mercredi 7 janvier 2015

CIO-CI : Bonne année 2015 !

Vœux de bonne année et bilan du CIO-CI


Chers camarades, chers militants,

Une année nouvelle s'ouvre en Côte d'Ivoire. C'est l'occasion de souhaiter à tous nos lecteurs une bonne et heureuse année et un peu de bonheur et de paix en compagnie de leurs proches, malgré la tempête qui souffle en ce moment à travers le monde – et qui n'est malheureusement pas prête de s'arrêter.

En ce début d'année, il est de tradition de s'arrêter un peu pour faire le bilan de l'année écoulée. C'est ce que nous vous invitons ici à faire avec nous.


Le monde

À l'échelle mondiale, l'année 2014 a été une année de “réaction modérée”, avec la montée de forces d'extrême-droite en Europe lors des élections (au Royaume-Uni, en France, en Suède, en Grèce…), mais aussi et surtout au Moyen-Orient avec l'État islamique, la dislocation de la Libye et un nouveau bain de sang à Gaza, avec aussi la confiscation de la révolution ukrainienne par différentes forces réactionnaires pro-impérialistes (pro-Occident ou pro-Russie) et celle de la révolution égyptienne par la consolidation du régime de Sissi.

On voit également la crise s'approfondir en Europe, avec une véritable désindustrialisation et le retour de phénomènes que l'on croyait définitivement cantonnés au « Tiers Monde » : catastrophes climatiques, assassinats de manifestants, ethnicismes, délestages, misère de masse… et virus ébola ! Et les discussions sur la disparition possible de l'euro ont repris.

Au même moment, on a vu les germes d'une nouvelle résistance et de nouveaux brillants mouvements populaires aux États-Unis, en Chine (Hong Kong), à Taïwan, au Brésil, en Turquie, en Afrique du Sud, au Burkina Faso, et tout dernièrement en Belgique et en Russie. L'année 2015 nous en promet plus encore.


L'Europe : une reprise de la lutte après la démoralisation

Si la classe prolétaire européenne, qui reste l'une des plus puissantes et des plus avancées du monde, est restée en retrait cette année, c'était essentiellement dû à la grande démoralisation vu l'échec de toutes les luttes massives qui ont été menées après la première vague de la crise, dans les années 2008-2010. Ainsi, la Grèce a été ébranlée depuis le début de la crise par pas moins de 34 journées de grève nationale, et malgré tout, 60 % de la population y vit désormais sous le seuil de pauvreté qui y est de moins de 200 000 francs par mois.

Mais en Europe comme en Côte d'Ivoire, sous le calme apparent en surface, la colère gronde à l'intérieur, et les jeunes, les travailleurs et les militants de gauche sont en train de réfléchir à de nouvelles méthodes d'organisation. Car aucun des problèmes fondamentaux n'a été résolu : toutes les raisons de la colère sont toujours bel et bien présentes. 

En Europe comme en Côte d'Ivoire, ce n'est pas par manque de combativité que les différents mouvements ont échoué, mais par manque d'organisation et surtout, par manque d'une direction combative offrant une véritable stratégie, une alternative politique à l'austérité sans fin, et prête à aller jusqu'au bout. 

Dans toute une série de pays (Espagne, Portugal, Grèce, Italie, France, Irlande…) la raison de l'arrêt des mouvements vient surtout de la direction des syndicats bureaucratique, réformiste et/ou corrompue, pour qui la mobilisation n'est qu'une monnaie d'échange servant à ajouter un poids aux négociations avec les patrons plutôt qu'une force en soi. Pour ces dirigeants, marcher ou grèver ne sert qu'à fatiguer un peu les militants, leur donner l'impression d'avoir lutté ; et sitôt leur journée de grève prestée, les dirigeants retournent s'asseoir dans leur bureau bien à leur aise. Là aussi, l'analogie peut être faite avec la situation en Côte d'Ivoire, même si les conséquences ont été bien plus tragiques pour notre pays.

Un cap sera cependant sur le point d'être franchi cette année avec la possibilité de victoire de nouvelles forces de gauche antiaustérité, comme Syriza en Grèce (élections le 21 janvier) ou Podemos en Espagne (élections en décembre 2015). D'autres possibilités s'ouvriront avec les élections au Royaume-Uni où l'on espère que la Coalition syndicaliste et socialiste (TUSC) parviendra à faire un bon score, et la possibilité de chute prochaine du gouvernement en Belgique, en plus de toutes les autres luttes qui continuent de manière quotidienne. Même si de nombreuses questions restent ouvertes quant à l'avenir de ces mouvements, vu leurs caractère limité sur le plan idéologique ou de la lutte, les mouvements en Grèce, en Espagne et en Belgique sont en ce moment de grandes sources d'inspiration qui pourraient servir d'exemple à de nombreux jeunes et travailleurs dans toute l'Europe.


