samedi 18 août 2018

Théorie : Un autre monde est possible

Comment parvenir à la nouvelle société ?


Depuis quelques années, le terme de « révolution » n'est plus un gros mot. Des dictateurs et des dirigeants corrompus sont renversés en Tunisie, en Égypte, au Burkina, en Éthiopie, en Afrique du Sud, au Zimbabwé, etc. tandis qu'on voit des mouvements de masse en Chine, en Espagne, en Iran, au Nigeria, aux États-Unis… Tous ces mouvements créent de l'enthousiasme, la foi que l'on peut faire changer les choses. Mais la question reste : comment, à partir de cette action collective de masse, parvenir à une société dans laquelle les richesses seront partagées et où tout le monde connaitra le bonheur ?

Pendant toute une période, cette question était étouffée par l'offensive idéologique de droite de la classe dominante. L'effondrement du système stalinien (« communisme ») en Russie et ailleurs a été utilisé par les capitalistes pour nous faire croire que leur système était le seul système valable. Mais la réalité est plus forte que la propagande. Aujourd'hui, même les principaux stratèges du capitalisme peinent à cacher le fait qu'ils n'ont pas la moindre solution. Plans d'ajustement structurel, austérité… nulle part ces mesures n'ont jamais permis la moindre véritable reprise économique une fois que la crise a frappé.


Il faut reprendre le contrôle de l'économie

La solution réside dans la collectivisation démocratique des moyens de production, des secteurs stratégiques de l'économie. On ne pourra jamais obtenir nulle part une démocratie réelle tant que les riches sont ceux qui restent maitres de l'économie. De même, c'est cette mainmise de l'argent sur l'économie qui nous mène à la destructtion aveugle de l'environnement.

Si les secteurs stratégiques de l'économie étaient placés sous le contrôle de la masse, il serait possible de planifier l'activité économique de façon démocratique. On pourrait alors mener sérieusement une véritable guerre contre la pauvreté et amener l'ensemble de l'humanité au niveau de développement que permettent une utilisation rationnelle et équitable des technologies actuelles. L'humanité libérée de la double entrave de l'économie de marché et de la soi-disant « libre concurrence » : c'est cela qu'on appelle le socialisme.

Aujourd'hui, l'énergie créatrice de milliards de gens est gâchée par le chômage et la misère, alors que les besoins n'ont jamais été aussi grands. Hôpitaux, écoles, logements sociaux, transports en commun et autres besoins de base sont détruits par les réductions budgétaires et la gabegie, tandis que des sommes faramineuses dorment sur les comptes des soi-disant investisseurs privés. La seule force sociale capable de ramener la justice sur la Terre est le prolétariat.


Le prolétariat n'a pas disparu

Les capitalistes cherchent à nous enfumer en nous parlant de « consommateurs », de « citoyens », d'« individus »… Or le prolétariat n'est rien d'autre que cette couche de la population qui, dépourvue de ses propres outils de production, est condamnée à vendre la force de ses bras et de son intellect à un patron en échange d'un salaire calculé pour ne correspondre qu'au strict minimum pour la survie. Cette classe sociale n'a en réalité jamais été aussi forte qu'auparavant. Ce sont aujourd'hui des milliards de personnes dans le monde qui sont contraints de se lever chaque jour pour aller travailler pour quelqu'un, sous peine de mourir de faim.

La couche la plus puissante du prolétariat est la classe ouvrière industrielle qui détient entre ses mains la majeure partie des richesses. Ce n'est pas pour rien si les grèves sont toujours plus efficaces que les marches pour faire dégager les dictateurs. Tant qu'on marche, nos patrons ne perdent pas d'argent. Mais si les ouvriers s'arrêtent de travailler et s'organisent, c'est leur gagne-pain qui est touché. Nos patrons ont tellement horreur de cette perspective qu'ils font tout pour discréditer l'idée même de la grève, en traitant les grévistes de « paresseux », d'« irresponsables » qui prennent la nation « en otage » avec leurs syndicats « démodés ». C'est parce qu'ils ont bien plus peur de l'organisation de la classe ouvrière que de tous les meetings et marches de l'opposition.


Parlement bourgeois et parlement de la rue

On voit souvent la population placer ses espoirs en l'un ou l'autre dirigeant bourgeois qui promet de « faire pression » sur le système pour obtenir quelques avancées sociales. C'est vrai qu'il est utile pour les révolutionnaires de participer aux élections pour se faire connaitre, mais les véritables révolutions n'ont jamais lieu dans un bureau.

C'est l'illusion dans le système électoral et dans les « négociations » avec le système qui permet à nos ennemis de s'organiser tandis que la population commence à se lasser et abandonne le combat. Que ça soit en Grèce avec Tsipras ou en Côte d'Ivoire avec Gbagbo, on voit qu'il ne sert à rien de demander pardon au système pour trouver un arrangement. Comme le disait le révolutionnaire argentin Ernesto Che Guevara : « La révolution est comme un vélo : si elle n'avance pas, elle tombe ».

Dans tous les grands mouvements qui entrainent la chute des dictateurs, on voit la population s'organiser de façon spontanée pour prendre son destin en main. Comités de quartier, comités d'autodéfense, comités de lutte syndicale… Ce qu'on appelle « agora » en grec ou « soviet » en russe, c'est ce qu'on appelle « parlement de la rue » en ivoirien. C'est l'assemblée des travailleurs, des jeunes et de la population dans les quartiers et dans les zones industrielles qui permet de coordonner les actions pour le blocage de l'économie. C'est cette auto-organisation de la masse qui ouvre la voie à l'avènement de la nouvelle société socialiste. Une société où tous les dirigeants sont élus directement par la base, révocables à tout moment, ne disposant d'aucun privilèges (purement volontaires), mobilisant la population pour travailler avec les ressources et les outils disponibles afin de développer le pays et satisfaire aux besoins réels du peuple.

Comme le disait le révolutionnaire russe Liev Bronstein dit « Trotsky » : « Plus le prolétariat agit résolument et avec assurance, plus il a la possibilité d'entrainer derrière lui les classes moyennes, plus la classe dominante est isolée, démoralisée et se désagrège, ce qui renforce encore l'influence et l'action des révolutionnaires ». Hélas, trop souvent nos dirigeants de gauche restent timides, écrasés par le poids de la pensée unique libérale qui a été imposée après la chute des régimes « communistes » (staliniens).


