Affichage des articles dont le libellé est nationalisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est nationalisme. Afficher tous les articles

mardi 21 août 2018

CI : Lida Kouassi et son discours qui profite au RDR


Le problème du RDR n'est pas l'origine de ses candidats, mais la nature de son programme !


Nous écrivions la semaine passée que la libération des prisonniers politiques par le régime devait certainement répondre à un objectif politique de ce même régime plus qu'à de supposées « pressions » qui n'ont jamais véritablement existé. Après la sortie de Mme Gbagbo sur l'Éternel des armées, voici M. Lida Kouassi qui repart dans une polémique. Tout cela confirme donc la double utilité de leur libération : 1) mélanger l'opposition à l'heure où Bédié est devenu opposant ; 2) effrayer la population nordiste pour la forcer à revoter RDR alors qu'elle était de plus en plus découragée du régime en place et de sa politique antisociale (et qui finalement ne contribue aucunement au développement du Nord).

Que dit en substance M. Lida Kouassi ? Qu'il est anormal qu'en pays dida, le RDR présente un candidat dioula. Le monsieur a rectifié sa position quelques jours après pour dire qu'il n'est pas contre le fait qu'un Dioula se présente à Lakota, mais qu'il voulait simplement faire ressortir le fait que le RDR est un parti ethniciste.

Nous observons nous aussi effectivement que l'immense majorité des députés du RDR sont des individus portant des noms à consonance nordiste. Ceci dit, c'est le choix du RDR. Si un Dioula se présente à Agboville, où la population n'est pas majoritairement dioula, et qu'il se trouve une majorité de votants pour élire ce Dioula, où est le problème ? En réalité, le vrai problème du RDR est qu'il continue à imposer dans les circonscriptions des candidats sans aucune consultation avec sa base. Mais il n'est pas le seul parti de notre pays à avoir de telles pratiques.

M. Lida Kouassi compare la situation avec celle qui prévalait au temps d'Houphouët, où le PDCI faisait l'effort de choisir des candidats parmi les ethnies traditionnelles de chaque région. Mais il semble oublier que du temps d'Houphouët, il n'y avait pas de partis d'opposition ni de candidats indépendants ! De plus, la Côte d'Ivoire d'Houphouët était un pays à base beaucoup plus agricole qu'il ne l'est aujourd'hui, où l'autorité des chefs traditionnels comptait bien plus que de nos jours. Houphouët se présentant comme le président des planteurs, il était logique qu'il renforce cette base en cooptant les candidats qui convenaient aux autorités terriennes. Aujourd'hui, la majorité des Ivoiriens vivent en ville, ce sont des prolétaires, ouvriers, employés ou de petits commerçants et artisans. Le brassage interethnique est bien plus important, sans oublier le fait que près d'un tiers de notre population cosmopolite a des racines étrangères.

Si un candidat vous gêne, présentez votre candidat ! Est-ce que c'est obligé de voter quelqu'un ? On pourrait argumenter sur le fait que les élections en Côte d'Ivoire ne sont pas totalement libres. C'est vrai. Mais cependant, cela n'a pas empêché toute une série de candidats indépendants de se faire élire contre l'avis de leurs directions, pendant que le FPI boycottait chaque scrutin électoral et annonçait ensuite avec des chiffres d'abstention farfelus… ce qui ne le rapprochait de toute façon pas du pouvoir.

Car qu'a fait le FPI toutes ces années ? Ce parti a démontré au cours des huit dernières années que sans Laurent Gbagbo, il ne peut rien faire. Toute la stratégie du parti, toutes les palabres entre militants ne tournent qu'autour de la libération de Gbagbo. Certes, des mouvements ont été organisés ici et là pour protester contre la réforme de la constitution, etc. Mais où est le FPI quand il s'agit de lutter contre la hausse du prix de l'électricité, contre les déguerpissements, contre les licenciements abusifs dans les zones industrielles, pour les arriérés de salaire dus aux fonctionnaires, contre les conséquences des inondations, pour la réhabilitation des résidences universitaires, etc. ? Le FPI laisse entendre qu'il ne peut jouer le moindre rôle tant qu'il n'est pas revenu au pouvoir, et cela ne peut se faire qu'une fois Laurent Gbagbo sorti de prison.

Quand le FPI prétend qu'il vaut mieux élire un candidat dida qu'un Dioula à Lakota, quand le FPI affirme que Ouattara est inéligible en raison de sa nationalité douteuse, etc. tout ce que ce parti fait, c'est confirmer qu'il n'a aucun programme et aucune méthode pour faire appliquer son programme – et qu'il n'est certainement pas de gauche.

