Dix ans après la crise de
2007-2008, le capitalisme n'a toujours pas trouvé la solution
L'école d'été du CIO 2018 à
Barcelone, à laquelle étaient présents 400 camarades venus de
trente pays du monde, s'est ouverte par une discussion extrêmement
animée et pleine de confiance sur les troubles et le chaos auxquels
est confronté le capitalisme mondial, ainsi que les perspectives
pour la lutte de classes et le socialisme. Cette session a été
introduite par Peter Taaffe, fondateur du CIO et SG du Parti
socialiste d'Angleterre et du pays de Galles, et conclue par Tony
Saunois, SG du Secrétariat international du CIO.
Peter a mis en avant les nombreux
revirements qui se sont produits au cours de cette année
particulièrement chamboulée, où on a vu une nette accélération
du rythme des évènements partout dans le monde. Le CIO a de son
côté joué un rôle majeur dans toute une série d'importantes
batailles, comme la grande victoire en Irlande avec le référendum
sur le droit à l'avortement, les interventions spectaculaires de nos
camarades espagnols dans de nombreuses luttes, dont le mouvement pour
l'indépendance de la Catalogne et le mouvement contre les violences
faites aux femmes. Une fois de plus, le Syndicat étudiant espagnol a
joué un rôle irremplaçable en tant que catalyseur pour
l'opposition de masse.
Notre camarade Barbara, d'Espagne, a
donné un compte-rendu détaillé des nombreuses luttes des femmes
prolétaires contre l'oppression, et de l'effet que cela a eu sur la
conscience politique dans son pays. En Espagne, ces mouvements ont
principalement mobilisé des femmes prolétaires, sans que les
dirigeants des principaux partis politiques ne s'en mêlent. Notre
section espagnole, Gauche révolutionnaire, a organisé une
plateforme, « Libres et combattives », contre les
dirigeantes féministes bourgeoises qui étaient opposées à notre
idée d'une grève étudiante le 10 mai pour protester face à
la remise en liberté des cinq violeurs des fêtes de Pampelune,
justement parce que l'idée d'une grève menace le système.
Peter a poursuivi pour rappeler que de
telles luttes font partie du processus plus global de la révolte
naissante de la jeunesse, des femmes et des travailleurs en cette
nouvelle période de bouleversements mondiaux.
![]() |
Grève des femmes en Espagne |
L'Amérique latine
Cette révolte a été illustrée lors
des dernières semaines par la véritable insurrection sociale et
parlementaire qui a pris le Mexique, où on a vu la victoire d'Andrés
Manuel López Obrado (« AMLO ») avec plus de 30 millions
de votes, après que ses deux premières tentatives pour se faire
élire aient échoué en raison de la fraude électorale. Il y a
présent deux chemins possibles pour le nouveau gouvernement mexicain
et la population de ce pays : soit la confrontation avec le
capitalisme et le féodalisme, non seulement au Mexique mais dans le
monde (y compris vis-à-vis du capitalisme états-unien, son voisin
direct) ; soit la route du compromis, des reculs et de la
défaite inéluctable, comme nous l'avons déjà vu ailleurs en
Amérique latine. L'élection de AMLO pourrait être le prélude
d'importantes confrontations ; la position du Mexique illustre
d'ailleurs bien la théorie de la révolution permanente, étant
donné les liens de ce pays tant avec le monde néocolonial qu'avec
les pays capitalistes avancés.
Nous n'acceptons pas le pessimisme
invétéré des commentateurs superficiels, qui parlent d'un « virage
inévitable vers la droite en Amérique latine ». En cette
période, la réaction ne peut pas progresser indéfiniment sans
limite. Il est vrai que AMLO cherche à se concilier les
capitalistes, et qu'il a atténué son discours social au cours de sa
campagne. Mais en tant que socialistes, nous ne devons pas
sous-estimer la pression colossale emmagasinée par les masses
pendant tout ce temps et leur désir de voir un changement radical,
qui ont porté ce monsieur au pouvoir. Ce terrain fournira le
matériel pour la croissance des forces du marxisme au Mexique et
ailleurs en Amérique latine.
Notre camarade Carla, du Mexique, a
d'ailleurs insisté sur le fait qu'il n'existe pas la moindre base
pour AMLO en vue de la mise en place d'un gouvernement de
conciliation de classes. Toute réforme sociale sera confrontée à
une riposte tenace de la part de la classe dirigeante. Des luttes
devront être menées, qui ouvriront également une nouvelle ère de
combattivité dans le secteur privé.
