dimanche 3 août 2014

Monde : Gaza dans la tourmente

Arrêtons le massacre par des actions de masse en Palestine, en Israël et dans le monde



Des familles entières brulées vives. Des parents tués avec leurs enfants. Le quartier Shajaiya de la ville de Gaza en ruines. Plus de 1100 Palestiniens ont trouvé la mort depuis le 8 juillet, sous le déluge de feu qui ne cesse de se déverser sur cette petite bande de terre assiégée, miséreuse et très densément peuplée. Habituellement, l'Eïd Al-Fitr est un jour de réjouissances marquant la fin du Ramadan. Mais cette année, le 28-29 juillet a surtout marqué une des offensives aériennes les plus mortelles depuis le début de cette guerre, au cours de laquelle une centaine de personnes ont à nouveau perdu la vie.

Compte-rendu et analyse de la situation en Israël-Palestine par notre camarade Shahar Benhorin de notre section du CIO en Israël-Palestine, Tnu`at Maavak Sotzyalisti / Harakat Nidal Eshteraki (Mouvement de lutte socialiste)


Vu que l'âge moyen des 1,8 millions d'habitants n'est que de 17 ans, un très grand nombre de victimes des cruels bombardements israéliens sont des enfants. La plupart des résidents tués n'avaient jamais participé à un combat de leur vie. Il semble que 6000 personnes aient été gravement blessées jusqu'ici, sans compter les dizaines de milliers qui souffrent à présent de chocs psychologiques. De nombreuses personnes ont également perdu leur maison. Plus de 100 000 personnes sont réfugiés.

La seule centrale électrique du territoire a été endommagée – des dégâts tels qu'on ne pourra pas la réparer avant l'année prochaine. Avant la guerre, le courant provenant de cette centrale et celui acheté à Israël permettait aux habitants d'avoir l'électricité chez eux quelques heures tous les jours. Mais à présent, il n'y a plus ni électricité, ni eau, ni système d'évacuation.

Personne ne peut être nulle part à l'abri à Gaza, et il n'y a nulle part où aller. Chaque nouvelle phase du conflit est encore plus brutale que la précédente. Parmi les lieux qui ont été bombardés, on retrouve l'école de l'Office de secours et de travaux des Nations unies, l'hôpital de Waffa, des mosquées… tout cela démontre encore une fois le cynisme de la propagande israélienne, qui tente de présenter le meurtre de masse de la population civile comme étant autant de “malheureux accidents”. Certaines personnes ont été tuées par des “tirs d'avertissement” envoyés sur ces bâtiments avant d'y balancer les missiles qui vont les incendier. Ces méthodes “humanitaires” d'avertissement de la population ne sont que des outils de propagande utilisés pour camoufler la véritable nature de ce qui n'est rien d'autre que du terrorisme d'État.

Les mensonges répétés sans cesse par le gouvernement israélien, qui parle d'une guerre “défensive”, du fait qu'il n'y a “pas le choix”, contrastent fortement avec toute analyse à tête reposée du rapport de force et de l'ensemble du contexte d'agression systématique militaire et économique et de super-oppression de la population de Gaza par Israël.

Cette propagande est également réfutée par le fait que cette guerre a fait relativement peu de victimes israéliennes. Trois civils en Israël sont décédés de manière tragique. 53 soldats israéliens sont morts, pour rien – ce seul bilan est à lui seul déjà supérieur au nombre de personnes tuées par les tirs de missiles et mortiers effectués par le Hamas et autres milices palestiniennes depuis la Bande de Gaza sur les douze dernières années.

Cependant, dans cette guerre, le système de “Dôme de fer” mis en place par Israël intercepte presque tous les missiles identifiés comme dangereux pour la vie des civils. Ce n'est pas pour rien que sur les trois civils qui ont perdu leur vie en Israël, un seul a été tué par un missile – il s'agissait d'ailleurs d'un Bédouin du sud d'Israël qui, tout comme des dizaines de milliers de Bédouins dans le Sud (une population arabe dont l'occupation traditionnelle est l'élevage nomade dans le désert), ne bénéficiait d'aucune protection, vu la politique raciste suivie par l'État israélien. Cette personne vivait dans un campement, qui n'a pas le statut de village officiellement reconnu, ce qui fait que les habitants n'ont pas le droit d'y construire un abri anti-bombes. Ce village n'apparait pas sur la carte, et donc le système “Dôme de fer” se contente d'ignorer les missiles qui tombent sur la tête de ces gens. Les autres personnes ont été tuées par des éclats de mortier à portée courte – l'une de ces personnes étaient un manœuvre immigré thaïlandais, forcé par son patron de poursuivre le travail dans la plantation malgré les tirs.

