mercredi 9 septembre 2015

CI : L'article 35 : un faux débat !

Ne nous laissons pas manipuler par les « opposants » bourgeois


Depuis quelques mois, on ne parle plus que de ça. Au point où des jeunes sont désormais prêts à mourir pour lui. On parle de l'article 35 de la constitution ivoirienne. Alassane n'étant pas éligible au regard de cet article (ou alors seulement de façon « dérivée »…), on lui prie de ne pas se représenter. Point. On pense ainsi avoir trouvé l'argument massue qui permettra à tous les patriotes ivoiriens de prendre leur revanche sur l'envoyé de l'impérialisme. Il en irait de l'honneur du pays.

Cependant, il nous semble que loin de contribuer à la chute d'un tyran, cet argument d'ordre purement juridique ne nous aide en rien à construire un mouvement pour faire tomber Alassane, divise les Ivoiriens, évite – comme par hasard – la question sur l'alternative à sa politique menée, fait le jeu de politiciens bourgeois qui manipulent une nouvelle fois la jeunesse pour assouvir leurs propres appétits… et renforce en réalité le régime plus qu'il ne l'affaiblit.

Si nous souhaitons de tous nos vœux la chute d'Alassane et avec lui, de la politique néolibérale et du système capitaliste qu'il représente dans notre pays, il nous semble que discuter de la stratégie correcte à adopter est nécessaire pour la construction d'un véritable mouvement national capable de mener à bien la révolution qui s'impose.



L'article 35 divise les habitants de Côte d'Ivoire et renforce Alassane

L'article 35 se trouve au centre des débats ivoiritaires. Pour de nombreux nordistes qui ont soutenu et continuent de soutenir Alassane, le fait de l'attaquer sur ce point constitue une attaque personnelle à son égard de la part de frustrés de l'ancien régime qui rêvent de revenir au pouvoir. Cet article est éminemment lié au problème de la séparation nordiste/sudiste. Le RDR a beau jeu de récupérer ces critiques pour dénoncer des opposants « ivoiritaires » qui menacent le processus de soi-disant « réconciliation nationale ». Beaucoup d'autres Ivoiriens, qui ne désirent que la paix, ne sont pas du tout convaincus par cet argument et refusent d'entrer dans le débat. Répéter l'argument de l'inéligibilité d'ADO ne fait que souder le camp du RDR et donner du crédit aux discours ethnicistes tenus par Soro et d'autres pontes du régime.


Le débat de l'article 35 permet aux opposants bourgeois d'éviter les questions socio-économiques

Si nous voulons nous débarrasser d'Alassane, c'est avant tout parce que nous trouvons son bilan économique désastreux et que nous désirons libérer la Côte d'Ivoire de l'emprise de l'impérialisme. Ce que veulent avant tout la majorité des habitants de Côte d'Ivoire, c'est la paix, du travail, se loger, se déplacer, manger et s'habiller à moindre cout, la fin de la corruption, un enseignement gratuit et de qualité, la santé… Et la fin de la mainmise des multinationales étrangères sur le pays. Or, les opposants officiels (Banny, Essy, KKB, Mamadou Koulibaly…) ne proposent aucune alternative par rapport à ce bilan. Essy Amara a récemment déclaré qu'il n'a aucun problème avec le programme défendu par Alassane, mais qu'Alassane ne s'est pas entouré des bonnes personnes pour l'appliquer. Et que lui, Essy, a les bonnes personnes.

Pourtant, nous savons que nous ne pourrons sortir du marasme actuel tant que notre économie reste à 40 % la propriété d'entreprises françaises, sans parler de la mainmise des multinationales américaines, indiennes, marocaines… Tant que nos ressources nationales seront pillées par des groupes étrangers et que le développement de notre pays dépendra du bon vouloir des « investisseurs étrangers », pour qui il faudrait créer un cadre adéquat. Cela passe obligatoirement par la nationalisation des secteurs stratégiques de notre économie, sous contrôle démocratique des travailleurs et des consommateurs.

À tout cela, les opposants bourgeois à la tête de la CNC n'offrent aucune réponse. C'est pourquoi ils insistent tellement sur la question de l'article 35 et évitent soigneusement toute autre question. Il s'agit donc d'une manipulation de la part de ces politiciens, prêts à sacrifier la jeunesse sur l'autel de leurs propres intérêts corrompus.


