’il faut condamner les sacrifices humains, il est bon de s’attaquer à la racine du phénomène : le système capitaliste, qui engendre lui-même la pauvreté, le chômage, les inégalités, la précarité, l’ignorance et les superstitions religieuses qui en découlent.


mercredi 9 mai 2018

Histoire : Grève générale de mai 1968

Lorsque le prolétariat français a failli renverser le capitalisme


Dans le monde actuel, préoccupé par l'émergence d'une « nouvelle guerre froide » entre les grandes puissances mondiales, les évènements d'il y a 50 ans dans un pays d'Europe loin de nous peuvent sembler peu pertinents. Mais pour ceux qui cherchent comment nous pouvons parvenir à un monde différent, un monde socialiste, il est crucial de se pencher sur les « évènements » de mai 1968 en France.

C'est ce qu'explique notre camarade Clare Doyle (Secrétariat international du Comité pour une Internationale ouvrière)

vendredi 4 mai 2018

Théorie : Pourquoi y a-t-il du chômage ?

La conséquence logique du « développement » capitaliste


Décrocher un emploi est le premier souci de nombre d’entre nous. Car celui qui ne travaille pas ne mange pas ! Le ministre de l’Emploi nous a pourtant encore affirmé ce 15 janvier 2018 que le taux de chômage dans notre pays est en baisse constante, il vaudrait aujourd’hui à peine 2,8 %. Foutaises ? Mais pourquoi y a-t-il du chômage, pourquoi est-il si difficile de gagner un travail de nos jours ? Alors qu’il y a 100 ans les colons étaient contraints de recourir aux travaux forcés, aujourd’hui on se tue pour gagner un travail ! Pourtant, on a beau faire de longues études, des masters et des doctorats, cela n’est toujours pas une garantie.

– camarade Guide

mercredi 25 avril 2018

CI : Élections locales ou tripatouillage électoral ?

Les élections locales auront-elles lieu ?


Pas pour maintenant, à ce qu’il semble, le gouvernement ayant décidé de prolonger de façon unilatérale le mandat des maires et des présidents des conseils régionaux. Pourquoi donc ce retournement de situation ? Sans doute pour éviter d’effaroucher certains cadres de la coalition au pouvoir à la veille de l’unification du RHDP ? Quoi qu’il en soit, ce pouvoir prend de nouveau des libertés avec la loi et le fonctionnement « normal » des institutions pour faire ce qu’il veut, quand il veut, quand ça l’arrange. De toute façon, ce n’est pas comme si la population était intéressée !

– camarade Castro

Par ailleurs, les élections sénatoriales (et la nomination expresse et anticonstitutionnelle du président du Sénat) qui ont eu lieu récemment ont démontré la grande indifférence de la population vis-à-vis de tout ces petits jeux. Alors qu’au Burkina ou au Sénégal, la création d’un Sénat a été prétexte à révolution, allant jusqu’à pousser à la chute des dictateurs, chez nous, c’est le calme plat – zéro. Tant les populations sont habituées à voir ce régime trafficoter les lois comme il le souhaite et sans que cela ait la moindre incidence sur nos vies.

C’est de la même manière que, malgré les problèmes qui minent la Commission électorale indépendante (CEI) dirigée par Youssouf Bakayoko, le RHDP s’entête coute que coute à la maintenir telle quelle, malgré la contestation des partis d’opposition et le fait que M. Bakayoko ait dépassé depuis des années la limite de son mandat légal. Rappelons que cette CEI s’est tristement illustrée lors des élections présidentielles de 2010, et qu’elle ne s’est pas améliorée depuis, avec des élections organisées n’importe comment et à la dernière minute, des taux de participation imaginaires et des résultats truqués, falsifiés à la faveur des candidats du parti au pouvoir.

Vu le caractère douteux de cette CEI, la tendance à terminer les élections dans la violence (souvenons-nous des élections municipales à Koumassi en 2013 ou des législatives à Bonon en 2012), et l’absence de tout parti politique un tant soit peu crédible, nombreux sont les Ivoiriens qui refusent de participer à leur « devoir civique » en boycottant les élections organisées en Côte d’Ivoire.

La démocratie suppose le choix du peuple, ce qui n’est plus le cas depuis quelques années dans notre pays. La démocratie, c’est la liberté d’expression, les élections libres et transparentes, mais malheureusement tout cela a perdu son sens aujourd’hui. On peut facilement se faire voler sa voix pendant le dépouillement au profit d’un candidat qu’on n’a pas choisi, et cela est presque devenu coutume. En Côte d’Ivoire, où l’opposition est inutile lorsqu’elle n’est pas muselée, on nous impose nos dirigeants comme au temps du parti unique de feu Félix Houphouët-Boigny. C’est ce qu’on appelle « démocratie à l’ivoirienne ». Où va notre cher pays, qui chante matin, midi et soir l’émergence en 2020 !

L’émergence tant vantée par nos cadres n’est en fait que l’émergence de notre classe dirigeante de patrons capitalistes, ivoiriens comme étrangers, dont la richesse dépend de notre exploitation dans le calme et l’ordre. Soyez sûr que cette émergence sera pour nous une véritable immersion. Or, pour répliquer chez nous le modèle chinois ou le modèle éthiopien, il est crucial pour le régime capitaliste de se doter d’organes de pouvoir forts qui garantiront que jamais la voix du peuple ne pourra se faire entendre par la voie légale. C’est là tout le sens des manœuvres actuelles.

Pour nous, s’il importe de continuer le combat pour la liberté d’expression et la démocratie, il faut aussi lutter en dehors de la lutte purement « politique » pour faire place à la lutte sociale – dans la rue, dans les zones industrielles, pour les revendications concrètes qui préoccupent au premier plan le citoyen : cherté de la vie, accès à l’eau, au logement, contre les violences, etc. Si nous parvenons à nous faire entendre et à nous imposer par cette fin, même les cadres du pouvoir seront forcés de nous suivre.

Enfin, c’est bien beau de vouloir lutter pour se faire entendre, mais encore faut-il avoir quelque chose à dire ! Un programme concret à proposer, une vision, une idéologie, pour le développement de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique. Sans quoi, à quoi bon vouloir devenir maire, député ou conseiller régional ? Si ce n’est que pour reproduire, encore et toujours, les mêmes schémas de soi-disant développement capitaliste bourgeois, et finalement appliquer la même chose que ceux que nous critiquons aujourd’hui.