Les pertes israéliennes depuis que l'invasion terrestre a démarré le 18 juillet sont les plus grandes jamais subies lors d'une offensive militaire sur la Bande de Gaza, y compris durant les intifadas. Toutefois, cette fois-ci, cela ne s'est pas traduit en une baisse soudaine du soutien à la guerre parmi le public juif israélien, comme les autres fois, parce que la crainte des missiles ou de la possibilité d'une attaque sur la population via les tunnels construits par le Hamas de Gaza en Israël est telle qu'elle a donné naissance à une véritable psychose nationale-chauvine.
Bien que les sondages sont souvent manipulés et ne prennent généralement pas en compte la population non juive (qui compte tout de même pour 25 % de la population), il semblerait que parmi le public juif israélien, une immense majorité de 85 % est opposée à tout cessez le feu et se déclare en faveur de la poursuite de la guerre – cette majorité s'étant accrue après le début de l'invasion terrestre.

Ce sentiment réactionnaire a été induit par la crainte des missiles qui a été exploitée par le gouvernement, mais aussi par le fait que bon nombre d'entre eux ont l'idée qu'un cessez-le-feu à présent serait prématuré et ne permettrait pas d'atteindre les objectifs promis par le gouvernement en termes de sécurité, comme cela s'est produit dans le passé. Mais la réalité est qu'après trois semaines de guerre et de boucherie, le Hamas continue toujours à lancer ses missiles sur Tel Aviv et sur d'autres villes israéliennes. Le désespoir en pousse même certains à se dire que seul le massacre de l'ensemble de la population de la Bande de Gaza garantira la sécurité de la population israélienne, mais ce n'est qu'illusion, et une fois de plus, il leur faudra déchanter.

Comment fonctionne le “Dôme de fer” d'Israël : un procédé de détection
et d'interception des missiles provenant de Gaza

Les soi-disant “pourparlers de paix”


Comment en est-on arrivé là ? Neuf mois de négociations autant formelles qu'inutiles entre Israël et l'OLP (Organisation de la libération de la Palestine) se sont effondrés en avril, après une série de provocations de la part du gouvernement Netnayahu. Toute cette période de négociations n'avait en réalité pour autre but que de cacher l'intensification des attaques sur les Palestiniens, y compris le meurtre de 61 Palestiniens dans les territoires occupés, la destruction de centaines de maisons de Palestiniens, et l'extension des colonies juives en Cisjordanie et dans Jérusalem-Est.

Le siège de Gaza s'est renforcé, violant l'accord de cessez-le-feu signé par Israël à la fin de la dernière guerre, en novembre 2012, lorsque le gouvernement Netanyahu s'était vu contraint malgré lui de relâcher le siège, en laissant un peu plus d'espace à Gaza pour la pêche et l'agriculture. Au lieu de ça, l'armée israélienne a tiré à balle réelles sur les pêcheurs palestiniens qui se trouvaient “trop près” de la frontière. Pendant ce temps, les dirigeants palestiniens du Hamas (le parti islamiste au pouvoir à Gaza) et du Fatah (le parti bourgeois de Mahmud Abbas qui dirige la Cisjordanie) se voyaient poussés à entamer de longues négociations en vue d'établir un gouvernement de coalition pour une Autorité palestinienne unifiée, afin de mettre un terme (du moins formellement) à la division entre la Cisjordanie et la Bande de Gaza, qui ont à présent chacune leur popre Autorité palestinienne.

Les dirigeants israéliens ont tout fait pour chasser le Hamas de cette coalition et l'empêcher de participer aux élections. À cause de ça, le gouvernement israélien s'est retrouvé fortement isolé parmi la “communauté internationale”, allant jusqu'à perdre le soutien de ses partenaires américains. Le 30 avril, pour la première fois depuis le cessez-le-feu de 2012, Israël a assassiné un militant du Hamas dans la Bande de Gaza (un commandant de milice). À ce moment-là, on voyait fortement diminuer le nombre de projectiles tirés depuis Gaza, après une série de tirs fournis en mars organisés par l'organisation du “Djihad islamique” après que trois de ses combattants aient été tués par Israël. En mai, seuls quatre missiles ont été tirés. Le 11 juin, une tentative d'assassinat par Israël d'un officier de police du Hamas a causé la mort d'un garçon âgé de sept ans, décédé de ses blessures quelques jours après l'attaque.