Faire tomber Alassane… et après ?

Le problème du slogan « Alassane dégage », est qu'il n'y a à nos yeux personne de crédible pour remplacer Alassane à la tête du pays s'il venait à tomber. On retomberait donc dans la même situation qu'au Burkina Faso, en Tunisie ou en Égypte (voire en Libye, en Syrie ou en Ukraine…). Beaucoup d'Ivoiriens espèrent la mise en place d'un éventuel « régime de transition » qui devrait être instauré si Alassane venait à partir. Mais alors ? En quoi ce régime, dirigé par des politiciens procapitalistes, mettrait-il un terme à la domination de l'impérialisme ? En quoi nous donnerait-il des emplois et des salaires dignes ? En quoi nous apporterait-il la démocratie à laquelle nous aspirons tant ? Tout ce que ce régime pourrait apporter, ce serait quelques postes à une poignée de cadres issus des différents partis politiques et de leurs organisations de jeunesse. Est-ce ce pourquoi nous sommes prêts à mourir ?

Tant que nous vivrons dans le système capitaliste, il n'y aura pas de démocratie en Côte d'Ivoire (et en Afrique de manière générale). Une démocratie véritable ne pourra être mise en place que par la rupture définitive d'avec le capitalisme et la reconstruction de notre pays selon un modèle socialiste révolutionnaire.

Beaucoup d'Ivoiriens comprennent que sans personne pour le remplacer, tout mouvement destiné à faire chuter Alassane « par principe » ne pourra que mener notre pays à une nouvelle crise et à une nouvelle guerre civile. C'est pourquoi, même s'ils ne sont pas heureux, ils refusent et refuseront de se joindre au mouvement actuel de l'opposition, voire le combattront.


La lutte pour l'article 35 vise à « mettre à mal les liens entre Alassane et ses patrons à l'étranger » ?

Démontrer aux dirigeants français, américains, etc. qu'avec Alassane à la tête du pays, la Côte d'Ivoire est ingouvernable, pour les convaincre d'arrêter de le soutenir ?

L'impérialisme n'est pas dupe : il a déjà ses pions, ses pièces de rechange, à la tête du CNC pour remplacer Alassane au cas où celui-ci devait se voir contraint de quitter le pays. Alassane a d'ailleurs déjà déclaré que pour lui, quitter le pouvoir ne sera pas la fin. Il avait ainsi expliqué à RFI qu'il a encore « beaucoup d'affaires à l'étranger qu'il a mises de côté au moment de sa prise de fonction, mais qu'il peut reprendre le moment venu ». Les Banny et consorts sont déjà en embuscade en tant que favoris de l'impérialisme. C'est pourquoi leur objectif est de « faire du bruit » jusqu'au départ d'ADO. Mais et après ?

Et puis, depuis quand des patriotes sont-ils prêts à créer un mouvement pour inviter l'impérialisme à se lancer dans une nouvelle intervention dans le pays ? N'était-ce pas pour Affi que l'adhésion de la « communauté internationale » était si importante ? Quand cesserons-nous d'aller régler nos palabres à Paris et à New York ?


L'article 35 est antidémocratique

En tant que socialistes, nous pensons que toute personne doit pouvoir se présenter à tout poste électif, quels que soient sa nationalité, son âge, son genre, sa religion ou son orientation sexuelle. C'est à la population qu'il revient de décider qui elle veut mettre à la tête du pays. Si la population estime qu'elle ne veut pas d'un candidat étranger, c'est à elle qu'il revient de décider. Il est vrai qu'il faut des règles pour régir la vie d'un pays. Mais la constitution actuelle de l'État bourgeois néocolonial ivoirien est une constitution injuste et antidémocratique, qu'il nous reviendra de réécrire au moment où nous organiserons notre révolution. Il est incroyable que certains militant patriotes aujourd'hui appellent au respect sacré de la constitution et de son article 35, quand ces mêmes militants parlent aussi de mettre en place un système socialiste qui pourtant ne rentre pas du tout dans le cadre de la constitution actuelle.