En tant que socialistes, nous sommes pour que chaque individu participe à la vie politique de là où il se trouve, quelle que soit son ethnie, son âge ou sa nationalité, quel que soit son état de santé physique ou mentale. Chacun doit être libre de présenter s'il le désire – ce sera au peuple de juger. Si le peuple désire voir un vieillard, un enfant ou un fou à la tête du pays, c'est le choix du peuple. Celui qui est convaincu du contraire doit mener campagne avec un programme politique alternatif capable de convaincre les électeurs que l'élire lui serait le meilleur choix. Mais les arguments dont le seul but est de dénigrer un candidat sous prétexte qu'il serait étranger ne valent rien.

Imaginons à présent que le RDR présente un candidat dida à Lakota ? Est-ce que le RDR cessera d'être un parti libéral antisocial pour autant ? Est-ce que cela empêchera ce candidat de soutenir à l'assemblée nationale une politique de déguerpissements, de cadeaux aux multinationales, de privatisations et d'endettement ? Mais alors, c'est qu'il ne s'agit pas d'un député RDR ! C'est que ce candidat aura trompé son monde en se présentant sur la liste du RDR. Ou bien il appliquera le programme du RDR en tant que député dida RDR et la population dida s'en mordra les doigts, tout comme la population dioula se plaint de la politique menée par les députés et les ministres dioulas.

On le voit, quelle que soit la manière de considérer la question, le discours du doyen n'a finalement aucun sens et ne sert qu'à créer une division inutile au sein de la population, tout en évitant de parler du programme du RDR, de peur qu'on ne lui demande son programme à lui… Et tout cela ne fait finalement que profiter au régime.


mercredi 8 août 2018

CI : Quelle bonne fête même ?

Comment obtenir une vraie indépendance ?


Comme chaque année, les Ivoiriens sont partagés sur la pertinence de notre fête d'indépendance. En effet, tout le monde sait que la politique et l'économie de notre pays est en grande partie déterminée par des intérêts étrangers. Comment sortir de cette situation, donc ?
Tout d'abord, il faut bien définir et relativiser le concept d'indépendance.
Par exemple, une grande partie du développement de la Chine de ces dernières années est à imputer à l'installation de nombreuses firmes occidentales dans ce pays. Cependant, on voit aujourd'hui de grands groupes chinois dépasser les frontières de leur pays et s'installer à l'étranger. Le gouvernement chinois semble aussi mener une politique conforme à ses propres intérêts, même s'il est obligé de composer avec le fait que son économie dépend toujours en grande partie de l'Occident et notamment des États-Unis. En Europe aussi, il n'y a pas un pays dont l'économie ne soit en grande partie dépendant de pays étrangers, que ce soit pour les exportations / importations mais aussi pour le financement des entreprises. En réalité, on peut dire que tous les pays du monde dépendent d'une manière ou d'une autre les uns des autres.
Mais cela ne rend pas entièrement compte de la réalité spécifique que connait notre pays. La Côte d'Ivoire en tant que pays est une création de la France. Ses frontières ont été tracées par la France, ses villes ont été créées par la France, même sa soi-disant indépendance a en réalité été imposée par la France à Houphouët, qui n'en voulait pas. Aujourd'hui, 40 % du PIB national appartient à des entreprises françaises, et un grand nombre des cadres des grandes entreprises et des conseilles du gouvernement sont des Français.
Cependant, cette situation a énormément changé ces dernières années, paradoxalement, depuis l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara. On voit de plus en plus d'investisseurs étrangers de tous horizons venir investir dans le pays, originaires du Maroc, de Turquie, du Liban, d'Iran, du Qatar, d'Israël, de Chine, d'Inde, de Singapour, d'Allemagne, de Belgique, d'Espagne, du Canada, des États-Unis… Au point où la fédération des entreprises françaises (Medef), lors de sa visite d'avril 2016, a cru bon d'appeler les patrons français à se remobiliser pour réinvestir la Côte d'Ivoire. La France a d'ailleurs récemment perdu sa place de premier partenaire commercial européen de l'Afrique, au profit de l'Allemagne.
Cette plus grande diversification des investissements étrangers ne serait-elle pas un signe d'une plus grande indépendance de notre pays ? Pas tout à fait, car malgré cette soudaine hausse du nombre de pays partenaires, le patronat ivoirien reste sous-développé et intimement lié à l'étranger. D'abord parce que même dans ces nouvelles structures étrangères, la plupart des cadres sont des étrangers, pour la plupart des Blancs.
Ensuite parce que notre bourgeoisie nationale est pour une grande partie entièrement tournée vers l'étranger de par son éducation et sa culture. Tous ces gens qui naissent dans des cliniques privées de Cocody ou Marcory, fréquentent à Mermoz ou à Blaise Pascal, font leur université en France, en Angleterre ou aux États-Unis, s'habillent à l'européenne, connaissent mieux Sarcelles que Yopougon, s'intéressent plus à la vie des rappeurs américains qu'aux stars du coupé-décalé, tombent malades dès qu'ils vont au village, parlent couramment anglais mais zéro baoulé, dioula ou bété. Un grand nombre d'entre eux ont des parents ou grands-parents métisses, certains sont des descendants directs de grands esclavagistes du passé.
Sa jeunesse se caractérise d'ailleurs par un rare niveau de bêtise, d'inculture, de paresse, d'ennui et d'imbécilité – il suffit de voir le nombre de répétiteurs qui défilent dans ces résidences surveillées – alors que la jeunesse de nos quartiers populaires brille par ses nombreux talents, sa créativité et sa joie de vivre.
Il est extrêmement rare de voir cette bourgeoise prendre la moindre initiative pour développer le pays. Son gagne-pain consiste bien plus à se trouver une place près d'une mangeoire, à la tête de ministères ou de multinationales étrangères, pour prélever sa « commission » partout où elle le peut, que de chercher à créer quoi que ce soit. Il s'agit d'une classe purement parasitaire.
On le voit, il ne faut pas compter sur ces gens-là pour développer le pays et le mener sur la voie d'une indépendance vraie.