Le lendemain, trois jeunes israéliens ont disparu en Cisjordanie. On a retrouvé un peu plus tard leurs corps, abattus par un petit groupe terroriste, que Netanyahu et ses amis se sont empressés de désigner comme étant liés au Hamas. Néanmoins, un porte-parole de la police israélienne avouait il y a quelques jours que la position de la police est que ce meurtre n'avait sans doute été ni planifié, ni ordonné par le Hamas. Cela n'a pas empêché Netanyahu d'utiliser la situation pour affirmer que le Hamas était responsable et allait « devoir payer », allant jusqu'à cacher pendant un moment aux yeux du public israélien le fait que les jeunes avaient déjà été retrouvés morts afin de manipuler les émotions de la population.

Il a donc ordonné un raid sur la Cisjordanie, d'une brutalité telle qu'on n'en avait plus vue depuis des années, avec le meurtre de plusieurs manifestants et l'arrestation de centaines de militants palestiniens accusés d'être membres du Hamas – y compris plusieurs députés de l'Autorité palestinienne. Parmi les personnes arrêtées figuraient aussi 50 anciens prisonniers, qui avaient été libérés en 2011 dans le cadre d'un accord pour récupérer le soldat israélien Shalit, et qui n'ont rien à voir avec cette affaire-ci. Lorsque les corps ont finalement été retrouvés, Netanyahu et son entourage ont hurlé « Vengeance », ce qui a à nouveau enflammé les tensions nationales. Des bandes racistes, dirigées par des éléments néofascistes (dits “kahanistes”), ont attaqué des travailleurs et passants arabes et palestiniens. Un jeune palestinien a été enlevé dans Jérusalem-Est, et a été battu jusqu'au sang avant d'être brulé vif.

Des manifestations et émeutes de Palestiniens se sont déclenchées à Jérusalem-Est et en Israël, tandis que les différentes milices à Gaza ont repris les tirs de missiles. Le bras armé du Hamas, les brigades Izz al-Din al-Qassam, se sont elles aussi impliquées. Le gouvernement Netanyahu, qui est à l'origine de l'escalade de la violence, a relâché son contrôle sur les évènements. Cette guerre à Gaza est avant tout un conflit destiné à relever l'aura du régime israélien et le prestige de son gouvernement, en se donnant l'air de répliquer et de venger les jeunes Israéliens, tout en gagnant du temps en faisant semblant d'avoir trouvé une solution au problème de la sécurité de la population israélienne.

Des militants d'extrême-droite juive attaquent les manifestants
pour la paix en criant « Mort aux Arabes ! »

Un désespoir tragique


En réalité, la stratégie sécuritaire de droite est un échec sur toute la ligne. La politique de siège et les différentes offensives militaires sanglantes sur la Bande de Gaza qui étaient censées mettre à bas le Hamas n'ont en réalité fait que renforcer son pouvoir ainsi que celui des autres milices, qui possèdent aujourd'hui des missiles encore plus avancés. Ces attaques ont semé le désespoir, la désolation la mort et la destruction, et ce faisant, n'ont fait qu'encourager le sentiment de vengeance qui pousse à accomplir des actes terroristes à l'encontre des citoyens israéliens.

Amira Hass, une des rares journalistes israéliennes à avoir conservé son honnêteté, qui a vécu pendant des décennies dans les territoires occupés, décrit ainsi la trajectoire de crise suivie par le régime israélien : « Ceux qui ont rejeté la proposition de paix conclue avec le Fatah et Yasser Arafat, qui prévoyait la création de deux États côte à côte, ont maintenu reçu Haniyeh, le Hamas et les campagnes de boycott, désinvestissement et sanctions. Ces mêmes personnes, qui ont transformé Gaza en un immense camp d'internement destiné à punir 1,8 millions d'êtres humains, ne devraient être surprise de voir ces personnes creuser des tunnels pour tenter de s'évader. Ces personnes qui ont semé l'étouffement, le siège et l'isolation, récoltent des tirs de missiles. Ceux qui depuis 47 ans traversent la Ligne verte impunément, exproprient les terrains de la population et nuisent sans arrêt à la population par leurs raids, leurs fusillades et leurs colonies – n'ont aucun droit de verser des larmes de crocodile en parlant du terrorisme perpétré par les Palestininens contre les civils » (21 juilet, Haaretz).

