vendredi 3 avril 2015

Afrique du Sud : Scission au Cosatu

L'expulsion de Vavi ouvre un nouveau chapitre de la lutte des classes


Vingt ans de collaboration de classes dans le cadre de l'Alliance tripartite (de l'ANC, du SACP et du Cosatu) ont finalement mené à une scission irréversible au sein de la fédération syndicale Cosatu. Le 30 mars, le comité exécutif central (CEC) du Cosatu a exclu son secrétaire générale Zwelinzima Vavi, un fervent critique de la politique antisociale menée par le gouvernement ANC (Congrès national africain, le parti de feu Nelson Mandela) tout au long des seize années qu'il a passées à la tête de la fédération. 

De plus, le CEC du Cosatu a décrété que l'expulsion du Numsa (Syndicat des travailleurs du métal d'Afrique du Sud) serait désormais permanente en admettant en son sein le Syndicat libéré des travailleurs du métal d'Afrique du Sud (Limusa), un syndicat « jaune » (« amagundwane », c'est-à-dire « de rats» en langue zouloue) dirigé par l'ancien président du Numsa, Cedric Gina.

Parti ouvrier et socialiste (Wasp, section sud-africaine du CIO)



La scission au sein du Cosatu est la conclusion logique des dernières vingt années. Le journal du Wasp, Izwi La Basebenzi (« La Voix des travailleurs ») a toujours souligné le fait que l'Alliance tripartite reposait sur des classe sociales dont les intérêts sont diamétralement opposés ; que loin d'être nécessaire pour l'unité de la classe des travailleurs comme le SACP (Parti « communiste » sud-africain) l'a toujours défendu, cette Alliance garantissait sa désunion. Izwi a donc appelé la base du Cosatu à reconquérir l'indépendance politique de classe de leur fédération en faisant sortir le Cosatu de l'Alliance.

La contradiction était qu'une fédération syndicale à l'histoire militante et à l'idéologie socialiste ne pouvait rester dans une alliance avec l'ANC, un parti procapitaliste, et les chantres du capitalisme sud-africain regroupé au sein du Parti « communiste » sud-africain, car cela ne faisait que menacer l'unité des travailleurs. En effet, la fédération était déchirée entre des pressions irréconciliables : d'une part, la loyauté et la soumission politiques à l'ANC, d'autre part, les intérêts des travailleurs qui ont édifié le Cosatu par leur sueur et leur sang.

De fait, cela fait des années que l'on assiste à un processus de scission du Cosatu au ralenti, au vu des nombreuses scissions à petite échelle au niveau des syndicats membres du Cosatu. Le massacre de Marikana a été le choc final qui a ébranlé les fondations de l'Alliance et qui a tracé une ligne nette entre les forces qui s'alignaient du côté du gouvernement ANC et des patrons des mines, et les revendications des comités de grève indépendants mis en place par les mineurs qui aspiraient à une indépendance politique de classe. Marikana a constitué le point tournant qui a fait se transformer la quantité en qualité. Depuis ce moment charnière, la scission définitive du Cosatu était garantie ; la seule chose que nous ne pouvions prédire était de savoir exactement comment et quand elle allait se produire. Les réponses à ces deux questions ont maintenant été données.

Depuis le massacre de Marikana en 2012, plus rien n'est comme avant
en Afrique du Sud

Une nouvelle fédération en voie de constitution

Depuis l'expulsion du Numsa en novembre dernier, Vavi et les dirigeants de divers syndicats (Syndicat des travailleurs du secteur public et alliés – Pawusa, Organisation démocratique des aides-soignants d'Afrique du sud – Denosa, Syndicat des travailleurs de l'alimentaire et alliés – Fawu, Syndicat des travailleurs de l'État d'Afrique du Sud – Sasawu, Syndicat des travailleurs de la communication – CWU, Syndicat des footballeurs sud-africains – Safpu, Syndicat des travailleurs du commerce et de l'hôtellerie d'Afrique du Sud – Saccawu) boycottent les réunions du Cosatu en solidarité avec le Numsa. La question d'une nouvelle fédération syndicale se pose aujourd'hui ouvertement et les discussions sont déjà en cours en vue de sa réalisation. Vavi a dit qu'une réunion des alliés du Numsa au sein du Cosatu se tiendra les 5-6 mai afin de discuter de la suite des évènements et de préparer un « Congrès des travailleurs » au mois de juin. On dit aussi que le Numsa est en train de discuter avec la fédération Nactu (Conseil national des syndicats), avec l'Amcu (Association des syndicats des travailleurs des mines et de la construction) et avec d'autres syndicats indépendants.