Un parti prolétarien de lutte

Pour pouvoir organiser l'action des masses, il faut un organe capable de les guider et de les canaliser, un véritable instrument de combat social. « Sans organisation dirigeante, l'énergie des masses est comme une vapeur qui se disperse sans être enfermée dans un piston. C'est le piston qui fait bouger la voiture. Mais l'énergie qui le fait bouger vient de la vapeur ».

La tâche cruciale aujourd'hui pour tous ceux qui désirent un véritable changement de société est la construction d'un parti révolutionnaire prolétarien, avec un programme socialiste, c'est-à-dire basé sur la propriété collective des moyens de production. Les différents partis révolutionnaires de chaque pays doivent coordonner leur action à une échelle internationale – c'est dans ce but qu'a été mis sur pied le CIO, Comité pour une Internationale ouvrière.

Le parti révolutionnaire est un organe de lutte centralisé mais démocratique. Le contrôle de la base sur l'appareil est la seule garantie contre la corruption et la défaillance des dirigeants.

La révolution ne se fait pas en ligne droite. À certains endroits, elle peut s'arrêter et on voit à l'œuvre le processus inverse : la contrerévolution. En Égypte, le président Sissi a massacré les révolutionnaires pour restaurer la dictature. En Syrie et en Libye, le pays a été plongé dans un véritable bain de sang. Au Zimbabwé ou en Afrique du Sud, les dirigeants impopulaires ont été chassés par leur propre entourage pour éviter le développement de la contestation. Dans plusieurs pays, on voit des dirigeants arriver avec un discours réactionnaire promouvant un faux nationalisme et la division sur base ethnique, religieuse ou tribaliste, tout en utilisant la répression.

Le révolutionnaire russe Vladimir Oulianov dit « Lénine » disait que la révolution se produit lorsque « Ceux d'en bas ne veulent plus être gouvernés comme avant, et que ceux d'en haut ne peuvent plus gouverner comme avant ». Mais il ajoutait aussi qu'un gouvernement ne tombe jamais de lui-même : il faut le faire tomber.


Notre programme politique pour la mobilisation

Aujourd'hui cependant, on constate qu'alors que la situation devient chaque année de plus en plus grave et urgente, la majorité des gens continue à espérer qu'on pourra s'en sortir sans une révolution. C'est pourquoi les socialistes élaborent leur programme de sorte à mobiliser les masses pour des revendications concrètes tout en expliquant à chaque fois en quoi cela nous rapproche de la nouvelle société socialiste.

La masse fait son éducation non pas dans les livres mais à travers la lutte. Elle connait des échecs, ce qui n'est pas grave tant qu'elle en tire les bonnes leçons. Elle se tourne souvent vers des faux leaders qui la font rêver, avant de se rendre compte par après qu'elle a été fourvoyée. Le rôle des socialistes est d'accompagner la classe prolétaire dans sa prise de conscience tout en accélérant cette prise de conscience.

Lorsque nous disons que nous voulons du travail pour tous ou une hausse du salaire minimum, on nous rétorque que nos revendications sont irréalistes. Cependant, le caractère « possible » ou « impossible » de telle ou telle revendication dépend du rapport de forces dans la société, de l'organisation, de la stratégie et de la combattivité du prolétariat. Si nous nous contentons de demander ce que nos patrons peuvent nous donner, alors nous n'obtiendrons qu'un dixième de ce que nous demanderons. Plus l'esprit sera militant, plus nous gagnerons.


jeudi 16 août 2018

Monde : Rapport de l'école d'été 2018 du CIO


Dix ans après la crise de 2007-2008, le capitalisme n'a toujours pas trouvé la solution


L'école d'été du CIO 2018 à Barcelone, à laquelle étaient présents 400 camarades venus de trente pays du monde, s'est ouverte par une discussion extrêmement animée et pleine de confiance sur les troubles et le chaos auxquels est confronté le capitalisme mondial, ainsi que les perspectives pour la lutte de classes et le socialisme. Cette session a été introduite par Peter Taaffe, fondateur du CIO et SG du Parti socialiste d'Angleterre et du pays de Galles, et conclue par Tony Saunois, SG du Secrétariat international du CIO.

CI : Affaire Bendjo

Toujours le même opportunisme


Le maire du Plateau, Noël Akossi Bendjo, récemment « révoqué » par le Conseil des ministres pour faux et usage de faux (une accusation dont on n'a toujours pas vu la moindre preuve), a de son exil parisien officialisé le nouveau slogan : « Redonnons vie à notre terre d'espérance ». Comme quoi le ridicule ne tue pas.
Ce nouveau slogan est semble-t-il celui du PDCI dans le but de fédérer l'opposition derrière lui. Il a été dévoilé lors d'une cérémonie ce dimanche 12 aout, sous les auspices du président Bédié (« un homme exceptionnel, qui toute sa vie a consenti d’immenses sacrifices pour son parti et son pays »), à laquelle ont notamment pris part le FPI et le Cojep. Comme d'habitude, on peinera à trouver la moindre trace d'un programme politique ou d'une revendication concrète.
Le FPI et le Cojep confirment donc ainsi le caractère bourgeois ou petit-bourgeois de leur opposition. Pour eux, toutes les alliances sont permises, tant que ça va dans le sens d'un rapprochement de la mangeoire étatique. « L'ennemi de mon ennemi est mon ami ». Pas besoin de se soucier de savoir qui est monsieur Bendjo, ce qu'il a fait ou n'a pas fait. La seule chose qui compte est qu'il soit pour l'heure opposé à Ouattara. Le reste, on s'en fout.

