mercredi 2 décembre 2015

Suède : Tentative d'incendie contre les camarades du CIO

Malgré la hausse des violences racistes, la solidarité est toujours gagnante


Les appartements de trois camarades du Parti de l'égalité – les Socialistes (Rättivespartiet Socialisterna – RS, section suédoise du CIO) ont été attaqués par des individus qui ont tenté d'y mettre le feu à 3 h du matin dans la nuit du samedi au dimanche 24 et 25 octobre 2015.

Deux jours plus tôt, un attentat était survenu dans une école de Suède, où un jeune homme raciste a tué deux personnes à l'arme blanche et grièvement blessé deux autres personnes. Au cours de la même semaine aussi, cinq bâtiments utilisés pour loger des réfugiés ont été incendiés dans diverses villes de Suède.

Que se passe-t-il dans ce pays et à quoi devons-nous encore nous attendre ?

Camarades du Parti de l'égalité – les Socialistes (RS, Rättvisepartiet Socialisterna, section du CIO en Suède)


Attaque sur les logements de nos camarades à Göteborg

L'attaque sur les logements de nos camarades du CIO a été subie dans un des bastions de notre parti, le quartier de Hammarkullen à Göteborg (prononcé « Yeutebor », ville portuaire de l'ouest de la Suède, 500 000 habitants, la deuxième plus grande ville de Suède). Un des logements attaqués est l'appartement de notre camarade Kristofer Lundberg, président de RS en Suède occidentale. Kristofer est également président d'une association de locataires basée dans plusieurs quartiers de la ville dont Hammarkullen. Notre parti à Göteborg est bien connu pour les nombreuses campagnes qu'il mène sur la question du logement et des coupes budgétaires, pour son rôle dans la lutte contre le racisme ainsi que pour son soutien à la lutte du peuple kurde.

Les attaquants ont tenté d'incendier les trois appartements en mettant le feu aux boites aux lettres et aux poubelles dans les cages d'escalier. Par chance, un des foyers a été découvert rapidement et le feu dans les boites aux lettres a été rapidement éteint. Les incendies dans les cages d'escalier ont nécessité l'intervention de 35 pompiers mobilisés de 3h à 7h du matin pour être éteints.


En réponse à l'attaque, RS convoque une AG d'urgence pour les habitants du quartier

Dès le dimanche matin, un groupe de camarades de RS s'est rassemblé immédiatement et a appelé les habitants du quartier à une AG à midi. Les camarades ont décidé d'informer les habitants de chaque famille dans la zone pour les inviter à ce meeting organisé le même jour au nom du parti. 70 personnes sont venues à cette AG. Beaucoup étaient venus exprimer leur solidarité et affirmer qu'ils étaient prêts à réagir. Plusieurs se sont engagés comme volontaires pour l'organisation de patrouilles nocturnes, d'autres ont accepté de faire partie de notre liste d'appels d'urgence. Il a été décidé de mobiliser pour un meeting de rue mardi et pour une nouvelle AG le mercredi.

La presse régionale est venue aux nouvelles. Nos camarades et les policiers présents ont déclaré qu'ils considèrent cette attaque comme un crime politique, connecté aux incendies dans les abris pour réfugiés.

L'assemblée des résidents convoquée en urgence par les camarades
après l'attaque

Incendies et attaque sur une école

Dix-sept centres d'accueil des réfugiés ont été attaqués depuis le mois de mars et incendiés. Six de ces attaques ont eu lieu justement dans la semaine du 19 au 25 octobre. Une recherche effectuée par un magazine antiraciste a démontré que les centres qui accueillent des enfants de réfugiés sont particulièrement vulnérables.

Jeudi 22 octobre, un terroriste a attaqué une école à Trollhättan, petite ville industrielle de 50 000 habitants située à 75 km de Göteborg. Un homme nommé Anton Lundin-Pettersson a surgi dans l'établissement en tenue de combattant, portant un casque de Dark Vador, armé d'une épée et d'un long poignard. Il voulait ainsi se faire passer pour un « chevalier », conforme à l'image défendue par le terroriste norvégiien Anders Behring Breivik (qui a massacré une centaine d'enfants armé d'un fusil, en 2011).