Les socialistes se battent pour une unité aussi large que possible de la classe des travailleurs. Cependant, à certains points de l'histoire, une scission telle que celle qui est à présent en train de se produire au sein du Cosatu a le potentiel d'être progressiste à partir du moment où elle donne la possibilité d'accroitre la combativité de la classe des travailleurs. Cela fait deux ans que le Cosatu est paralysé. Malgré des résolutions en vue de mener des campagnes et des luttes sur divers thèmes tels que le personnel de sous-traitance et les péages routiers, rien ne s'est concrétisé. Nous reprenons l'appel de Vavi : « Arrêtez de pleurer, organisez-vous ! » En outre, Vavi a également déclaré : « Vous me trouverez partout, en train de marcher avec les travailleurs, en train de les mobiliser, en train de renforcer le recrutement des travailleurs… en train de négocier, de mener des campagnes contre la sous-traitance, contre les péages, contre l'exploitation, contre les licenciements… » Il est clair que les meilleures traditions de combativité ont quitté le Cosatu en même temps que le Numsa et Vavi. La lutte doit se trouver au cœur de la nouvelle fédération.

Le Wasp soutient le plan proposé pour aller de l'avant. Nous avons constamment appelé le Numsa et ses alliés à convoquer un tel congrès, surtout vu le mépris ouvert de la direction pro-ANC du Cosatu par rapport à ses propres statuts, qui exigent notamment la tenue d'un congrès extraordinaire pourtant exigée par les textes en pareilles circonstances. Nous écrivions en novembre : « Une date doit être donnée  pour une conférence au début de l'an prochain afin de discuter de l'avenir du mouvement syndical. Cette conférence devra être ouverte non seulement au Numsa et à ses alliés, mais à tous les membres et structures des autres centrales membres du Cosatu, aux membres de la fédération syndicale Nactu, aux syndicats indépendants et à des groupes de travailleurs non organisés qui luttent pour fonder de nouveaux syndicats. » Il est très important que tout « Congrès des travailleurs » cherche à lancer un pont vers tous les travailleurs qui sont encore détenus comme otages de ce qui reste du Cosatu et fasse tous les efforts possibles pour les rallier.

La question pressante est maintenant l'orientation et le caractère politiques de cette éventuelle nouvelle fédération. Toute nouvelle centrale syndicale devra se baser sur des syndicats démocratiques et contrôlés par les travailleurs, comme cela était d'ailleurs l'intention des fondateurs du Cosatu en 1985. Le mouvement doit se purger de la corruption envahissante des dernières vingt années. Une leçon cruciale à tirer de la chute du Cosatu est de reconnaitre le tribut de la collaboration de classes. Vavi insiste sur la corruption en tant que cause première de la chute du Cosatu, mais en réalité, cette corruption n'est qu'un symptôme. Elle est la conséquence inévitable de la collaboration de classes. La nouvelle fédération doit restaurer les idées socialistes de départ du Cosatu pour donner une fondation aux luttes qui s'ouvrent devant nous.

La désintégration du Cosatu va accélérer les divisions au sein du SACP. Elle va aussi continuer à saper l'autorité de l'ANC, ce qui s'est déjà reflété dans les élections générales de l'année passée, où la soi-disant majorité de 62 % attribuée à l'ANC masque en réalité le fait qu'à peine 34 % des électeurs sont venus voter pour lui. Toute nouvelle fédération devra lutter pour regagner l'indépendance de classe des travailleurs non seulement sur le plan syndical mais aussi politique. L'objectif du « Congrès des travailleurs » qui est proposé doit être non seulement de lancer une nouvelle fédération syndicale, mais aussi un nouveau parti des travailleurs de masse armé d'un programme socialiste. Le lancement d'un parti des travailleurs de masse est absolument impératif : il y a déjà un large soutien pour l'idée d'un tel parti.