Quelle lutte contre la corruption ?
La question de la corruption de M. Bendjo mérite pourtant d'être soulevée. Il est évident que l'argument de la corruption est un outil très utile pour tout régime désireux de se débarrasser d'éventuels adversaires. L'ensemble de notre caste dirigeante est par nature corrompue. Il est donc extrêmement facile, en cas de nécessité, de trouver des éléments tendant à démontrer la corruption de telle ou telle personne. Tant les petits trafics de comptabilité sont monnaie courante. On le voit au Nigeria aussi, où la soi-disant guerre contre la corruption menée par M. Buhari a été extrêmement sélective, s'attaquant exclusivement aux cadres de l'ancienne administration Jonathan. Dans les pays développés aussi, il aura fallu en France que M. Sarkozy quitte le pouvoir pour voir le début d'une enquête contre lui.
Il est donc évident que le gouvernement Ouattara agit de façon opportuniste en choisissant exactement ce moment-ci pour « révoquer » M. Bendjo, sans l'ombre du début d'un jugement ; tout comme ce n'est pas un hasard si c'est précisément aujourd'hui qu'il a décidé d'amnistier les dirigeants du FPI. Tout cela répond à des objectifs politiques. La manière dont s'est effectuée la révocation de M. Bendjo est donc à dénoncer.
Mais faut-il pour autant partir soutenir ce monsieur comme s'il était entièrement propre ? Quand deux voleurs se battent, faut-il forcément aller les départager pour savoir qui est le moins voleur des deux ? En tant que socialistes, nous sommes contre la corruption. Une position correcte de la part des dirigeants de l'opposition serait d'exiger que la lumière soit faite sur cette affaire, tout en appelant à un scrutin populaire pour élire un maire intérimaire, tout en présentant leur propre candidat avec un programme convainquant pour la gestion de la commune. En même temps, il faudrait appeler à des mesures énergiques pour débusquer la corruption à tous les niveaux, en encourageant la population à une grande campagne de dénonciations publiques, et en mettant sur pied des tribunaux populaires pour juger chaque personne accusée.

La corruption n'est que l'arbre qui cache la forêt
D'ailleurs, la corruption n'est qu'une facette de l'ampleur du problème. Quand monsieur Bictogo profite de ses relations pour obtenir des marchés juteux avec l'État, cela est parfaitement légal. Mais c'est pourtant une forme de corruption. Quand monsieur Ouattara se sert de la crise ivoirienne pour aider ses proches à réaliser des opérations de spéculation fructueuses sur le cacao, cela est répréhensible, mais c'est à nouveau parfaitement légal.
M. Bendjo a fait partie pendant des années de conseils d'administration de grandes structures financières et industrielles (NSIA, BIAO, SIR…) et autres partenariats avec des structures de l'impérialisme (FMI, Banque mondiale, Forum économique mondial…), participant activement à l'exploitation de la population ivoirienne.
M. Bendjo est un cadre du capitalisme, il fait partie intégrante de cette caste de parasites qui s'engraissent de notre sueur et de notre sang, tout en bradant le patrimoine national. Cela est évidemment légal aux yeux du système. Mais ce n'est pas quelque chose que nous cautionnons. Le FPI et le Cojep, eux, cautionnent. Ces partis ne sont donc pas du côté du prolétariat. Ce sont des partis bourgeois.
Nous sommes pour un système de gouvernement dans lequel les dirigeants ne recevront pas plus que le salaire moyen d'un travailleur qualifié. Nous ne trouvons pas cela normal que des leaders du Front « populaires » comme Lida Kouassi Moïse se plaignent qu'on leur ait volé huit véhicules après leur arrestation, quand la majorité de la population est contrainte de marcher, faute de moyens de transport public corrects. Pour nous, les dirigeants qui prétendent « consentir à d’immenses sacrifices pour leur parti et leur pays » doivent connaitre le même sort que le peuple qu'ils prétendent gouverner, et non pas se construire des palais dans leur village ou aller se faire soigner à Paris à chaque fois qu'ils ont un peu mal aux dents.

Le Plateau – une commune en déliquescence sous monsieur Bendjo
De plus, soutenir M. Bendjo reviendrait à cautionner sa politique de gestion de la commune du Plateau depuis près de 20 ans. Or que constatons-nous ? Le Plateau, présenté partout comme la fierté d'Abidjan, le centre des affaires de la Côte d'Ivoire – donc de l'Afrique de l'Ouest, est en réalité un calvaire la journée, une ville fantôme la nuit. Il fut un temps où c'était un véritable centre urbain rempli de cafés, de cinémas, de centres commerciaux dynamiques, où la population se retrouvait pour passer la soirée. Aujourd'hui, c'est à peine si on trouve un trottoir pour s'y promener. En même temps, il est quasiment impossible d'y accéder sans être véhiculé, puisque le même maire a déguerpi les gares de wôrô-wôrô et de gbakas.
Des gens comme M. Bendjo ont pourtant l'habitude de visiter de véritables centres urbains en Europe. On ne dirait pas. Notre vision du Plateau est celle d'un quartier purement piétonnier, entouré de grands parking souterrains gratuits en bord de lagune (qui seront à terme reliés entre eux pour permettre une circulation entièrement souterraine), avec un système d'ascenseurs et d'escaliers automatiques permettant de passer facilement de haut en bas. Les rues, débarrassées des voitures, seront équipées de larges trottoirs avec des minibus gratuits qui suivront des lignes fixes à échéances régulières (maximum 5 minutes), reliant entre eux tous les points stratégiques de la commune ainsi que la gare Sotra et la gare lagunaire. Des logements sociaux seront aménagés pour repeupler cette commune en perdition. On créera de grands espaces gastronomiques à prix modique où les fonctionnaires et autres travailleurs pourront manger et se détendre. Les différents bâtiments seront reliés entre eux à plusieurs niveaux (passerelles au niveau des étages) pour faciliter le transit et permettre la création de nouveaux espaces commerciaux et de loisir. Les tours à l'abandon (comme le Pyramide) seront réquisitionnées pour être réhabilitées par l'État. Différentes structures seront mises en place pour l'accueil des touristes. Les déchets seront ramassés chaque jour par des brosses automatiques, comme cela se fait dans les grandes villes modernes. Tout cela, dans le cadre plus global d'une économie socialiste.
Une véritable opposition politique, surtout une opposition se disant « populaire », « patriotique » ou « socialiste », aurait sauté sur l'occasion pour dénoncer la gestion profondément bourgeoise et antisociale du Plateau par M. Bendjo et la régression de cette commune entre ses mains depuis toutes ces années, tout en proposant sa propre alternative. Au lieu de cela, on voit ces gens se précipiter chez lui pour le soutenir, et applaudir son soi-disant slogan de « Redonner la vie à notre terre d'espérance » – en faisant quoi, on se le demande ? S'il s'agissait de nous faire rire, au moins, c'est réussi.
Être leader, cela signifie avoir une vision. Mais les opposants qui prétendent vouloir nous diriger dans deux ans n'ont rien à proposer : pour eux, seul compte le positionnement afin de pouvoir s'accrocher à la mangeoire.

