dimanche 30 mars 2014

Nigeria : La mort au concours d'entrée

Le gouvernement seul coupable



Ce dimanche 16 mars, nous apprenions la mort de 20 jeunes nigérians – y compris 4 jeunes femmes enceintes –, tués lors de bousculades qui s'étaient produites la veille lors d'un concours d'entrée à la fonction publique. Il s'agissait du concours pour l'accès à un poste au Service nigérian de l'immigration (NIS), qui était organisé dans différents stades un peu partout dans le pays.

Le nombre de candidats pour ce concours était de 693 000. Chacun devait payer la somme de 1000 naïras (3000 francs CFA) en frais administratifs, ce qui signifie donc que le NIS a collecté la somme de 2 milliards de francs CFA (ou 3 millions d'euros) lors de ce procédé.

La Campagne pour le droit à l'enseignement (ERC – Education Rights Campaign) est révoltée par le gaspillage inutile de vies humaines et par l'exploitation de la condition des jeunes chômeurs de notre pays comme nous l'avons vue se produire à l'occasion du concours d'entrée au Service nigérian de l'immigration ce 15 mars.

Déclaration rédigée le lendemain des évènements par nos camarades Hassan Taiwo Soweto, Coordinateur national de la Campagne pour le droit à l'enseignement, et Michael Ogundele, Secrétaire national



Dans certains centres où le concours était organisé, plusieurs personnes ont trouvé la mort ou ont été grièvement blessées. Les sources officielles nous explique que cela est dû à l'impatience des candidates qui désiraient forcer l'entrée sur les lieux d'examen. Comme toujours, la seule réponse que nous obtenons de la part du Gouvernement fédéral est, lorsqu'une catastrophe nationale se produit dans notre pays, de pointer du doigt les victimes, qui deviennent ainsi les coupables ; y compris lorsque cette catastrophe nationale est en réalité le fruit de l'incompétence crasse et de la faillite sans nom de la politique et du programme de ce gouvernement.

À Abuja et dans de nombreux autres centres, des rapports montrent qu'il se trouvait bien plus de candidats sur place que ce que les bâtiments pouvaient contenir. Par exemple, nous savons que le Stade national d'Abuja est conçu pour une capacité maximale de 60 000 personnes. Or il se trouvait que 65 000 personnes étaient inscrites – c'est 5000 personnes de trop ! Pour compliquer encore les choses, seules quelques-uns des 30 accès au stade étaient ouverts. Et c'est la même histoire que nous entendons concernant les évènements sur les autres centres.

Pour l'ERC, il est clair que la responsabilité de la mort de ces jeunes gens est entièrement celle du Gouvernement fédéral, et en particulier de son Service de l'immigration et de son ministère de l'Intérieur, qui ont apparemment décidé de faire du concours d'entrée une simple occasion de se faire beaucoup d'argent très rapidement. Les statistiques montrent qu'il n'y avait que 4556 postes à pourvoir ; pourtant, le NIS a accepté 500 000 candidats qui chacun devaient payer la somme de 1000 naïras – un fameux bénéfice ! C'est scandaleux ! C'est inacceptable ! Le NIS et le gouvernement capitaliste du président Jonathan exploitent à leur propre compte la misère et le désespoir des jeunes diplômés nigérians, qui doivent souffrir pendant des années avant de pouvoir trouver un emploi.

Pour nous, le gouvernement, en tant que garant de bonne marche de la société, doit pouvoir fournir un emploi décent à chaque citoyen. On nous parle du fait que les jeunes diplômés n'ont qu'à « créer leur propre emploi » – c'est tout simplement aberrant, lorsqu'on parle d'un pays où il n'y ni infrastructure publique, ni électricité, ni eau courante, ni transports en état de fonctionnement normal – comment développer des petites entreprises sur une base pareille ?
En réalité, cette crise du chômage qui paralyse notre nation est le produit de la nature même du système capitaliste, un système injuste pour qui le profit et les privilèges de l'élite passent avant les besoins de la population. À cause du capitalisme, le Nigeria est enfermé dans cette contradiction absurde, si massive que même des gens tels que Mme Okonjo Iweala, ministre des Finances, une dame bardée de diplômes et grande économiste, ne parvient pas à trouver la moindre solution pour nous sortir de là.