Vavi soutient la grève de la Numsa en 2014

L'ombre du Cosatu

Il ne reste plus du Cosatu qu'une poignée de « dirigeants » corrompus qui tiennent le reste des membres en otage. Ces « dirigeants » considèrent les syndicats comme leur moyen d'enrichissement personnel et rien de plus. L'alignement sur l'ANC est la meilleure façon de réaliser leur appât du gain personnel. Qu'est-ce qui reste du Cosatu ? Le Numsa, le plus grand syndicat du continent africain, y a été remplacé par le Limusa, une organisation d'à peine 1600 membres, qui n'est rien de plus qu'une « boite postale » quand on la compare aux 340 000 membres du Numsa ! Le Num (Syndicat national des mineurs), dont les mains des dirigeants sont encore rouges du sang de leurs anciens membres à la suite du massacre de Marikana, voit son influence restaurée à l'intérieur du Cosatu.

Ceux qui restent au Cosatu ne sont pas unis derrière leurs dirigeants et leurs actions. Un travailleur du Samwu (Syndicat des travailleurs des communes d'Afrique du Sud) a téléphoné à une émission de Radio 702 pour expliquer que le Samwu ne soutient pas l'exclusion de Vavi et que lui et ses camarades attendent la convocation d'un congrès extraordinaire pour pouvoir venir y défendre leur ancien secrétaire général. Ce syndicaliste représente sans doute l'opinion de dizaines de milliers de travailleurs. Il faut s'attendre à de nouvelle scissions au sein des syndicats qui font encore partie du Cosatu.

Le Cosatu va devenir encore plus dépendant de l'ANC. Vavi a révélé que la fédération fait désormais face à un déficit budgétaire de 300 000 rands par mois (15 millions de francs CFA) vu qu'elle ne reçoit plus les cotisations du Numsa, qui s'élevaient à 11 millions de rands par mois (550 millions de francs CFA). Ce qui reste du Cosatu n'est plus qu'une « cinquième colonne » de traitres au sein du mouvement syndical.

Manifestation de membres des syndicats alliés du Numsa :
« Pas touche au Numsa » « Nous sommes avec nos dirigeants du Numsa »
« Un syndicat n'est pas un tabouret pour arriver au parlement »

Perspectives

Depuis des années, la politique de la direction de l'ANC a été de chercher à transformer le Cosatu en un « téléphone pour enfants » ou un simple « bureau du travail ». Cependant, cela ne veut pas dire que la direction de l'ANC est contente de l'exclusion de Vavi, pas plus qu'elle n'a été contente de l'exclusion du Numsa. L'ANC a tout fait pour maintenir le Cosatu, pas parce qu'il se soucie de l'unité des travailleurs, mais parce qu'il comprend bien qu'une opposition de la classe des travailleurs pourrait se rassembler autour du Numsa indépendant. Tous ses efforts de médiation avaient pour but de maintenir le Numsa prisonnier de son Alliance tripartite. Le secrétaire général de l'ANC, M. Gwede Mantashe, a déjà exprimé sa déception par rapport à l'expulsion maladroite de Vavi. Toute la « stratégie » de l'ANC s'effondre comme un château de cartes.

La manière dont la scission du Cosatu se déroule à présent ne peut qu'accélérer la chute de ce qui restait de soutien à l'ANC parmi la classe des travailleurs. Vu l'intensification de la rivalité entre syndicats qui s'ensuivra après la naissance d'une nouvelle fédération, les patrons, encouragés par les services que l'ANC leur a rendu à Marikana, s'attendront à ce que ces méthodes se poursuivent, surtout au vu de la grave crise de l'économie du pays. Sous cette pression, l'ANC va à son tour mettre la pression sur ce qui reste du Cosatu pour l'aider à « gérer les attentes » au sein de la classe des travailleurs.

La première épreuve dans l'immédiat va être le cycle de négociations salariales dans le secteur public. Il n'y a nulle part où se cacher pour le petit groupe pro-ANC qui contrôle encore le Cosatu. L'ANC, le maitre politique du Cosatu, se fait passer pour son allié alors qu'il est en même temps son employeur. Si le Cosatu est perçu comme étant de manière trop flagrante dans la poche de l'ANC et des patrons, il va perdre ce qui lui restait de crédibilité, et l'hémorragie de membres vers la nouvelle fédération va le saigner jusqu'à ce que mort s'ensuive. D'un autre côté, si le Cosatu tente une offensive par opportunisme, il va endommager ses relations avec l'ANC, qui considèrera cela comme un acte de déloyauté. À ce moment, puisque le Cosatu ne lui sera plus d'aucune utilité, il sera écarté et le gouvernement ANC aura à accomplir lui-même le sale travail en attaquant frontalement la classe des travailleurs.

