lundi 27 avril 2015

CI : Les origines du FPI et la crise actuelle

Ni pro-Affi ni pro-Sangaré – pro-socialisme !


Le FPI est tout d'abord lié à la personne de Laurent Gbagbo. Combattant pour la démocratie, enfermé plusieurs fois par Houphouët, Laurent Gbagbo se fait tout d'abord remarquer en tant que candidat à la tête de l'Uneeci. Ce syndicat étudiant à la solde du régime Houphouët sera dissout par une descente militaire au moment de son congrès de 1969 : il aurait « développé des liens avec des partis extrémistes étrangers » (communistes). Vu le contexte de l'époque (révolution de mai 68 en France, guerre du Vietnam, « révolution culturelle » en Chine, printemps de Prague…), les craintes du régime étaient fondées.

Parti étudier en France, c'est là, en 1970, dans une chambre sur le campus, en compagnie de Traoré Amadou, Assoa Adou et Zadi Zaourou (eux-mêmes militants communistes), que Gbagbo formule le « Serment de Strasbourg » par lequel les quatre s'engagent à lutter pour le pouvoir en Côte d'Ivoire pour le bien du peuple : santé pour tous, école pour tous, démocratie, indépendance totale. 

Article tiré de l'édition d'avril de l'Étincelle, bulletin du Cio-Ci. Par les camarades Jules Konan et Dalaï


La création d'un « front » sur des bases larges

C'est en 1982 qu'est ensuite créé le FPI, Front populaire ivoirien. D'où vient ce nom ? « Front » fait référence au fait qu'il s'agit d'un mouvement hybride, large, dans lequel chacun peut se reconnaitre, quelle que soit son idéologie ou son rang social, à condition d'en partager le programme de base. « Populaire » fait référence au peuple dont il entend traduire au pouvoir les aspirations véritables. Son programme ? « Égalité, justice, paix, démocratie populaire ».

Arrivé au pouvoir en 2000, le FPI met sur pied un budget « révolutionnaire » mobilisant les ressources propres au pays plutôt que l'aide étrangère. Il introduit la bonne gouvernance dans le recrutement des hauts cadres qui se fait désormais sur base de la seule compétence. Dans les filières agricoles, les paysans acquièrent le pouvoir de décision. Les différents syndicats, totalement libres de manifester pour la première fois dans l'histoire du pays, obtiennent de nombreuses hausses de salaire. Les parlements et agoras fleurissent. Un processus révolutionnaire s'est ouvert avec une participation de plus en plus active des larges masses dans la vie politique du pays. 

Mais le 19 septembre 2002 signale le début de la rébellion nordiste suscitée par l'impérialisme. Les pressions s'accumulent sur le régime qui revient rapidement sur sa politique de renationalisation de la Sodeci, de la CIE… Et qui se voit contraint malgré lui de calmer l'ardeur revendicative. Allant de compromis en compromis, le gouvernement Gbagbo va jusqu'à céder le port d'Abidjan à Bolloré, à accepter les chefs de la rébellion dans son gouvernement, etc. Le peuple a beau être mobilisé en masse, le FPI refuse d'attaquer frontalement l'impérialisme, de mener une politique ouvertement révolutionnaire, et cherche à « calmer le jeu ». Or ces concessions ne font que l'affaiblir en sapant ses positions. L'impérialisme presse son avantage et finit par chasser Gbagbo du pouvoir.


Le FPI décapité – l'inaction puis la crise

Que constate-t-on aujourd'hui ? Que la stratégie de l'impérialisme a fonctionné. Gbagbo enlevé, le parti est comme décapité. Mais cela est dû à l'échec du modèle de construction du parti et des perspectives mises en avant par ses fondateurs.

En effet, le « front » large était capable de mobiliser  différents acteurs autour d'un programme minimal, mais pour pouvoir recruter massivement, l'idéologie a dû être mise au placard. Or, sans idéologie, le parti n'a aucune cohésion. Pour ne pas effrayer les libéraux et socialistes modérés, on n'a pas donné de formation marxiste aux membres de la base. Sitôt le leader charismatique disparu, les différents membres de la direction partent chacun dans leur direction : un parle de libéralisme, l'autre de compromis avec le régime, d'autres veulent continuer la lutte mais sans savoir de quelle lutte il s'agit. Tant que Gbagbo est en prison, le parti est inerte et amorphe, malgré le dévouement et l'énergie de ses membres. Toute la magnifique structure n'était en fait qu'illusion. Le combattant en prison, il semble que son combat a été lui aussi emprisonné. Gbagbo luttait donc seul ?

Aujourd'hui, le parti est divisé entre un camp de la soumission, qui a décidé de faire du FPI un parti « normal » et de jouer le jeu politique selon les règles imposées par l'impérialisme. L'autre aile, la faction « radicale », désire poursuivre une « révolution démocratique », qui est vouée à l'échec car elle n'a tiré aucune leçon des échecs du passé. Au lieu de chercher à renforcer la cohésion du parti, à former les militants et à clarifier son idéologie et ses objectifs, le camp « Sangaré » nous tire en arrière en avouant son impuissance à organiser le moindre mouvement en l'absence de la personne de Laurent Gbagbo. Mais est-ce que Gbagbo a demandé qu'on le libère ?


Pour le socialisme ! Pour un FPI de la base prolétarienne

En réalité, pour atteindre l'idéal « égalité, paix, justice, démocratie populaire », il ne suffit pas de remettre le pouvoir au peuple. Car cela revient à demander au peuple un système foncièrement ingérable, de le rendre coupable d'un crime à grande échelle, celui de l'exploitation capitaliste qui tous les jours divise, affame et vole le travail de milliards d'êtres humains. Pour atteindre cet idéal d'indépendance véritable, il faut atteindre un autre système non seulement politique mais également économique : le socialisme. 

C'est-à-dire une économie planifiée à base nationalisée sous gestion des élus du peuple via les agoras et parlements populaires, via les syndicats et les organisations citoyennes, dans laquelle aucun privilège matériel ne sera plus accordé aux responsables, au-delà d'un salaire moyen. Des dirigeants élus et révocables à tout moment par les instances qui les ont élues. Ce n'est qu'ainsi qu'on garantira que les outils, les ressources naturelles, les compétences humaines, les matières premières, seront placés directement entre les mains de la population pour qu'elle puisse elle-même déterminer de quoi elle a réellement besoin, ce qu'il faut produire et comment il faut distribuer cette richesse.

En l'absence d'une telle perspective, tout dirigeant même le plus honnête se retrouve toujours inévitablement embarqué dans un système qui fera tout pour lui mettre des bâtons dans les roues et qui finira soit par le corrompre, soit par le mener à sa perte. C'est ce que prouve l'expérience de la Côte d'Ivoire mais aussi du Chili des années '70 et d'innombrables autres pays. Croire que l'on peut « jouer le jeu » et trouver un consensus ne mène qu'à la contrerévolution et à des milliers de morts.

C'est pourquoi nous appelons l'ensemble de la base radicale du FPI à organiser sa propre faction « Ni Affi, ni Sangaré, mais le socialisme vrai ! » en insistant sur la formation idéologique, la militance de terrain autour de thèmes concrets qui parlent à l'ensemble de la population (cherté de la vie, emploi, etc.), en vue d'une refondation des agoras pour une prise de pouvoir populaire, avec ou sans Gbagbo Laurent.


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