À présent, comme Netanyahu lui-même l'admet à contre-cœur, le régime israélien ne cherche même plus à renverser le Hamas dans la Bande de Gaza sur le court terme, parce qu'il n'est pas certain de quelles forces pourraient survenir à sa place. Déjà, on commence à voir à Gaza certains groupes apparemment liées au Da`esh (État islamique en Iraq et au Levant). Pendant que le ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman, appelle à la prise en charge militaire complète de Gaza (ce qui contredit le discours qu'il tenait dans le passé, en faveur du « désengagement complet »), le cabinet de sécurité du gouvernement israélien a défini le but de cette guerre comme suit : « Enraciner une stabilité sécuritaire et une tranquillité sur le long terme dans l'arène palestinienne, pour aller vers la stabilisation sociale et économique avec le Hamas en tant qu'entité responsable, affaiblie militairement, confinée à Gaza et chargée d'y maintenir l'ordre ».

L'attaque actuelle sur Gaza démontre également à quel point la situation s'est détériorée dans la région depuis les spectaculaires émeutes populaires du “Printemps arabe” de 2011. Lorsque le précédent gouvernement Netanyahu avait lancé la dernière guerre sur Gaza en 2012, il n'avait pas osé aller plus loin qu'une semaine, ni déclencher une offensive terrestre. Quelques jours plus tard, les ministres des Affaires étrangères de Tunisie et d'Égypte étaient déjà partis en visite à Gaza, et le gouvernement israélien craignait à la fois la remise en question de la paix avec l'Égypte et la propagande parmi les Palestiniens. Mais à présent, vu la solidarité arrogante et criminelle donnée à Israël par le nouveau président égyptien al-Sissi, qui est même allé jusqu'à justifier la position d'Israël, vu aussi le soutien explicite de la part de puissances internationales, Israël a une bien plus grande marge pour perpétrer ses actes de barbarie. Il semble que la guerre actuelle sera encore plus longue et encore plus meurtrière que le massacre horrible de 2008-9.

Les souffrances des habitants de Gaza sont sans nom

Problèmes sociaux et économiques


La guerre semble également être utilisée par ce gouvernement pour détourner l'attention de la population de la crise sociale et des problèmes économiques qui s'aggravent en Israël elle-même. Alors qu'on voit une sérieuse baisse de la croissance de l'économie israélienne, le gouvernement est en ce moment, en pleine guerre, en train d'effectuer toute une série d'attaques contre sa propre population dont d'importants plans de privatisations.

Cependant, le régime se dirige rapidement vers une crise majeure à la sortie de la guerre. On le voit déjà avec des sorties publiques entre ministres d'un mordant sans précédent, surtout en pleine guerre, où chacun cherche à renvoyer à quelqu'un d'autre la responsabilité pour l'immense crise qui se fait plus vive de jours en jours. Malgré le fanfaronnage autour de la destruction de 20 tunnels du Hamas à Gaza, que le gouvernement cherche à présenter comme étant une preuve de victoire stratégique, il y a très peu de chances qu'ils parviennent à s'en sortir la tête haute. Après de nouveaux tirs de missiles vers le centre d'Israël, qui ont forcé de nombreuses compagnies aériennes à annuler leurs vols vers le pays, des combattants palestiniens ont à nouveau traversé la frontière via un tunnel, le lundi 28 juillet, pour abattre cinq soldats israéliens. Aucun des problèmes fondamentaux n'a disparu.

Le gouvernement israélien a beau gesticuler en exigeant la démilitarisation de Gaza, la fin des missiles et des tunnels, il est très peu probable que le Hamas accepte. Cette revendication de démilitarisation unilatérale signifierait que l'État d'Israël conserverait l'ensemble de ses moyens d'agression militaire envers les Palestiniens. Quand bien même le Hamas ferait mine d'accepter de rendre les armes de manière formelle, il n'y a aucune chance qu'ils rendent toutes les armes.

Le Hamas n'a toujours pas concédé grand-chose aux demandes d'Israël. Il était en sérieuse perte de popularité avant la guerre, mais à présent, il est parvenu à rassembler un large soutien en tant que force de “protection”. Les tentatives du dirigeant du Hamas Khaled Mash`al de jouer un rôle de dirigeant national, mettant de côté les divisions religieuses et sectaires, ont quelques similarités à la rhétorique de Hassan Nasrallah, le dirigeant du Hezbollah, pendant la guerre entre Israël et le Liban en 2006. À présent, le gouvernement israélien fait face à une situation dans laquelle la collaboration d'al-Sissi a fait perdre à l'Égypte son statut de partenaire de négociation fiable aux yeux du Hamas. Les dirigeants israéliens insistent sur la “proposition égyptienne” (peut-être avec une influence saoudienne), qui a été définie sans l'approbation du Hamas, parce qu'ils veulent éviter toute implication de la Turquie et du Qatar dans les négociations de paix, vu que ces pays soutiennent le Hamas.