Les Blancs eux-mêmes ne se sentent pas indépendants

Mais là encore, la question ne se trouve pas vraiment à ce niveau. Aujourd'hui, on voit aux États-Unis qu'une part de plus en plus importante de la population et une majorité de la jeunesse est convaincue du fait que son pays n'est pas indépendant. Qui aurait donc contraint les États-Unis à la domination ? Dans toute une série de pays d'Europe aussi, on voit des mouvements parler de lutte pour l'indépendance de leur pays. D'où cela vient-il ?
Dès qu'on parle d'indépendance, on touche en fait à la question de la démocratie. Qui décide dans le pays ? Le fait qu'aujourd'hui, même dans les pays occidentaux les plus puissants et censément les plus démocratiques au monde, la population ait l'impression que sa voix ne compte pas et que tous les schémas électoraux sont déjà décidés d'avance à sa place par un petit groupe, nous montre bien que le problème fondamental n'est pas la nationalité de nos dirigeants.
La réalité est que partout sur Terre, les grandes décisions économiques et politiques sont prises par les riches et les puissants qui contrôlent l'économie des États. Les grandes banques, les grands établissements financiers, non seulement financent les États et les gouvernements, qui dépendent entièrement d'eux, mais aussi les grandes entreprises qui luttent pour le contrôle des marchés et des ressources sur la planète. Quand bien même donc on arracherait aux patrons étrangers en Côte d'Ivoire tous leurs avoirs pour les redistribuer à des patrons à 100 % ivoiriens, rien ne changerait. La masse de la population continuerait à payer son loyer et son riz trop cher, pendant que les salaires resteraient bas et qu'un petit cercle de riches déciderait de la politique de notre gouvernement à la place du peuple. Peut-on vraiment parler d'une véritable indépendance dans ce cas ?
Il n'y a pas d'indépendance politique sans indépendance économique. La seule manière dont le peuple pourrait s'assurer que sa voix soit entendue, est que ce même peuple reprenne en mains l'ensemble des secteurs stratégiques de l'économie (y compris les banques et les grandes entreprises de transport, de communications, de fabrication, les grandes propriétés immobilières et terriennes, etc.) pour les gérer de façon collective et démocratique. Cela serait un premier pas radical vers l'établissement d'une société sans classes dans notre pays, d'une « république des pauvres », dans laquelle tous les cadres de l'administration, des entreprises et du gouvernement ne recevront pas plus que le salaire moyen d'un travailleur. Ce n'est que de cette manière qu'on pourra assurer l'élection de gouvernements véritablement démocratiques qui représenteront véritablement l'aspiration des masses, en accord avec notre culture et notre façon de voir.