lundi 13 août 2018

Nigeria : la jeunesse

Une bombe à retardement dans la crise sociétale


– rapport de nos camarades du Mouvement démocratique socialiste, CIO-Nigeria

Ce 1er janvier, le Nigeria comptait 20.210 bébés de plus. Le Nigeria était le troisième pays du monde qui a eu le plus d'enfants nés le 1er janvier cette année, derrière l'Inde et la Chine. Selon un rapport des Nations-Unies datant de l'an passé, on estime que d'ici 2050, le Nigeria sera devenu le troisième pays du monde par son nombre d'habitants, et un des six pays du monde qui compteront plus de 300 millions d'habitants. Ce pays, dont la population est aujourd'hui d'un peu moins de 200 millions, contribuera en grande partie aux 1,3 milliards d'habitants qui viendront d'ici là s'ajouter à la population africaine totale. Dans certaines circonstances, la population d'un pays est censée être une force ; cependant, dans le cas d'un pays comme le Nigeria, cette croissance démographique, qui dépasse de loin le rythme des investissements dans l'infrastructure et le taux de développement général du pays, annonce de grandes difficultés pour l'avenir.

samedi 11 août 2018

CI : Amnistie présidentielle – zéro réconciliation


Il faut un jugement populaire, zéro justice



Le président Ouattara, avec sa politique profondément antisociale, avait pratiquement réussi à créer l'unité parmi les Ivoiriens : du Nord au Sud, tout le monde est fatigué de son régime RHDP. Beaucoup de gens pensent naïvement que la libération des prisonniers politiques ce lundi 6 aout va contribuer à la réconciliation nationale : en réalité il n'en est rien.

Alors que le PDCI se positionnait clairement pour constituer un front d'opposition « patriotique » avec le FPI version « soft » pour une victoire écrasante en 2020, voilà qu'ADO décide de balancer une bombe dans le paysage politique ivoirien en libérant Simone Gbagbo. Qui s'est empressée de remercier l'« Éternel des Armées » et Abou Dramane Sangaré, point. Il faut être bien innocent pour croire que la dame aura le moindre mot de remerciement envers le régime actuel. Il y a également peu de chance de voir Simone se ranger derrière Bédié avec Affi – tout porte donc à croire que la libération des prisonniers est une manœuvre du pouvoir pour diviser l'opposition.

Avec la libération des cadres du FPI les plus radicaux, on annonce aussi le retour d'exil d'autres éléments patriotiques radicaux comme Damana Pickass, mais également la libération d'anciens chefs du commando invisible pro-MPCI. Bédié a aussi remis de l'huile sur le feu en remerciant « la communauté internationale » qui a permis la libération des « prisonniers politiques » – un terme qu'il s'était pourtant refusé d'employer tout au long de ces sept dernières années.

D'un autre côté, une certaine partie de la population nordiste, déçue d'ADO ces dernières années, pourrait à présent revenir du côté du RDR et son discours ethniciste, de peur de voir les loups nationalistes dans la nature raviver certaines anciennes rancœurs.

Finalement, tout ce qu'on gagne est plus de chaos politique et d'incertitudes (en plus du retour maudit de la religion dans la politique, grâce à madame Gbagbo). La véritable victime de cette amnistie est une fois de plus la justice.

Cette amnistie générale donne vraiment le message suivant : SI UNE NOUVELLE GUERRE CIVILE ÉTAIT À REFAIRE, PERSONNE NE SERA CONDAMNÉ.

Mais comment parvenir à une véritable justice, quand seuls les accusés d'un seul camp ont été mis en prison, tandis que les autres sont au pouvoir ? Il est clair aux yeux de tous que la justice ivoirienne est partiale et que les quelques procès organisés sur notre sol ont été bâclés. Même le verdict de condamnation de Simone Gbagbo n'a pas satisfait qui que ce soit parmi ceux qui sont convaincus de son rôle présumé dans la crise, parce que tout a été fait pour qu'aucun élément compromettant ne ressorte de la procédure – aucune lumière n'a été faite sur la moindre affaire.

Beaucoup de nos compatriotes estiment qu'un pouvoir PDCI serait plus impartial dans l'administration de la justice, mais cela reste à prouver. Chacun sait que Bédié a toujours été le roi des petits arrangements politiques. De plus, si le PDCI devait revenir au pouvoir avec le soutien du FPI, certainement que de nouveau, un seul camp serait visé.

On pourrait supposer que la CPI, en tant qu'agence étrangère, pourrait jouer le rôle d'arbitre neutre. Mais cette institution s'est beaucoup compromise au cours de ces dernières années en ne jugeant que des responsables africains. De plus, elle a déjà démontré son impuissance complète avec les soi-disant procès de Kenyatta puis de Bemba – il semble de plus en plus probable aujourd'hui que Laurent Gbagbo et Blé Goudé seront eux aussi remis en liberté sans que quoi que ce soit puisse être prouvé contre eux. Et là aussi, seuls les responsables d'un seul camp seront jugés. Le régime a d'ailleurs clairement fait comprendre que le recours à la CPI n'avait été qu'une mesure temporaire, le temps que la soi-disant justice ivoirienne retrouve ses marques.

Quelle est selon nous la seule manière de faire la lumière sur toute la crise et de donner un véritable jugement qui recevra l'assentiment de l'ensemble de la population de Côte d'Ivoire ? Il faut convoquer un jury populaire de masse. Que le peuple rende son propre jugement ! Chaque quartier et sous-quartier de chaque ville du pays, chaque village et campement doit envoyer ses propres représentants, élus parmi les différentes communautés ethniques, pour se retrouver au stade Houphouët-Boigny et délibérer au cas par cas de chaque crime commis. Cette assemblée se penchera sur le cas de chaque acteur majeur de la crise ivoirienne : Gbagbo, Ouattara, Soro, Blé, Wattao… tous défileront devant le peuple pour rendre compte de leurs actes. De même, dans chaque canton et quartier, un comité multiethnique élu démocratiquement par les citoyens aura pour charge de juger les acteurs locaux de la crise, toutes les personnes ayant notoirement profité de la crise pour commettre des actes répréhensibles.

C'est le peuple qui a payé le prix de la crise, c'est au peuple qu'il revient de juger ses tortionnaires. Cessons de nous référer à nos soi-disant élites ou à des étrangers qui ne maitrisent pas nos coutumes et nos manières de faire. Prenons notre destin en mains et réconcilions-nous à la base de la société.

mercredi 8 août 2018

CI : Amnistie présidentielle

Une victoire, vraiment ?


La plupart des gens de gauche et des démocrates se réjouissent aujourd'hui de l'annonce de la libération prochaine de Simone Ehivet Gbagbo, qui pourrait de plus être interprétée comme un signe de la libération prochaine de Laurent Koudou Gbagbo et de Charles Blé Goudé.