Bien que les principales revendications avancées par le Hamas et par le Djihad islamique soient dirigées contre le siège de Gaza organisé par Israël et l'Égypte et contre les agressions israéliennes, le gouvernement Netanyahu ne peut se permettre d'accepter la moindre d'entre elle, parce que cela porterait un grand coup à son prestige et risquerait de le faire paraitre comme étant le perdant sur le plan politique, malgré l'engagement d'une force militaire massive. C'est ce qui a poussé le gouvernement à rejeter les appels de Obama et du Conseil de sécurité des Nations-Unies à un cessez-le-feu immédiat – cela ne peut qu'approfondir l'isolement du régime israélien sur la scène internationale.

Miliciens palestiniens prêts à tirer leurs missiles sur la population israélienne

Le mouvement antiguerre


Après cette guerre, les critiques et la contestation à l'encontre d'Israël vont certainement redoubler, et l'ampleur des manifestations de solidarité avec Gaza partout dans le monde confirme cette perspective. Un autre facteur d'inquiétude pour le gouvernement israélien et ses partenaires internationaux est la crainte que se produise une vague de radicalisation parmi les communautés palestiniennes de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et au sein d'Israël.

À la suite du massacre du quartier Shajaiya dans la ville de Gaza, au cours duquel plus de cent personnes ont été tuées, une grève d'opposition à la guerre a été organisée le lundi 21 juillet par les syndicats des travailleurs palestiniens en Cisjordanie et par le Comité suprême de la communauté arabo-palestinienne en Israël. Vu le manque de soutien de la part des syndicats – le principal syndicat israélien Histadrut a scandaleusement décidé de soutenir la guerre (http://www.histadrut.org.il/index.php?page_id=3223), cette grève n'a pas eu un caractère proprement ouvrier, mais on a également vu de nombreuses petites entreprises, boutiques, ateliers, etc. fermer, et même certaines agences locales des banques israéliennes, dont les gérants craignaient de rompre la grève.

Le jeudi 24 juillet, des dizaines de milliers de gens ont manifesté en Cisjordanie. On voit ainsi petit à petit émerger la véritable force capable d'empêcher la réaction furieuse et la folie du massacre : la lutte de masse, que le Hamas et le Fatah évitent depuis des années à tout prix et de manière très consciente par tous leurs plans qui ne mènent qu'à l'impasse. Bien qu'il ne s'agisse pas encore d'une insurrection de masse, les manifestations étaient organisées partout en Cisjordanie. La plus grande marche s'est déroulée du camp de réfugié de Al-Am`ari, près de Ramallah, vers le poste de contrôle de Qalandiya. 20 000 personnes y étaient présentes. Ce n'était pas la plus grande manifestation palestinienne contre l'attaque sur Gaza, mais c'était une des plus grandes manifestations jamais vues en Cisjordanie depuis des années (voir cette vidéo http://www.youtube.com/watch?v=7RP0_66GTuI).

Les manifestants ont repris des appels à la solidarité avec les résidents de Gaza, et ont marché héroïquement sous une lourde répression militaire. Une barricade de pneus enflammés a été érigée pour bloquer l'attaque de l'armée, des feux d'artifice ont été tirés, et plusieurs jeunes ont balancé des pierres et des cocktails Molotov contre les soldats. À Bethlehem, des véhicules et des containers à ordure ont été utilisés pour dresser des barricades. Des milliers de gens sont descendus à Naplouse. Une manifestation très militante a aussi eu lieu devant la colonie de Bet-El près de Ramallah.

Neuf manifestants ont été tués par l'armée israélienne, et un autre par un colon, qui tentaient de les disperser. Cela montre la nécessité et l'importance de faire passer la lutte au stade supérieur en organisant des comités populaires démocratiques de type agora, afin de mobiliser et de coordonner les actions et manifestations et d'assurer leur protection – y compris par les armes, mais sous contrôle démocratique.