L'Afrique : des mouvements qui s'organisent

Au Nigeria, la baisse du cours du pétrole sur le marché international sert de prétexte à la classe dirigeante parasite pour tailler dans les budgets publics et forcer la population à de nouveau se serrer la ceinture. Comme si la population avait bénéficé de la hausse du cours auparavant ! La bourgeoisie nigériane est effrayée à l'idée de voir une contestation s'organiser à une échelle de masse et nationale, c'est pourquoi elle a utilisé de tous les moyens légaux pour finalement interdire la candidature du Parti socialiste du Nigeria (dirigé par les camarades du CIO dans ce pays) aux élections générales du mois prochain. Ils préfèrent voir leur pays pillé et déchiré par le Boko Haram en pleine croissance qu'une force socialiste combative apparaitre pour unifier le peuple dans un combat uni contre l'impérialisme, la misère et le bradage des richesses nationales.

En Afrique du Sud, nos camarades continuent leur lutte pour la refondation d'une nouvelle lutte avec le Parti ouvrier et socialiste (Wasp), fondé par les familles des mineurs de Marikana et qui a déjà une grande influence parmi les ouvriers métallurgistes, les manœuvres des plantations et les comités de quartier en lutte contre les péages routiers, les délestages et les coupures d'eau. La montée en puissance du parti de Malema, les Combattants pour la liberté économique, dont le programme est largement copié du nôtre, a ôté au Wasp ses perspectives électorales pour le moment, mais cela ne l'empêche pas de militer activement et de s'implanter à travers le pays. L'expulsion de l'Union nationale des métallurgistes d'Afrique du Sud de la Cosatu (Congrès des syndicats sud-africains), le plus grand syndicat du continent africain, pour avoir trop ouvertement critiqué la direction corrompue de cette coalition syndicale qui soutient l'ANC au pouvoir, devrait ouvrir la voie à des développements très intéressants.

Au Burkina, la jeunesse et les travailleurs radicalisés ont chassé le dictateur détesté Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans suite à un meurtre sinistre. Même si la tête de l'État bourgeois a été accaparé par un nouveau régime pro-impérialiste nous devons être clair que le balayage de Blaise n'était qu'une première étape dans la révolution au Burkina. La liberté d'expression, d'organisation et de réunion nouvellement retrouvée permet aux militants de se regrouper et de préparer la deuxième étape. Le CIO fera tout pour intervenir dans ce processus.

Ailleurs en Afrique, de nombreux pays connaitront des élections cette année et toute une série de « troisièmes mandats » sont en train d'être préparés. L'impérialisme insiste pour que les présidents du Bénin, du Congo-Brazza, du Burundi, etc. quittent le pouvoir à la fin de leur deuxième mandat, et ces présidents – tout comme Blaise à un moment – prennent le peuple à partie et font toute une série de discours subitement « nationalistes » en se plaignant que l'impérialisme veut lui enlever leur président bien-aimé. Mais si l'impérialisme veut voir la fin de ces chefs d'État, ce n'est pas pour les punir de ne pas avoir voulu collaborer avec lui, mais parce qu'il est inquiet de voir de nouveaux mouvements populaires de masse se développer et l'instabilité se propager à toute l'Afrique, au moment même où ce continent lui apparait comme le dernier au monde où il peut encore investir pour tirer des profits.


La Côte d'Ivoire : malgré les drames et le chaos, un bon début d'année pour le RDR

En Côte d'Ivoire, l'année s'annonce plutôt chargée en termes de surprises en tous genres. C'est d'abord le meurtre de sang-froid du jeune Macky Fall par un magistrat proche de la présidence – un jeune dont le seul « crime » est de s'être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Un petit drame mais qui pourrait avoir des répercussions en haut lieu.

Parallèlement à cela, dix mois avant les élections, deux des principaux partis du pays sont plongés dans la crise. On est particulièrement en droit de s'interroger sur l'avenir du FPI, tandis que le PDCI est tiraillé entre sa loyauté avec le RHDP et l'opportunisme électoral.

À ce propos, même si nous fondons un petit espoir sur KKB, qui a le potentiel de devenir un orateur « jeune » au discours populiste et capable de fédérer derrière lui les mécontents des trois grands partis. L'intérêt de sa candidature provient essentiellement du fait qu'elle nous semble la plus à même d'entrainer une dynamique sociale capable de rassembler les militants de la société civile et de susciter des débats enrichissants. Cependant, il n'est pas encore clair quel sera le contenu de son discours ni pour qui il travaille réellement. Le fait qu'Essy Amara et Charles Konan Banny se présentent en même temps que lui pourrait toutefois le contraindre à adopter un discours plus « jeune » et plus radical.