L'ANC est donc à présent confronté à une situation « perdant-perdant ». La scission du Cosatu va aggraver les pertes de l'ANC au cours des élections locales de 2016, qui se dérouleront dans moins d'un an. L'idée d'un nouveau parti prolétarien indépendant va se poser de plus en plus clairement dans l'esprit des travailleurs. Nous avons anticipé cela dans notre déclaration du nouvel an où nous écrivions que « Le réalignement du mouvement syndical va se poursuivre en 2015 et la bataille pour le Cosatu va entrer dans sa phase finale ». L'expulsion de Vavi et l'admission du Limusa au Cosatu a enfoncé le dernier clou dans le cercueil de cette fédération.

Lorsque le Numsa s'est embarqué dans l'aventure de son congrès national extraordinaire de décembre 2013, il était seul. Il a à présent été rejoint par sept membres du Cosatu dans la lutte pour une nouvelle fédération, par de nombreuses formations politiques pour préparer le Mouvement pour le socialisme, et par toute une série d'organisations de quartier, d'associations étudiantes et de jeunes, et d'autres formations dans le cadre d'un front uni. Au sein de la base de toutes ces organisations, il y a un désir ardent d'unifier les différentes luttes au sein et à travers des trois arènes de lutte que sont les services publics, l'enseignement supérieur et les entreprises sous la direction d'un parti prolétarien de masse. Un nouveau chapitre de la lutte de la classe des travailleurs s'ouvre donc. L'histoire nous attend. En avant pour un nouveau parti prolétarien de masse, armé d'un programme socialiste !

Le Numsa en action :
« Défendons nos emplois ! Luttons pour créer des emplois ! »

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Expulsion du NUMSA : reconstruire le mouvement syndical sur des principes socialistes

Déclaration du Wasp en décembre 2014 à propos de l'expulsion du Numsa. 
Traduction Alino

L'aile droite pro-ANC de la direction du Cosatu (Congrès des syndicats sud-africains) est parvenue à accomplir ce que le régime d'apartheid n'avait jamais pu faire : casser la fédération syndicale nationale, forte de  2,2 millions de membres. Dans la nuit du 7 au 8 novembre, surnommée « nuit des longs couteaux » dans la presse, le comité exécutif central du Cosatu (CEC) a décrété, à 33 voix contre 24, l’expulsion du syndicat des travailleurs du métal, Numsa. Cette action a été accomplie afin de punir le Numsa pour sa décision de décembre 2013 de rompre avec l’ANC et pour les mesures qu'il a prises en vue de la création d’une alternative politique socialiste. Pour l’ANC, la scission au sein du Cosatu est un désastre. Cela consacre en effet l'échec de sa stratégie de reléguer le Cosatu au rôle de « bureau syndical » de l’ANC, tandis que le Numsa échappe maintenant totalement à son contrôle. Par ses tentatives de réduire le pouvoir du Cosatu au sein de l'alliance tripartite et de neutraliser la résistance de la classe travailleuse neutre, l'ANC n'a par inadvertance fait qu'accélérer la réémergence de la classe ouvrière en tant que force politique indépendante.

Lors d'une présentation marathonesque (qui a duré trois heures) devant le CEC, le secrétaire général du Numsa, Irvin Jim, a réfuté toute charge et accusation à l'encontre du Numsa, avant de résumer très exactement la raison pour laquelle le Numsa a été pris pour cible : « Vous voulez nous exclure parce que nous vous rappelons constamment à quel point vous échouez dans votre rôle qui est censé être de protéger les intérêts de la  classe ouvrière ». Jim a aussi lancé cet avertissement : « Dans le Cosatu ou en-dehors, nous n'arrêterons pas notre mobilisation de la classe ouvrière sur la voie vers le socialisme. Nous ne vous lâcherons pas, mais nous continuerons à démontrer l'échec lamentable de l'alliance de classes à laquelle vous êtes mêlés et la façon dont cela compromet votre capacité à guider la classe ouvrière ».