Cependant, sans aller plus loin dans l'analyse, nous aimerions pour l'heure nuancer l'actuelle réjouissance par deux observations :

1) Pour les nombreuses familles des victimes de la crise ivoirienne qui avaient à un moment espéré pouvoir faire la lumière sur toutes les atrocités qui se sont passées dans le pays, la perspective de voir une condamnation des véritables responsables s'éloigne de plus en plus ; le régime ne vient-il pas justement de prouver son impuissance et la vacuité du jugement rendu par les tribunaux d'Abidjan ?

2) Cette libération ne représente aucunement une victoire pour les démocrates ivoiriens. En effet, elle n'est pas le fruit d'une lutte à grande échelle menée par la population ni d'une pression populaire sur un régime acculé – rien à voir avec la situation en Éthiopie, au Zimbabwé ou en Afrique du Sud, par exemple, où les masses ont pu cette année imposer des changements de régime et des ouvertures démocratiques assez importantes. Curieusement, la décision de libérer Simone Gbagbo semble (??) avoir été imposée par l'Union européenne. Dans ce cadre, le fait que l'annonce de sa libération survienne justement le jour de notre soi-disant fête d'« indépendance » est pour le moins paradoxal ! Pourquoi ce volte-face subit ? Qu'est-ce que cela cache ? C'est la question que nous nous posons.

Ne nous réjouissons pas trop tôt, donc.

Néanmoins, malgré les nombreuses divergences politiques et idéologiques que nous pouvons avoir avec madame Gbagbo, nous lui souhaitons d'heureuses retrouvailles avec les siens, un bon rétablissement après toutes les horreurs qu'elle a subies, et un prompt retour dans la lutte.

Une analyse plus ample suivra dans les prochains jours.

– camarade Konan

CI : Quelle bonne fête même ?

Comment obtenir une vraie indépendance ?


Comme chaque année, les Ivoiriens sont partagés sur la pertinence de notre fête d'indépendance. En effet, tout le monde sait que la politique et l'économie de notre pays est en grande partie déterminée par des intérêts étrangers. Comment sortir de cette situation, donc ?
Tout d'abord, il faut bien définir et relativiser le concept d'indépendance.
Par exemple, une grande partie du développement de la Chine de ces dernières années est à imputer à l'installation de nombreuses firmes occidentales dans ce pays. Cependant, on voit aujourd'hui de grands groupes chinois dépasser les frontières de leur pays et s'installer à l'étranger. Le gouvernement chinois semble aussi mener une politique conforme à ses propres intérêts, même s'il est obligé de composer avec le fait que son économie dépend toujours en grande partie de l'Occident et notamment des États-Unis. En Europe aussi, il n'y a pas un pays dont l'économie ne soit en grande partie dépendant de pays étrangers, que ce soit pour les exportations / importations mais aussi pour le financement des entreprises. En réalité, on peut dire que tous les pays du monde dépendent d'une manière ou d'une autre les uns des autres.
Mais cela ne rend pas entièrement compte de la réalité spécifique que connait notre pays. La Côte d'Ivoire en tant que pays est une création de la France. Ses frontières ont été tracées par la France, ses villes ont été créées par la France, même sa soi-disant indépendance a en réalité été imposée par la France à Houphouët, qui n'en voulait pas. Aujourd'hui, 40 % du PIB national appartient à des entreprises françaises, et un grand nombre des cadres des grandes entreprises et des conseilles du gouvernement sont des Français.
Cependant, cette situation a énormément changé ces dernières années, paradoxalement, depuis l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara. On voit de plus en plus d'investisseurs étrangers de tous horizons venir investir dans le pays, originaires du Maroc, de Turquie, du Liban, d'Iran, du Qatar, d'Israël, de Chine, d'Inde, de Singapour, d'Allemagne, de Belgique, d'Espagne, du Canada, des États-Unis… Au point où la fédération des entreprises françaises (Medef), lors de sa visite d'avril 2016, a cru bon d'appeler les patrons français à se remobiliser pour réinvestir la Côte d'Ivoire. La France a d'ailleurs récemment perdu sa place de premier partenaire commercial européen de l'Afrique, au profit de l'Allemagne.
Cette plus grande diversification des investissements étrangers ne serait-elle pas un signe d'une plus grande indépendance de notre pays ? Pas tout à fait, car malgré cette soudaine hausse du nombre de pays partenaires, le patronat ivoirien reste sous-développé et intimement lié à l'étranger. D'abord parce que même dans ces nouvelles structures étrangères, la plupart des cadres sont des étrangers, pour la plupart des Blancs.
Ensuite parce que notre bourgeoisie nationale est pour une grande partie entièrement tournée vers l'étranger de par son éducation et sa culture. Tous ces gens qui naissent dans des cliniques privées de Cocody ou Marcory, fréquentent à Mermoz ou à Blaise Pascal, font leur université en France, en Angleterre ou aux États-Unis, s'habillent à l'européenne, connaissent mieux Sarcelles que Yopougon, s'intéressent plus à la vie des rappeurs américains qu'aux stars du coupé-décalé, tombent malades dès qu'ils vont au village, parlent couramment anglais mais zéro baoulé, dioula ou bété. Un grand nombre d'entre eux ont des parents ou grands-parents métisses, certains sont des descendants directs de grands esclavagistes du passé.
Sa jeunesse se caractérise d'ailleurs par un rare niveau de bêtise, d'inculture, de paresse, d'ennui et d'imbécilité – il suffit de voir le nombre de répétiteurs qui défilent dans ces résidences surveillées – alors que la jeunesse de nos quartiers populaires brille par ses nombreux talents, sa créativité et sa joie de vivre.
Il est extrêmement rare de voir cette bourgeoise prendre la moindre initiative pour développer le pays. Son gagne-pain consiste bien plus à se trouver une place près d'une mangeoire, à la tête de ministères ou de multinationales étrangères, pour prélever sa « commission » partout où elle le peut, que de chercher à créer quoi que ce soit. Il s'agit d'une classe purement parasitaire.
On le voit, il ne faut pas compter sur ces gens-là pour développer le pays et le mener sur la voie d'une indépendance vraie.