Amara a cependant un certain potentiel en tant que représentant d'une certaine nostalgie de la période Houphouët, mais pas le même potentiel d'un mouvement autour de sa candidature que KKB. Enfin, nous ne croyons pas trop à la candidature de Banny et ne pourrons jamais la soutenir, lorsqu'on sait que ce monsieur est complètement mouillé dans toute une série de scandales de corruption et de collaboration avec le régime Ouattara – l'échec de sa « Commission vérité, blablabla » n'étant que la dernière histoire en date.

Pendant ce temps, le RDR poursuit son petit bonhomme de chemin, fier de ses quelques réalisations et s'accrochant au pouvoir avec la même arrogance, malgré les petits couacs qui ne présagent rien de bon pour l'avenir, telle que les récentes révoltes des FRCI qui étaient pourtant considérés comme acquis à sa cause, malgré la gifle qui lui a été infligée par les étudiants de l'université de Cocody et qui l'ont forcé à muter le détesté ministre Bacongo, malgré les plaintes de la part de ses militants et malgré les scandales tragiques qui émaillent régulièrement l'actualité (on se souvient encore du suicide public de Mme Mandjara Ouattara en mai 2014, ou du décès d'Awa Fadiga au CHU de Cocody). 

En fait, le régime Ouattara sort véritablement renforcé en cette fin d'année : il ne s'agit pas que d'un pont, mais également de « petites choses » telles que la victoire de la lutte contre ébola, la baisse du prix du carburant, l'achèvement de telle ou telle autoroute, la rénovation de pistes de brousse, la construction massive de logements, le bouclage de nombreux projets d'industrialisation, d'agriculture ou d'exploitation minière, les premiers pas en vue d'installer un métro à Abidjan, (ainsi qu'un nouvel entraineur pour les Éléphants)… et puis tout simplement, le fait que la vie a bel et bien repris son cours en Côte d'Ivoire.

Même si cette vie est loin d'être parfaite et facile, même si de nombreuses promesses et objectifs du gouvernement n'ont pas été accomplies, même si les ministres du gouvernement s'engraissent fortement au détriment du peuple, même si beaucoup de ces projets ne profitent qu'à certains Ivoiriens et, surtout, à certains patrons étrangers, et même si malgré toutes les réalisations intéressantes aux yeux des capitalistes et purement symbolique, le peuple, humilié, souffre et n'est pas content.


La gauche ivoirienne en désarroi

Pendant ce temps, la gauche est plongée dans le désarroi. Si Affi a fini de se discréditer aux yeux de l'immense majorité du FPI, les seuls arguments qui lui sont offerts par les « pro-Gbagbo » sont d'ordre purement personnel et formel. Les réponses d'Affi ne volent pas très haut non plus. On parle de tricheries, de falsifications, de mensonges, de trahisons, de « C'est pas moi c'est pas lui », une véritable bagarre de cours de récréation. Le spectacle est déplorable et on se serait attendu à bien mieux de la part de « grands intellectuels panafricanistes ».

Pendant ce temps, le parti refuse toujours de reconnaitre sa défaite de 2010 (nous parlons de la défaite de la révolution ivoirienne dans son ensemble, pas de tels ou tels résultats électoraux à propos desquels on ne connaitra sans doute jamais la vérité) ni de se pencher sur les raisons de cette défaite, préférant accuser le camp Ouattara et la France, satisfait de se draper dans sa « victoire morale ». Aucun débat idéologique, aucune formation politique, le mot « socialisme » est mis aux oubliettes.

Du côté des Patriotes, leur leader Blé Goudé poursuit sa carrière de populiste petit-bourgeois à La Haye. Il s'est à présent mué en « conseiller en communication politique » et ses discours sont toujours aussi vides de sens qu'ils ne l'étaient auparavant.

Dernier espoir en date de la résistance sociale, la Coalition des indignés de Côte d'Ivoire s'est malheureusement laissée piéger dans une logique jusqu-au-boutiste face à la répression du régime et se vide chaque jour un peu plus de sa substance de départ pour se concentrer sur des thématiques abstraites, étiquetées politiquement, avec un « activisme » qui fuit le débat idéologique et qui plus est empêche le rassemblement des différentes composantes de la coalition (et le ralliement de nouvelles composantes), malgré les avertissements et les plaintes de la part des proches collaborateurs, dont le CIO-CI. Nous avons notamment réclamé une AG préparée suffisamment longtemps à l'avance afin de regrouper les militants et d'avoir un débat quant à l'orientation de la coalition, mais sans recevoir de réponse. Pour ces raisons, nous avons préféré mettre sur « pause » notre collaboration avec la Cici. Nous espérons cependant rester en bons termes avec les dirigeants de la Cici et pouvoir reprendre notre collaboration aussi rapidement que possible.


