lundi 24 mars 2014

Côte d'Ivoire : Première victoire des étudiants à Cocody

La police universitaire dégagée du campus – la véritable lutte peut commencer !


Le retrait de la police universitaire et la réaffectation du ministre Bacongo représentent une importante victoire de la lutte étudiante sur le campus de l'université de Cocody et en Côte d'Ivoire de manière générale. 

Une première victoire pour les étudiants
 
À présent, les étudiants seront beaucoup plus libres de s'organiser comme ils l'entendent, et de mener leurs propres activités sur le campus. Les étudiants ont également démontré leur maturité et la qualité de leur organisation, tranchant avec les années de dégénerescence de la Fesci ; ils se sont attiré le soutien actif du personnel enseignant – pas seulement sur le campus – et d'une partie de la population. Les organisations étudiants qui ont joué le rôle le plus important dans la lutte ont été considérablement renforcées – dont la Liges (Ligue estudiantine et scolaires), syndicat de gauche qui collabore avec la Cici (Coalition des indignés de Côte d'Ivoire).

Tout a commencé par une déclaration du ministre lors d'une réunion officielle, dans laquelle celui-ci disait ne pas vouloir tenir compte des mouvements estudiantins. C'est alors que la Cici, sous l'impulsion des sympathisants du CIO en Côte d'Ivoire, a rencontré les divers syndicats étudiants en front commun (Liges, Fesci, Coercip) pour organiser une riposte, qui a fini par triompher grâce à l'unité dans la lutte et surtout le soutien du corps enseignant (via son syndicat, la CNEC). Le processus de la lutte a également permis de dégager quelques responsables syndicaux corrompus. L'ensemble des étudiants arrêtés ont été relâchés.

L'heure est aux réjouissances donc ; cependant, nous devons nous rendre compte que cette victoire n'est qu'un premier pas en avant qui nous permet d'aller plus loin, et non pas une conquête décisive. Ce n'est qu'un début – continuons le combat !

M. Bacongo, l'ennemi des étudiants, sévira dorénavant à la Fonction publique
 
Les véritables raisons du conflit

Rappelons-nous d'ailleurs que le conflit avec la police universitaire n'était pas apparu sans raison, mais avait été déclenché par la lutte étudiante pour les premières revendications, toujours insatisfaites, portant sur l'arnaque des résidences universitaires, l'absence de moyens, les conséquences de la fausse réhabilitation du campus, la hausse des frais d'inscription, etc.

Tous ces torts ne découlaient pas du seul ministre Bacongo. S'il est vrai qu'il s'agit d'un individu particulièrement grossier et malhonnête que nous sommes bien content de voir quitter ce poste (même si pas de souci pour lui vu qu'il sévira maintenant à la fonction publique – d'avance « Yakô » à ces camarades !), la politique menée par Bacongo est la même politique néolibérale qui est menée par l'ensemble du gouvernement RHDP – une politique d'austérité, destinée à restreindre l'accès des pauvres aux services publics en favorisant les élites bourgeoises, une politique de privatisations et de coupes budgétaires (au nom de “l'assainissement” des finances d'État), au mépris total de la population, et par-dessus le marché mise en place par une clique de véritables voleurs.

Cette politique est en outre déterminée non pas tant par le programme du RDR, que par la nature même de la bourgeoisie ivoirienne et du capitalisme dans sa phase de crise économique mondiale, conséquence de la putréfaction impérialiste. C'est-à-dire qu'il ne faut pas avoir la moindre illusion dans un changement de ministre. Le nouveau ministre aura peut-être l'air plus gentil, plus à l'écoute, moins mouillé dans divers scandales, mais cela ne changera en rien la politique que celui-ci sera forcée de mener. Les ministres RHDP ne sont que les exécutants de la politique dictée par le FMI et l'impérialisme en général.

Cependant, l'arrivée d'un nouveau ministre dans un contexte où le régime cherche une “décrispation” signifie que les étudiants bénéficient à présent d'un court répit qu'il faut absolument utiliser pour s'organiser autour des revendications qui leur tiennent à cœur :

  • enquête publique menée par des représentants élus des étudiants et du personnel enseignant pour savoir où est passé l'argent de la réhabilitation
  • une véritable réhabilitation du campus sous le contrôle démocratique des étudiants et du personnel enseignant, en fonction d'un cahier des charges et de priorités établies par eux : construction de nouveaux auditoires, toilettes, cantine étudiante, bus électriques, quai Sotra, wi-fi, salles de TP, bibliothèque, etc., etc.
  • halte à la hausse des frais d'inscription : enseignement gratuit pour tous !
  • des résidences pour les étudiants !
  • rehausse du salaire des enseignants, recrutement massif de nouveaux enseignants sur tous les campus
  • investissement massif étatique dans la Sotra avec mise en route de nouveaux bus et embauche de nombreux chauffeurs, mécaniciens, etc.
  • politique nationale de contrôle des prix pour arrêter la cherté de la vie

Il faut aussi tout faire à présent pour étendre le mouvement aux lycées et créer des ponts entre les syndicats présents sur le campus de Cocody et ceux des autres universités dans le pays.

En outre, ces mesures ne pourront être mises en place sans des ressources financières conséquentes – par chance, notre pays est extrêmement riche, il suffit de reprendre le contrôle de nos ressources :
  • nationalisation des secteurs-clés de l'économie : filières agro-alimentaires, mines, énergie, transports portuaires et ferroviaires, sous contrôle et gestion démocratique des représentants élus des travailleurs.
  • mise en place d'un plan énergique de développement de l'industrie et des services publics dans le pays afin de sortir du sous-développement et fournir un emploi à tous – pour une véritable émergence basée sur une politique socialiste véritable, et pas le blabla des politiciens, tant LMP que RHDP.

Évidemment, tout cela ne pourra être obtenu sans organiser une lutte à échelle de masse – car les étudiants, seuls, ne représentent aucun pouvoir économique dans la société, n'ont aucun poids dans le cadre de la lutte sociale. C'est pourquoi les étudiants doivent dès aujourd'hui réfléchir à la manière dont ils peuvent lier leur lutte à celle des travailleurs et de la population pauvre de Côte d'Ivoire et d'Afrique de l'Ouest (par exemple, contre la cherté de la vie, pour un enseignement gratuit et de qualité pour tous, etc.), pour aller vers une prise de conscience et la construction d'un véritable pouvoir populaire à l'échelle nationale, voire sous-régionale.

Nous pensons que la Cici, elle l'a prouvé à maintes reprises, représente un instrument dans le cadre de cette lutte, et nous vous invitons également à discuter de ces perspectives avec nos membres du CIO-CI.

Le combat pour un enseignement gratuit et de qualité pour tous
ne fait que commencer


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