Dans une lettre d'adieu, Lundin-Petterson expliquait qu'il partait attaquer les « étrangers » et que selon lui, « La Suède ne devrait pas accueillir autant d'immigrés ». Il a choisi une école qui compte de nombreux élèves d'origine étrangère. Lors de son attaque, ses victimes ont été sélectionnées en fonction de la couleur de leur peau. Les élèves blancs n'ont pas été inquiétés. Un éducateur suédois, âgé de 20 ans, Lavin Eskander, a été tué alors qu'il tentait de bloquer l'assaillant, tandis qu'un élève âgé de 15 ans, Ahmed Hassan (originaire de Somalie), est mort en recevant un coup d'épée dans le ventre. Deux autres élèves ont également été grièvement blessées. Le terroriste a finalement été abattu par la police.

En examinant le profil internet de Lundin-Petterson, les enquêteurs ont découvert qu'il était abonné à plusieurs chaines YouTube pro-nazies, antisémites ou islamophobes. Il suivait également avidement les articles de divers militants d'extrême-droite, y compris un blog faisant la promotion de « l'importance de la race dans la société ». Tout comme pour Anders Behring Breivik, Lundin-Petterson considérait le multiculturalisme comme un « projet infernal », le fruit d'une conspiration mondiale.

Le terroriste avant son attaque

La haine raciste

Toutes ces attaques racistes se déroulent dans un contexte de polarisation croissante en Suède. On entend de plus en plus de discours antiréfugiés, du style « On ne peut plus en accepter d'autres ». On voit de plus en plus de haine raciste sur l'internet. Les attaques sur les centres d'accueil de réfugiés sont applaudies par des racistes anonymes sur internet, dont beaucoup s'écrient « Enfin ! ». On a même vu un politicien du parti raciste, les « Démocrates suédois » (Sverigedemokraterna, SD), se demander pourquoi une tour à mitrailleuse n'avait pas encore été installée sur le pont qui relie la Suède au Danemark (et au reste de l'Europe).

Au cours de la même semaine du 19 au 25 octobre, les SD avaient émis plusieurs déclarations appelant leurs militants à « partir en action » pour empêcher les réfugiés de s'installer. « C'est très bien parti », lançait Kent Ekeroth, député des SD, lors d'un meeting à Trelleborg, petite ville du sud de la Suède.

Les pays nordiques ont déjà connu ce genre d'actes racistes et haineux auparavant. Ainsi, en 1991-92, un individu surnommé « Laserman » par la presse a perpétré onze attaques au fusil, dont une mortelle. En 2009-10, la ville de Malmö a été terrorisée par un « Laserman 2 », qui a assassiné deux personnes et attenté à la vie de six autres. On ne peut évidemment pas non plus ne pas parler d'Anders Behring Breivik qui a abattu 77 enfants et blessé 42 personnes lors du camp d'été des jeunes socialistes sur l'ile d'Utøya. Ces trois terroristes partageaient les mêmes thèses racistes, la même conviction que l'immigration signifie une invasion des pays nordiques par des êtres de race inférieure et qu'il leur revient de « défendre leur race ».

De plus, des militants d'extrême-droite sont également responsables d'au moins trente meurtres en Suède depuis les années '1980.

Il ne s'agit pas ici de problèmes de « santé mentale », comme certains ont cherché à le faire croire concernant Breivik, accusé à tort de folie. Il s'agit ici bel et bien de crimes politiques, de meurtres racistes, à chaque fois perpétrés par des individus liés à l'extrême-droite, au racisme et aux cercles nazis. Il est possible que ces personnes n'aient pas été officiellement membres d'aucun mouvement, mais il est clair que les idées qui les ont poussées à agir sont des idées développées et promues par des racistes organisés.

Marche de solidarité des camarades de RS

Les « Démocrates suédois »

La politique du parti qui se fait appeler « Démocrates suédois » est dominée par l'idée d'une « totale interdiction du droit d'asile ». Cette organisation ajoute à cela de nombreuses revendications nationalistes telles que plus d'attention au drapeau national, plus de respect au roi ou à l'hymne national.

Nous répondons que tout cela est du faux vu son programme économique rempli de propositions pour plus de coupes budgétaires et de privatisations. Par exemple, ce parti propose que les fonds attribués aux communes par l'État soient coupés pour passer de 94 à 41 milliards de couronnes (de 6700 à 2900 milliards de francs CFA) d'ici 2018, soit une perte de 100 000 emplois. Aujourd'hui aussi, les SD disent vouloir abolir l'aide apportée aux communes par l'État dans le cadre de l'accueil des demandeurs d'asile.