Les Blancs eux-mêmes ne se sentent pas indépendants

Mais là encore, la question ne se trouve pas vraiment à ce niveau. Aujourd'hui, on voit aux États-Unis qu'une part de plus en plus importante de la population et une majorité de la jeunesse est convaincue du fait que son pays n'est pas indépendant. Qui aurait donc contraint les États-Unis à la domination ? Dans toute une série de pays d'Europe aussi, on voit des mouvements parler de lutte pour l'indépendance de leur pays. D'où cela vient-il ?
Dès qu'on parle d'indépendance, on touche en fait à la question de la démocratie. Qui décide dans le pays ? Le fait qu'aujourd'hui, même dans les pays occidentaux les plus puissants et censément les plus démocratiques au monde, la population ait l'impression que sa voix ne compte pas et que tous les schémas électoraux sont déjà décidés d'avance à sa place par un petit groupe, nous montre bien que le problème fondamental n'est pas la nationalité de nos dirigeants.
La réalité est que partout sur Terre, les grandes décisions économiques et politiques sont prises par les riches et les puissants qui contrôlent l'économie des États. Les grandes banques, les grands établissements financiers, non seulement financent les États et les gouvernements, qui dépendent entièrement d'eux, mais aussi les grandes entreprises qui luttent pour le contrôle des marchés et des ressources sur la planète. Quand bien même donc on arracherait aux patrons étrangers en Côte d'Ivoire tous leurs avoirs pour les redistribuer à des patrons à 100 % ivoiriens, rien ne changerait. La masse de la population continuerait à payer son loyer et son riz trop cher, pendant que les salaires resteraient bas et qu'un petit cercle de riches déciderait de la politique de notre gouvernement à la place du peuple. Peut-on vraiment parler d'une véritable indépendance dans ce cas ?
Il n'y a pas d'indépendance politique sans indépendance économique. La seule manière dont le peuple pourrait s'assurer que sa voix soit entendue, est que ce même peuple reprenne en mains l'ensemble des secteurs stratégiques de l'économie (y compris les banques et les grandes entreprises de transport, de communications, de fabrication, les grandes propriétés immobilières et terriennes, etc.) pour les gérer de façon collective et démocratique. Cela serait un premier pas radical vers l'établissement d'une société sans classes dans notre pays, d'une « république des pauvres », dans laquelle tous les cadres de l'administration, des entreprises et du gouvernement ne recevront pas plus que le salaire moyen d'un travailleur. Ce n'est que de cette manière qu'on pourra assurer l'élection de gouvernements véritablement démocratiques qui représenteront véritablement l'aspiration des masses, en accord avec notre culture et notre façon de voir.

vendredi 3 août 2018

CI : Élections 2020


Ouattara vers un troisième mandat ?



– camarade Guide

Le président Ouattara a affirmé le 2 juin à une presse internationale que la nouvelle constitution de 2016 lui permet de faire un troisième mandat à la tête de la Cote d’Ivoire, mais que cela dépendrait de la situation sociale et de la paix en Côte d’Ivoire. Comme Abdoulaye Wade au Sénégal, cette nouvelle constitution a, selon lui, mis le compteur des mandats à zéro.

En 2014, la coalition du RHDP à travers l’appel de Daoukro initié par Henri Konan Bédié, président du PDCI-RDA, avait décidé de soutenir la candidature de Ouattara pour les élections présidentielles de 2015, tandis que, pour les présidentielles de 2020, les différents partis de la coalition du RHDP devraient soutenir la candidature d’un militant actif du PDCI. Lorsque Ouattara et certains cadres de la chapelle du RDR sont interrogés s’ils soutiendront la candidature d’un militant du PDCI, ils font savoir que l’appel de Daoukro ne stipule pas cela. De ce fait, on voit aujourd’hui le PDCI rejeter le projet du parti unifié.

Du coup, Ouattara et ses parrains sont inquiets par rapport à la succession. Pour eux, qui sera un meilleur candidat, un garant de la stabilité du pays ? Cette stabilité qui a été amenée par Ouattara – une stabilité qui permet des investissements profitables tout en maintenant le peuple ivoirien dans la faim et le silence.

Jusqu’ici, le mécontentement qui vit dans la population ne s’exprime pas autrement que par la non-participation aux élections et le vote pour des candidats indépendants. Les nombreuses grèves et émeutes qu’on voit ici et là bien souvent n’aboutissent pas, à cause de la désorganisation, de la division et de la corruption des leaders. Mais que se passerait-il si il émergeait une force capable de rassembler tout ce mécontentement ?

On voit aujourd’hui des gens se positionner à ce niveau, et qui pourraient se muer en dirigeants populistes indépendants : Soro, Billon, Blé Goudé (si celui-ci sort de prison). Cela pose un risque pour l’impérialisme. Car de tels leaders, capables de prendre le pouvoir par leurs propres moyens et appuyés par une base populaire, risquent à leur tour d’ouvrir la porte de la mobilisation sociale, la même porte que Gbagbo avait ouverte, ce qui lui a valu la haine des dirigeants du système et son renversement final.

Voilà pourquoi, du point de vue du système, s’ils ne parviennent pas à trouver un remplaçant charismatique et sûr à Alassane, un troisième mandat sera encouragé.

Pour nous, ce n’est pas la question du troisième mandat en soi qui pose problème. En tant que socialistes, nous sommes contre la limitation des mandats, car nous pensons que cette « règle », venue des États-Unis, peut être une arme entre les mains du système qui empêchera certains dirigeants ayant de bon projets de société de les exécuter à temps afin d’apporter le bien-être au peuple.

Cependant, confier ce pays à Ouattara une nouvelle fois serait une erreur de plus pour le peuple ivoirien. Car la politique néolibérale du sieur Alassane Ouattara ne peut nous amener qu’une croissance non partagée, la richesse et la prospérité pour quelques riches entrepreneurs, l’exploitation et la cherté de la vie pour la population, une démocratie musclée avec la répression de tous les mouvements de lutte de masse, l’enterrement de la liberté syndicale et de l’opinion, l’accaparation des médias publics, etc.

C’est pour ces raisons qu’il faut chasser Ouattara du pouvoir. Mais il ne sert à rien d’attaquer Ouattara sur le nombre de mandats effectués ni sur son éligibilité : il faut une alternative. Quand bien même on interdisait à Alassane de se présenter, pour qui voter ?

Or, nous ne pensons pas que les candidats déclarés et autres candidats potentiels (Bédié, Soro, Blé, Billon, Ouégnin…) représentent cette alternative. Car chacun d’eux s’inscrit dans le cadre du système capitaliste et ne peut que soit se soumettre devant le système, soit replonger le pays dans une impasse.