La scission

Le 10 novembre, répondant à cet appel, sept autres structures affiliées au Cosatu (sur 19) ont décidé de renoncer à toute participation aux structures de direction de la confédération, en solidarité avec le Numsa. Il s'agit du Syndicat des travailleurs de l'alimentaire et alliés (Fawu), du Syndicat des footballers sud-africains (Safpu), de l’Organisation démocratique des aides-soignants d'Afrique du Sud (Denosa), du Syndicat des travailleurs du secteur public et alliés (Pawusa), du Syndicat des travailleurs de la communication (CWU), du Syndicat des travailleurs de l’État d'Afrique du Sud et alliés (Sasawu) et du Syndicat des travailleurs du commerce et de l'hôtellerie d'Afrique du Sud et alliés (Saccawu). À la conférence de presse du Cosatu du 11 novembre qui a officiellement annoncé l'expulsion du Numsa, le secrétaire général du Cosatu, Zwelinzima Vavi, était absent. Vavi, qui est un allié du Numsa, a par après fait publier une lettre ouverte dénonçant cette expulsion. Celui-ci est le suivant dans le viseur de la droite ; la prochaine réunion du CEC, le19 novembre, devra d'ailleurs discuter du renouvèlement des charges qui avaient provoqué sa suspension d'aout 2013 à avril 2014. Comme pour le cas du Numsa, la véritable raison des attaques contre Vavi est sa critique tranchante de la politique procapitaliste suivie par le gouvernement ANC. 

Les mouvements dont les “dirigeants” ont voté pour l’expulsion du Numsa voient leur autorité remise en question par de nombreux scandales de corruption et de multiples scissions. Ils ne bénéficient pas du soutien de leurs membres pour leur actions contre le Numsa. Le secrétaire général du Satawu, le syndicat des transporteurs, a récemment comparu les fers au pied devant le tribunal des crimes commerciaux pour accusation de vol. Pourtant, il est toujours en fonction et reste bien accueilli lors des assemblées du Cosatu. La direction du Ceppawu (Syndicat des travailleurs de la chimie, de l'énergie, du papier, de l'impression, du bois et associés) n'a pas convoqué son exécutif national depuis plus de deux ans pour défendre ses positions devant lui. Plusieurs directions régionales du Ceppawu ont publiquement dénoncé le soutien accordé par leur direction à la droite tout au long de la crise au sein du Cosatu.

Des scissions au sein de ces syndicats sont probables, et plusieurs sont d'ailleurs déjà en train de se produire. L’ancien président du Syndicat démocratique des enseignants (Sadtu), à la direction pro-ANC, est en train de lancer un nouveau syndicat pour le secteur public après avoir été exclus de son syndicat cette année pour avoir soutenu Vavi. Il existe un potentiel pour créer une nouvelle fédération syndicale qui remplacerait la collaboration de classes de l'alliance tripartite par les principes d'indépendance politique ouvrière et de socialisme. Cette possibilité a été reconnue par le secrétaire général adjoint du Fawu, Moleko Pakhedi, lors d'une conférence de presse donnée le 10 novembre par « les sept dissidents » du Cosatu. 

Ces sept alliés du Numsa vont reprendre leur action judiciaire pour forcer la convocation d'un congrès national extraordinaire du Cosatu. Lequel congrès pourrait permettre d’élire une nouvelle direction et de rétablir le Numsa. Pour cette raison cette demande est refusée par la droite depuis plus de 18 mois malgré le fait que toutes les conditions requises pour la convocation d'un congrès extraordinaires ont été réunies. La droite continuera à résister à cette demande pour empêcher le retour du Numsa. Un nouveau (faux) syndicat pour l'industrie de métal – le Syndicat des travailleurs du métal et associés d'Afrique du Sud (Muwasu) se dit prêt à être officialisé par le Département du Travail d'ici la fin de l'année. Fondé par l'ancien président du Numsa, Cedric Gina, qui a abandonné le Numsa juste avant son congrès extraordinaire de 2013, ce syndicat a demandé son entrée au Cosatu. 