En Israël même, on a vu des manifestations rassemblant des milliers de Palestiniens à Nazareth, à Kfar Kana et à Umm Al-Fahem, malgré l'arrestation de centaines de Palestiniens israéliens et de résidents de Jérusalem-Est en juillet. Tout cela coïncide avec la manifestation antiguerre qui a rassemblé 6000 personnes le samedi 26 juillet dans le centre de Tel-Aviv, dont la plupart des participants étaient juifs ; il s'agit jusqu'ici de la plus grande manifestation antiguerre en Israël. Des milliers de personnes étaient présentes malgré le fait que les actions précédentes étaient plus petites et étaient attaquées par des “patriotes” juifs d'extrême-droite (qui s'en sont entre autre pris à nos camarades du Mouvement de lutte socialiste). Ces gens sont venus aussi malgré le fait que cette manifestation n'était soutenue par aucun parti politique de l'establishment israélien, même pas par le parti Meretz (“Énergie”, un parti nationaliste libéral de “gauche”, qui a soutenu la guerre mais appelle maintenant à un cessez-le-feu). Et malgré le fait que la police ait annoncé à la radio et à la télé une heure avant l'évènement qu'il avait été annulé, avant de finalement décider de l'autoriser à nouveau.

Certains manifestants ont été battus à la fin de l'action, et le même jour, deux Palestiniens ont été tabassés et presque lynchés à Jérusalem par l'extrême-droite. Mais ces milliers de gens ont certainement pu donner confiance à d'autres milliers de gens dans le fait qu'il est possible de s'opposer à la guerre, ce qui présage du bon pour l'avenir du mouvement. Dans ce sens, l'action du 26 juillet peut être considérée comme un point tournant.

Manifestation pour la paix à Tel-Aviv : “Continuons à résister à l'occupation”
“Protéger ne veut pas dire tuer les enfants”

Vers un État palestinien


Le Mouvement de lutte socialiste, section du CIO en Israël-Palestine, est en pleine solidarité avec le peuple palestinien contre les agresssions brutales et barbares d'Israël mais aussi avec la population israélienne qui souffre également des conséquences de la guerre. Derrière le sentiment chauvin arrogant qui vit en ce moment parmi la majorité des travailleurs israéliens, se cache l'envie de parvenir à des solutions fondamentales. Netanyahu démontre chaque jour de manière un peu plus flagrante qu'en réalité il est contre toute idée d'un État palestinien indépendant à côté d'Israël. 

Les couches de la classe dirigeante israélienne qu'il représente ne considèrent pas qu'il soit dans leur intérêt de voir l'émergence d'un État palestinien indépendant et vivable. Ces capitalistes – ainsi que beaucoup de membres de la classe dirigeante américaine – craignent qu'un État palestinien ne les aiderait pas à résoudre le conflit national et la situation dans la région, mais au contraire, que cet État serait contrôlé par des forces politiques imprévisibles de leur point de vue et renforcé militairement, et se mettrait à revendiquer des territoires et des ressources, ce qui constituerait par conséquent un facteur d'instabilité et de radicalisation majeur dans la région, englobant par dessus le marché les communautés de Palestiniens vivant en Israël et dans la diaspora.

Netanyaha a récemment déclaré que : « Nous n'accepterons jamais le moindre accord qui nous contraindrait à abandonner le contrôle de la sécurité sur le territoire à l'ouest du fleuve Jourdain ». Ce manque flagrant de volonté politique de la part du régime israélien, qui refuse de concéder la moindre forme d'État indépendant, joue clairement un rôle dans la perpétuation de ce conflit sanglant. Les travailleurs juifs israéliens vont finalement tirer la conclusion que tant qu'ils se rangent du côté de leurs propres exploiteurs et oppresseurs contre les Palestiniens, ils n'obtiendront jamais la moindre sécurité, paix ni justice sociale.


La tâche des forces socialistes est d'expliquer sans relâche et de manière cohérente la nécessité pour les travailleurs israéliens de lutter pour les enjeux économiques du moment mais tout en soutenant les droits des Palestiniens, car c'est là la première étape vers une paix équitable, avec la fin du siège, de l'occupation, des colonies et de toute forme d'oppression des Palestiniens ; la fin aussi de tous les privilèges nationaux et discriminations envers n'importe quel groupe, et l'application dans la pratique du droit égal à l'auto-détermination. Cela signifie la mise sur pied d'un véritable État palestinien indépendant, égalitaire, démocratique et socialiste, à côté d'un Israël socialiste et démocratique, avec deux capitales à Jérusalem et des droits équitables pour les minorités, tout cela dans le cadre de la lutte pour un Moyen-Orient socialiste.

Lutter ensemble contre l'élite capitaliste israélienne,
instaurer la fraternité socialiste


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