La seule politique capable de véritablement faire avancer le pays est une politique socialiste avec un programme qui reflète les réalités quotidiennes des plus défavorisés de la société et des travailleurs, portée par un vaste mouvement prolétarien, pour une véritable indépendance et une planification démocratique de l’économie. C’est ce mouvement que nous voulons construire avec vous.

lundi 30 juillet 2018

Monde : L'Europe en crise


Tensions, divisions et instabilité


La classe dirigeante européenne est aux prises à de grandes difficultés. En dépit d’une période de reprise économique limitée, l’instabilité politique continue de croître et à cela s’ajoute la possibilité d’une nouvelle récession qui pourrait complètement saper des équilibres déjà bien fragiles. Lors de l’école d’été du Comité pour une Internationale ouvrière (CIO, dont le PSL/LSP est la section belge) qui s’est tenue la semaine dernière à Barcelone, une discussion approfondie a abordé les perspectives de l’Europe, dont voici quelques éléments ci-dessous.

Rapport de notre camarade Geert Cool, Parti socialiste de lutte (section belge du CIO)

dimanche 22 juillet 2018

CI : Crise à la FIF

Argent a gâté ballon vraiment !

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– camarade Fantôme

La crise qui secoue la Fédération ivoirienne de football (FIF) continue malheureusement de faire des vagues. Alors que les éliminatoires de la CAN 2019 ont commencé, pas sûr que notre équipe nationale soit qualifiée ! Après avoir refusé les auditeurs de la FIFA, le président de la FIF, Sidy Diallo, a commencé à accuser son prédecesseur M. Anoma d’avoir détourné des fonds et d’être à l’origine des problèmes actuels.

Pour rappel, Sidy Diallo et son équipe ne sont plus désirés à leurs postes par une grande partie des Ivoiriens au lendemain de la disqualification des Éléphants lors des éliminatoires du Mondial 2018. Leur départ a été réclamé. En vain. C’est cette affaire qui a fini par attirer l’attention de la FIFA.

Cependant, force est de constater que même après la table ronde de Zürich, aucune AG n’a finalement été tenue, et la FIFA (elle-même une organisation franchement qui baignent dans de nombreux scandales de corruption) s’est contentée d’appeler les uns et les autres à respecter les statuts de la FIF, sans prendre position.

En réalité, cela fait longtemps que l’argent a gâté le football, et pas seulement en Côte d’Ivoire – de plus en plus de gens se plaignent de cet état de fait chaque année. Les compétitions de la FIFA sont devenues des cirques médiatico-financiers où tous les coups sont permis. Les soi-disant « clubs » ne sont que des entreprises rachetées par de puissants hommes d’affaires, dont les joueurs, même s’ils sont payés des milliards, sont en quelque sorte les esclaves, tenus par des contrats très stricts. À tel point que la CAN 2019, presque entièrement financée par le groupe pétrolier français Total, s’appellera désormais « CAN TOTAL 2019 ».

De ce point de vue, Sidy Diallo n’est donc qu’un élément de cette gangrène qui touche non seulement le football mondial mais aussi l’ensemble des clubs ivoiriens. Aujourd’hui, dans la plupart des clubs, ce sont les joueurs et leurs managers qui paient les sélectionneurs pour pouvoir jouer, prêts à tout pour pouvoir un jour s’envoler pour Bingué. Et quand ce n’est pas en argent, c’est en « nature ». Les compétitions nationales et régionales sont totalement négligées, les compétitions inter-écoles ou inter-universitaires de type OASU ont pratiquement disparu, plus personne ne s’y intéresse. Et c’est sans parler de notre équipe jeunes (les Éléphanteaux) et notre équipe femmes (les Éléphantes), qu’on ne voit pratiquement jamais. Quant aux infrastructures… la situation à l’INJS veut tout dire ! (voir notre autre article)

Pourtant, on voit que dans nos villages, les habitants sont capables d’organiser par eux-mêmes des tournois où toute la population participe, dans le calme et sous l’autorité des responsables jeunes locaux. Alors qu’est-ce qui n’a pas marché ? Ne pourrait-on revenir à un jeu qui reste un jeu, sans tous ces trafics mafieux ? Un jeu bon enfant, où nos joueurs se respectent et cessent de se prendre pour des stars ?

Nous devons complètement revoir les statuts de la FIF, pour parvenir à une gestion démocratique dans laquelle ce seront les communautés locales, les supporters et les joueurs, qui décideront par eux-mêmes de la vie de leur club. Pour que les entraineurs soient élus par les joueurs et les supporters. Les bons joueurs doivent recevoir un salaire, mais cela doit être un salaire honnête, pas des millions en jeu comme c’est le cas à présent.

Il faut aussi sortir de cette dépendance à des sponsors comme Orange, Total, Canal+, qui finissent par dicter les règles du jeu et même qui doit gagner (en corrompant les joueurs et les arbitres), en fonction de leurs petits intérêts ! L’État doit être le seul sponsor de nos compétitions ! Le même État qui doit complètement revoir le financement de nos clubs (jusqu’au niveau local), la création d’écoles de sport, d’infrastructures comme des stades dignes de ce nom, etc.

Enfin, les dirigeants des clubs doivent rendre des comptes et être tenus pour responsables, sans quoi ils doivent pouvoir être démis de leur fonction par les supporters et joueurs.

Par ces mesures, nous aspirons à un football libre, démocratique, indépendant, transparent et bon enfant, qui soit un sport du peuple, par le peuple et pour le peuple ; un football qui permettra réellement à nos meilleurs talents de s’exprimer et de briller à nouveau sur la scène mondiale.

lundi 16 juillet 2018

Éthiopie : le nouveau Premier ministre fait des concessions pour tenter de mettre fin à l’agitation sociale et politique


La lutte a payé – il faut poursuivre le combat


L’Éthiopie connait depuis trois ans une grande agitation sociale et politique. Des mouvements ont eu lieu dans presque tout le pays. La population est fatiguée de l’injustice, des abus, des assassinats et des arrestations. Elle revendique des changements politiques et économiques pour faire face aux difficultés à tous les niveaux.

– Article par notre camarade Temesguen Békélé Aga (militant éthiopien du CIO exilé en Suède)

vendredi 13 juillet 2018

Limitation des mois d'avance des loyers

Encore une mesure pour rien ?