Oui, Alassane, en tant que chef de l'État bourgeois ivoirien, est censé se plier à la loi qui régit le fonctionnement de cet État. Mais d'un autre côté, depuis quand nos politiciens et nos dirigeants respectent-ils la loi ? Une des (nombreuses) erreurs qui ont entrainé la chute du régime Gbagbo, est d'avoir à tout prix vouloir jouer selon les règles du jeu. Or, les impérialistes jouent à un tout autre jeu ! Vouloir faire rentrer notre lutte dans le cadre de ces revendications légales et « démocratiques », c'est faire preuve d'irresponsabilité et vouloir retomber dans les mêmes erreurs.


Une autre constitution, un autre État

Oui, on peut et on doit interpeller le régime RHDP sur le fait qu'il ne respecte pas la loi dont il est censé être le garant. Mais cela ne doit pas être le cœur de la lutte. Cela doit au contraire nous servir d'argument pour dénoncer le fait que cette constitution n'est en réalité pas adaptée à nos réalités, qu'elle n'est qu'un mensonge destiné à nous berner et à nous faire croire que notre pays peut se développer et connaitre un véritable État de droit dans le cadre du système capitaliste néocolonial. Il nous faut d'autres lois, il nous faut une autre constitution, il nous faut un autre État, reposant directement sur les couches populaires organisées en conseils de quartier, de village et d'entreprise.

Cela suppose la construction dès aujourd'hui d'un nouveau parti révolutionnaire de masse qui rassemblera tous les véritables patriotes, en lien avec les larges couches populaires, pour mettre à l'avant-plan la lutte pour le contrôle de nos propres ressources nationales et la reconstruction socialiste de nos sociétés, à une échelle panafricaine. Malheureusement, le mouvement actuel pour la défense de l'article 35 ne répond aucunement à cette nécessité, mais nous en détourne au contraire pour faire de nous des jouets des politiciens bourgeois qui se moquent de nos souffrances.


Comment faire partir Ouattara ?

Aucun dictateur n'est jamais parti à cause de quelques manifestations de rue et marches éclatées dans les quartiers populaires d'Abidjan et des villes de l'intérieur. La seule chose que les capitalistes connaissent est la force économique. On peut marcher à 10 000 dans les rues de Yopougon, ça leur fait quoi ? C'est nous qui mourons pour eux ! Que le Burundi nous serve de leçon !!

Malgré tout son potentiel de mobilisation, le FPI n'a pas empêché Alassane d'arriver au pouvoir. Depuis quatre ans, aucun mouvement d'ampleur n'a pu être organisé. Alors, en quoi la situation actuelle a-t-elle changé ?

En Égypte, les jeunes ont campé pendant des semaines sur la place Tahrir sans que le pouvoir ne tombe. Ce n'est que lorsqu'une grève générale a éclaté dans les immenses usines du delta du Nil que Moubarak a plié bagage à l'instant (sans que cela ne résolve pour autant tous les problèmes du pays, loin de là !).

Ouattara a été placé par l'impérialisme pour garantir que les investissements étrangers continuent à fructifier en Côte d'Ivoire malgré tout. Tant que le port d'Abidjan et de San Pedro fonctionneront, tant que les zones industrielles de Koumassi, Yopougon, Vridi, Bouaké, etc. fonctionneront, tant que les grandes plantations de bananiers, d'hévéa, de palmiers, etc. fonctionneront, tant que les mines d'or, de fer, de diamants, les plateformes pétrolières fonctionneront – bref, tant que les riches parrains ivoiriens et étrangers de Ouattara verront l'argent s'entasser sur leurs comptes en banque grâce au pillage de notre travail et de nos ressources, il est probable que Ouattara restera en place.

La plus grande force dans la société est la classe ouvrière organisée, seule garante de l'installation durable d'un régime socialiste démocratique. Tant que cette force ne sera pas à même de jouer son rôle historique et d'attirer derrière elle la nation toute entière, notre pays continuera à s'enfoncer dans son cycle de crises postélectorales sans fin. Et les jeunes continueront à marcher dans les rues de nos quartiers en criant leur désespoir.

Rejoignez-nous pour nous aider dans ce combat !


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