Les SD répandent de nombreux mensonges, comme par exemple qui si l'État donnait moins d'argent aux réfugiés, il y aurait plus de fonds disponibles pour les pensionnés, les malades et les chômeurs suédois. Mais en réalité, cela fait plus de 20 ans qu'on assiste à une tendance ininterrompue à des coupes dans les budgets sociaux, quel que soit le nombre de réfugiés ! (C'est d'ailleurs le cas dans de nombreux autres pays).

De plus en plus de politiciens de droite cherchent à obtenir la collaboration des SD. En même temps, ce parti augmente ses actes racistes et attire de plus en plus de nazis.

Marche contre les SD

L'antiracisme et la solidarité

La Suède reçoit aujourd'hui plus de réfugiés qu'elle n'en a jamais reçu depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon la dernière estimation, entre 140 000 et 190 000 réfugiés devraient arriver cette année. Au départ, même les politiciens bourgeois ont répondu à l'immense élan de solidarité exprimé par la population. Le Premier ministre social-démocrate, Stefa Löfven, a même parlé à la première marche « Bienvenue aux réfugiés » qui a rassemblé 15 000 manifestants.

Cependant, comme dans toute l'Europe, le gouvernement (composé des sociaux-démocrates et des écologistes) a maintenant opté pour une politique plus restrictive en termes d'accueil des réfugiés, en accord avec les quatre partis de l'opposition bourgeoise. Cette politique plus restrictive signifie des conditions plus strictes pour le regroupement familial, la délivrance de permis de séjour temporaires, une accélération du processus de déportation, la décision de pouvoir réorienter des réfugiés vers d'autres pays européens, et l'obligation pour certains réfugiés d'accepter des emplois précaires et mal payés.

Comme dans d'autres pays aussi, l'opinion publique parmi la population et les travailleurs a beaucoup évolué en ce qui concerne les réfugiés. Fin septembre, 44 % de la population trouvait que la Suède devrait accueillir plus de réfugiés, contre 28 % seulement en février. À présent, 31 % de la population se déclare même d'accord de loger un réfugié dans leur propre maison.

Des milliers de citoyens se sont engagés en tant que volontaires dans les gares et dans les centres d'abri. Des collectes de dons sont organisées entre collègues de travail, dans les écoles… et atteignent des sommes records.

Cependant, ce sentiment d'ouverture pourrait être tempéré si les coupes budgétaires continuent de concert avec la crise du logement et la propagande raciste menée par les politiciens de droite et d'extrême-droite à propos du « cout de toute cette immigration ».

Solidarité avec les réfugiés : « Réfugiés bienvenue »,
« Ouvrez toutes les frontières »

Il nous faut un mouvement

Il nous faut un mouvement antiraciste pour mener la lutte contre le racisme partout. À Trollhättan, trois jours après l'attaque sur l'école, une marche a rassemblé 5000 personnes. C'est un dixième de la population de la ville. L'ambiance était faite de tristesse mais aussi de dégout envers les racistes. Nous savons, sur base de notre expérience de terrain, que le racisme et le nazisme peuvent être repoussés par de grandes mobilisations, par des campagnes et par des activités dans les entreprises, dans les écoles et dans les quartiers.

En même temps, il est clair pour nous que l'antiracisme doit être combiné à la lutte contre l'austérité et contre le néolibéralisme. Car c'est la politique de droite qui engendre la précarité, la division et donc le racisme. Les syndicats, les réseaux militants et la société civile doivent lutter pour un emploi, un logement, la santé et l'enseignement pour tous. Les communes doivent recevoir plus de fonds afin d'arrêter les coupes dans les budgets sociaux et fournir une aide aux réfugiés.

Mais la lutte doit aussi défendre le droit d'asile et donc s'opposer à l'accord récemment conclu entre le gouvernement et les partis de droite. Les déportations et la politique plus dure envers les immigrés vont encourager les racistes dans leur promotion de l'idée qu'il faut accepter moins de réfugiés représente quelque chose de progressiste.


Le système capitaliste et les politiciens à son service veulent pouvoir nous diviser pour nous attaquer un groupe à la fois. Aujourd'hui en Suède, les attaques contre les réfugiés se déroulent au même rythme que les coupes dans la santé publique. En tant que socialistes, nous luttons contre l'austérité sous toutes ses formes. Nous nous battons dans une lutte commune contre le racisme mais aussi contre le capitalisme et l'impérialisme qui créent ce racisme, pour la justice et pour le socialisme.

Les camarades de RS lors de leur congrès

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