Vers une refondation de la lutte sociale

Car ce ne sont pourtant pas les opportunités de lutte qui manquent dans le pays : les nombreux problèmes dans l'enseignement, le chômage persistant, la cherté continue de la vie, les problèmes de transport, de logement, d'accès à l'eau et à l'électricité… Le potentiel est là pour la constitution d'une grande plateforme de lutte autour de ces différents thèmes, ou du moins d'une série de différentes campagnes de lutte ciblée autour de chacun de ces thèmes, qui regrouperait l'ensemble de la classe des travailleurs, des jeunes et des pauvres de Côte d'Ivoire, quelles que soient leur appartenance politique, leur religion, leur ethnie ou leur origine.

C'est pourquoi le CIO-CI milite pour le lancement d'une plateforme de lutte pour un enseignement démocratique, gratuit et de qualité financé sur fonds publics uniquement, qui regrouperait l'ensemble des enseignants, des élèves, étudiants et parents d'élèves dans le primaire, le secondaire et le supérieur, dans le privé et dans le public. C'est pourquoi le CIO-CI cherche également à construire une plateforme de jeunes en lutte pour l'emploi aux côtés de diverses associations de jeunes chômeurs et de jeunes paysans.

Il est vrai que la répression limite notre activité, mais n'oublions pas que c'est cette même répression féroce qui a forcé le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (dirigé par Lénine) à bâtir une structure militante solide, rôdée, éprouvée et prête à tous les sacrifices. C'est cette structure, qui devient plus tard le parti bolchévique, qui a été la seule à guider son peuple à la prise du pouvoir, une fois le moment venu, via des « soviets » (= « agoras » en russe) véritablement populaires et démocratiques (au contraire du cirque que nous avons pu voir dans la plupart des agoras et grins en Côte d'Ivoire). Bien au contraire des dirigeants des partis socialistes qui s'étaient développés dans le cadre de paisibles démocraties et qui finirent par s'embourgeoiser et trahir le prolétariat à la première occasion.

Car à toute chose malheur est bon. La crise au sein du FPI a au moins un aspect positif : elle est en train de pousser de nombreux militants à se questionner par rapport à la ligne idéologique suivie par le parti et par rapport à la manière de refonder un mouvement de lutte de masse. Cela fait longtemps que le CIO-CI a pointé du doigt les manquements à la tête de ce parti. Nos prévisions s'avèrent vérifiées : la direction a fait son temps et il revient maintenant à la base radicalisée du parti de prendre l'initiative. Soit cette base parvient à chasser la direction petite-bourgeoise du parti (qu'elle soit pro-Affi ou pro-Gbagbo) et à refonder le parti, soit elle se verra contrainte de quitter le FPI pour fonder quelque chose de nouveau. En tout cas, d'ici là, nous espérons pouvoir entrer en contact et former une grande partie de ces militants dans l'idéologie antiimpérialiste et socialiste véritable, pour pouvoir discuter avec eux des méthodes de lutte et d'organisation qui selon nous s'imposent aux révolutionnaires vrais : c'est-à-dire la théorie et la pratique du marxisme non dénaturé.

C'est pourquoi, 2015 devrait être pour nous l'année de toutes les surprise sur le plan politique, qui pourrait également signifier la fin définitive d'une ère, celle de la tripartite FPI-PDCI-RDR. En cela, la Côte d'Ivoire ne ferait que rejoindre la tendance mondiale qui est à la remise en question de tous les statu quo politiques du passé.

Cette année devrait être une année de développement de notre cellule sympathisante du CIO en Côte d'Ivoire, avec, nous l'espérons, la publication d'une brochure et l'organisation d'un camp de formation international ouest-africain et bilingue, en plus de nombreuses discussions, réunions et efforts de construction dans divers mouvements.

Cette année doit être une année de débats, de formation et de préparation intenses pour les militants de diverses structures pour tirer les leçons de l'échec de la première révolution ivoirienne et pour entamer sérieusement la réorganisation de la lutte sociale en Côte d'Ivoire, en vue de la construction d'une nouvelle force politique et sociale de masse capable de diriger la deuxième révolution ivoirienne qui viendra certainement après 2015.


Bonne année à tous ! Bonnes luttes ! Vive le socialisme vrai !


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