L’image contient peut-être : une personne ou plus, maison et plein air

– camarade Fantôme

Abidjan, pratiquement deux mois après le vote à l’Assemblée nationale de la loi fixant le montant des cautions et des avances de loyer à quatre (4) mois cumulés maximum (deux mois de caution et deux mois d’avance), à la pratique, les propriétaires de maison font de la résistance en demandant des cautions allant de six à dix mois au potentiel locataire.

On peut encore sillonner les quartiers d’Abidjan aujourd’hui à la recherche d’un logement, et être sidéré par le comportement des propriétaires de maison qui ignorent complètement cette décision du gouvernement. Si bien que partout dans les communes d’Abidjan, à chaque coin de rue, on voit en public et sans honte des pancartes de proposition de logements avec des cautions de six à dix mois – sans parler des « frais de visite ».

En attendant, les locataires de maison continuent de subir la loi selon les propriétaires, avec le fameux slogan de « C’est pas l’État qui a construit nos maisons ». Car en vérité, si les propriétaires et autres promoteurs ne trouvent plus leur compte en construisant et louant leurs maisons, il faut s’attendre à un boycott de leur part, afin de créer une pénurie de logements pour forcer l’État à revoir sa position.

L’État doit plutôt construire des logements sociaux dans le but de faciliter l’accès au logement à la population et à tous, engager dans ce sens une concurrence au privé avant même de passer à la casse des secteurs des quartiers dits « précaires » et encore moins parler de ce décret farfelu. À partir du moment où chacun sait qu’il pourra trouver une maison bien construite et à bon prix, les propriétaires privés seront forcés de diminuer d’eux-mêmes leurs exigences.

Il faut arrêter de tout laisser entre les mains du soi-disant « marché », de la volonté des investisseurs privés qui ne font rien sans rien. 

mercredi 11 juillet 2018

RHDP : l'inévitable implosion




– camarade Zova


Les élections de 2020 approchent à grands pas ! Tout le monde se demande comment va se dérouler la prochaine campagne électorale. Et la question la plus brulante est évidemment non pas de savoir qui l’emportera, mais bien si ce jeu électoral aura ou non des répercussions sanguinolantes cette année-là. Tant les populations sont découragées de la chose.

Cependant, on ne peut s’empêcher de constater une frustration, qui gagne toutes les couches sociales, y compris celles qui soutenaient traditionnellement le RDR et M. Ouattara. Partout dans le pays, on voit des populations nordistes crier leur désenchantement. Ce n’est pas pour rien si les émeutes contre la CIE ont commencé à Bouaké ! Même les anciens rebelles se sentent trahis. Pas une semaine ne se passe sans qu’un commissariat ou une gendarmerie ne soit brulé. Tous ces signes sont inquiétants pour notre élite capitaliste, car ils annoncent un désir de révolte de la part de la population. Même les parrains de Ouattara comme le FMI et autres structures internationales s’en plaignent ouvertement et appellent le gouvernement à mettre en place des mécanismes de « distribution des fruits de la croissance ».

Car si le pays s’est bel et bien développé sous Ouattara, les Ivoiriens ne profitent pas de cette croissance : c’est le cas du peuple, mais c’est aussi le cas de toute une partie de la bourgeoisie nationale, mécontente de voir des entreprises étrangères privilégiées pour l’accès aux marchés publics et autres financements.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le regain de tension actuel entre PDCI et RDR. Le PDCI est le parti par excellence de la bourgeoisie traditionnelle ivoirienne, cette aristocratie de grandes familles de hauts cadres étatiques, descendants de compagnons d’Houphouët et grands propriétaires terriens. Le RDR est quant à lui un parti bourgeois « moderne » dont la base est une bourgeoisie d’affaires fortement liée au commerce international et notamment aux « commissions » et « partenariats » avec des sociétés multinationales étrangères, pas seulement françaises – d’où leur recherche permantente de nouveaux pays partenaires (Maroc, Turquie, Chine, Inde, etc.).

Ces deux couches rivales tirent leur richesse de sources différentes, ce qui exige la mise en place d’une politique économique différente, voire opposée – elles ne peuvent donc pas s’entendre. Elles avaient été contraintes de s’allier contre le FPI, parti de la moyenne bourgeoisie, qui avait fait l’erreur selon elles de mobiliser la population pour son programme « patriotique ». Mais une fois le danger passé et la population matée et réduite à un silence forcé, les vieilles rancœurs font inévitablement surface.

Le PDCI toutes ces années avait dû se résigner à faire profil bas pour pouvoir se raccrocher à la mangeoire étatique. Mais aujourd’hui que se développe un puissant sentiment anti-RDR et que l’on voit à chaque scrutin percer des indépendants, le PDCI ferait certainement fausse route en acceptant de se ranger derrière ce parti tant discrédité.

Vu l’absence de parti d’opposition, et le risque posé par de jeunes aventuriers populistes difficilement « maitrisables » (voir ci-dessous), il est possible que certains des anciens parrains de Ouattara, soucieux de la stabilité de leur « système », soient aujourd’hui en train d’encourager le PDCI à se revêtir du manteau d’opposition.

Sans doute sont-ils occupés à écrire un scénario qui permettra à Bédié de se sortir de cette situation la tête haute et de revenir au pouvoir (lui-même ou un de ses pions). Le PDCI dans cette posture bénéficierait certainement du soutien opportuniste du FPI (ou de ce qu’il en reste) – un FPI réunifié pour l’occasion, ce qui couperait en même temps l’herbe sous les pieds de Soro. Tout cette mascarade dans le but de « sauver » le pays d’une révolution.

Cette fausse opposition doit être dénoncée. Certes il nous faut chasser Ouattara du pouvoir, mais il nous faut pour cela un parti qui représente véritablement la population et non l’intérêt des petits cercles.

lundi 4 juin 2018

Nigeria : 22e Congrès du DSM


ÉCONOMIE DU NIGÉRIA : le pire est-il vraiment derrière nous ?


Le 22e Congrès du Mouvement démocratique socialiste du Nigeria (DSM, section nigériane du Comité pour une Internationale ouvrière) s'est bien tenu ces 14-15 avril 2018. Cet évènement, au cours duquel nous nous sommes penchés sur le programme pour l'intensification de la lutte des classes au Nigeria, aura un impact dans les mois et années à venir. Nous vous proposons ici un bref compte-rendu de ce congrès, ainsi qu'un article d'analyse de la situation économique du Nigeria.

Un rapport plus complet des conclusions du Congrès sur l'ensemble de la situation politique, économique et sociale du Nigeria suivra sous peu.

Rapport de nos camarades sur le terrain au Nigeria