Le stade d'Abuja rempli de candidats pour le concours d'entrée

Du travail, il y en a !

Parce que ce n'est pas le travail qui manque au Nigeria ! Il y a en réalité beaucoup plus d'opportunités d'emploi que le nombre actuel de diplômés serait capable d'accomplir. On estime que dans nos écoles, collèges et lycées, il nous manque 200 000 enseignants afin de pouvoir offrir un enseignement correct à nos élèves. Dans le secteur de la santé, on manque cruellement de docteurs, infirmiers, etc. Dans les universités, on pleure après plus de personnel académique. Il nous faut plus d'ingénieurs, plus de techniciens, pour accomplir l'industrialisation de notre pays. Il nous faut des milliers, des dizaines de milliers de fermiers, d'agronomes, de techniciens agricoles et d'élevage, pour pouvoir accomplir la révolution agricole que nous attendons tous, et arriver à l'indépendance sur le plan alimentaire.

Du travail, il y en a ! La cause fondamentale de tous nos problèmes dans ce pays, est le fait que nous vivons sous le capitalisme, pour qui la maximalisation des profits est reine, pour qui le bien-être de quelques super-riches passe avant celui de la majorité – tout cela rendu pire encore par la “mangercratie” d'une ampleur légendaire que l'on tente au Nigeria de faire passer pour de la “gouvernance”. Voilà ce qui explique le refus du gouvernement d'accomplir le moindre plan réel d'investissement afin de réaliser dans la pratique toutes ces opportunités d'emploi, de traduire ces opportunités en de véritables emplois existants, pour que l'armée de chômeurs nigérians puisse s'engager dans le développement de notre pays.

C'est pourquoi l'ERC, tout en défendant fermement le droit à une éducation gratuite, de qualité, et financée par le public, appelle également au renversement du capitalisme par la voie révolutionnaire et à son remplacement par une alternative à ce système : le socialisme véritable, qui est la seule manière de surmonter cette crise apparemment insurmontable dans laquelle semble être tombé le Nigeria. Tant que ce système d'injustice capitaliste demeure, ce gaspillage scandaleux de vies humaines, le sacrifice de nos pauvres jeunes qui ne demandent qu'à travailler – car c'est leur droit ! –, continuera encore et encore.

La population a exprimé son indignation par rapport à cette nouvelle série de morts inutiles. Nous demandons maintenant que cette indignation soit transformée en un flot de protestation et de résistance de masse contre ce gouvernement incompétent et contre le système capitaliste injuste qui cause la destruction quotidienne de nos vies et de notre jeunesse. Nous appelons en particulier les syndicats, les organisations de la société civile et les jeunes chômeurs à organiser une journée de deuil national et de manifestations de masse afin de dénoncer la responsabilité du gouvernement et d'exiger :

  • La démission immédiate de M. Abba Moro de son poste de ministre de l'Intérieure et de M. David Shikfu Parradang de son poste de Contrôleur général du Service de l'immigration nigériane, du fait de la grossièreté de leur incompétence et de leur complicité dans la mort de ces jeunes chômeurs lors de ce week-end.
  • Le remboursement des 1000 naïras ainsi que de tout autre frais de participation à l'ensemble des candidats.
  • Un emploi décent pour tous les jeunes chômeurs, avec un salaire correct et correspondant à leurs qualifications et compétences.
  • Le paiement d'une allocation chômage pour tous ceux qui cherchent un emploi mais n'en ont pas encore trouvé un.
  • La nationalisation des secteurs-clés de l'économie, sous contrôle et gestion démocratique, afin d'assurer que les richesses de notre pays aillent à la majorité de la population et non dans la poche de quelques riches.


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