La responsabilité du démantèlement du Cosatu est celle de la droite. Elle a trahi chaque principe d'indépendance politique ouvrière, de contrôle ouvrier et de socialisme. De toutes les traditions de lutte qui ont fini par donner naissance à cette fédération au cours de la bataille des années '1980 contre l'apartheid, la seule chose qui reste au Cosatu est son nom.


Il faut une action audacieuse

Nous soutenons les efforts entrepris par le Numsa et par ses sept alliés afin de poursuivre la lutte pour la convocation d'un congrès extraordinaire. Cependant, il ne faut pas perdre de temps pour entamer la création d’une  nouvelle fédération syndicale socialiste au cas où cette lutte échouerait. Le Numsa a déjà annoncé qu’il ira plus loin, avec le lancement de son Front uni qui aura lieu les 13-16 décembre avec la participation du Wasp (Parti ouvrier et socialiste, créé à l'initiative de la section sud-africaine du CIO). Le Numsa va aussi convoquer des grands rassemblements de ses membres et délégués syndicaux à travers tout le pays, auxquels il convie également tous les membres du Cosatu, que les dirigeants de leurs centrales aient ou non voté pour son expulsion. De plus, le Numsa a déclaré que ses membres devraient continuer à participer aux structures du Cosatu. Il s'agit d'une stratégie tout à fait correcte : il est en effet absolument crucial que les travailleurs et la base syndicale soient encouragés à participer activement au renouvèlement du mouvement ouvrier.

Plus encore, le Wasp est d'avis qu'à la suite de ces assemblées, une date doit être donnée pour une conférence au début de l'an prochain afin de discuter de l'avenir du mouvement syndical. Cette conférence devra être ouverte non seulement au Numsa et à ses alliés, mais à tous les membres et structures des autres centrales membres du Cosatu, aux membres de la fédération syndicale Nactu, aux syndicats indépendants et à des groupes de travailleurs non organisés qui luttent pour fonder de nouveaux syndicats.

Le Wasp a systématiquement mis en avant l'idée de lancer un Réseau syndical socialiste qui réunirait toutes ces larges forces. C'est dès à présent qu'il faut lancer une telle initiative. Elle pourrait être annoncée à partir de la conférence que nous proposons. La tâche immédiate serait de rallier l'ensemble des forces dans le mouvement syndical qui se sont véritablement engagées dans le socialisme et tous les syndicats contrôlés véritablement contrôlés par leur base de travailleurs afin de rassembler la pleine puissance de la classe ouvrière organisée afin de lancer la bataille pour récupérer le Cosatu. Un tel réseau pourrait surmonter la paralysie des luttes ouvrières suscitée par la crise du Cosatu et donner une direction à la nouvelle lutte pour les salaires dans le secteur public, à la lutte pour faire respecter l'accord salarial dans l'industrie du métal et à la lutte pour le retrait des péages routiers. Ce Réseau permettrait en même temps de tisser des liens pour plus d'unité et de coopération avec les syndicats non-Cosatu au cas où la bataille pour reconquérir le Cosatu serait victorieuse, ou de rassembler les forces en vue de la création d'une nouvelle fédération syndicale au cas où cette bataille ne porterait pas ses fruits.

En plus de la consolidation de l'unité de la classe des travailleurs autour d'une stratégie de lutte de classes, il faut associer à cette idée celle d'un nouveau parti des travailleurs de masse armé d'un programme socialiste. Un nouveau parti des travailleurs de masse pourrait unifier les travailleurs et la jeunesse dans les quartiers en exprimant le but à atteindre pour la défense de l'ensemble des intérêts de la classe des travailleurs : la création d'une société socialiste. C'est la plus grande crainte de la classe capitaliste et de ses représentants politiques que sont l'ANC et le SACP (Parti communiste sud-africain). Mais il faut se saisir courageusement de cette occasion. Nous appelons tous ceux qui soutiennent cette stratégie à participer au Front uni du Numsa et à rejoindre le Wasp pour œuvrer avec nous au lancement d'un tel parti en tant que partie prenante de la lutte pour une Afrique du Sud socialiste et un monde socialiste.

Le Numsa lors de son congrès extraordinaire de 2013 qui a notamment voté
comme résolution la création d'un nouveau parti pour les travailleurs du pays

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