Peter a également mentionné à quel
point le Brésil illustre le caractère explosif et la faiblesse des
régimes dans cette région du monde. Le président Temer y a un taux
d'approbation d'à peine 3 % des électeurs… Sa défaite face
à la récente grève des chauffeurs de camion montre bien sa
faiblesse. Notre camarade Katia du Brésil est d'ailleurs revenue
plus en détail sur ce point.
Les élections au Mexique ne sont que
le dernier exemple du caractère explosif de la situation mondiale.
Le thème principal qui revient dans tous les débats sur la
politique mondiale est Trump et le destin des États-Unis, y compris
la position de la classe prolétaire dans ce pays. Tout cela est lié
à la question des perspectives pour l'économie mondiale et du rôle
joué par Trump à cet égard.
![]() |
AMLO élu président du Mexique sur base d'un programme de gauche. Jusqu'où ira-t-il ? |
La crise mondiale et ses conséquences
Il y a effectivement eu une « reprise »
économique aux États-Unis et dans d'autres régions et pays du
monde, mais les emplois créés dans le cadre de cette reprise sont
essentiellement des postes précaires et mal payés. Cela a alimenté
des grèves des travailleurs qui réclament « leur part »
de la croissance.
La crise chronique du capitalisme n'a
pas été surmontée. Cette reprise est une des plus faibles jamais
vues. La principale raison en est le manque de réinvestissement du
surplus de richesses extraites du travail de la classe prolétaire.
La classe dominante, partout dans le monde, peine à faire un bon
usage des nouvelles technologies.
Le capitalisme « moderne »,
qui n'est que l'autre nom donné à ce capitalisme vieillissant,
sénile et dégénéré, affiche clairement des tendances de plus en
plus parasitaires ; les capitalistes préfèrent renforcer la
richesse des actionnaires par les dividendes record, les rachats et
les options. Le capitalisme a depuis longtemps abandonné ce que Marx
considérait comme étant sa justification et sa mission historique :
le développement des forces productives et la création des
conditions du règne de la classe prolétaire.
Dix ans plus tard, les capitalistes
n'ont tiré absolument aucune leçon de la crise de 2007-2008. Nous
avions prédit le crach boursier bien à l'avance (même si nous ne
pouvions prédire sa date exacte), mais avons toujours prévenu que
si la classe prolétaire ne se saisissait pas de l'occasion qui lui
serait accordée, on finirait bien par en arriver à une
pseudo-reprise léthargique. Il n'y aura pas de « crise finale
du capitalisme », pas tant que la classe prolétaire ne se sera
pas emparée du pouvoir pour transformer la société.
Mais la reprise actuelle se fait au
prix d'une accumulation gigantesque de la dette. C'est pourquoi
certaines institutions du capitalisme parmi les plus clairvoyantes,
comme la Banque des règlements internationaux, ont déjà averti de
l'imminence d'un nouveau crach prochain – et elles ont raison.
Heureusement pour les stratèges du
Capital, ils ont été extrêmement chanceux de voir le stalinisme
s'effondrer avant que leur propre système ne s'écroule. La chute du
stalinisme a non seulement permis de liquider les économies
planifiées, mais aussi de rejeter en arrière la conscience
politique de la classe prolétaire mondiale. L'idée du
« socialisme » a été enterrée sous les gravats du Mur
de Berlin.
Imaginons seulement quel effet aurait
eu le crach de 2008 si les organisations prolétaires du passé
étaient restées intactes. Nous serions très certainement occupés
à débattre en ce moment non pas de l'agonie du capitalisme, mais de
la stratégie pour la révolution socialiste à la tête
d'organisations révolutionnaires de masse, ou de quoi faire après
notre victoire.
Mais nous avons vu les anciennes
organisations et syndicats de gauche virer de plus en plus vers la
droite. Toutes ces années, le CIO a pour ainsi dire été la seule
organisation à continuer à brandir le drapeau du socialisme, de la
révolution et de la transformation du monde.
La conséquence de ce manque d'audace
de la part des directions a été un désastre pour la classe
prolétaire ; dans une certaine mesure, on peut dire que ce
désastre a été pire que celui des années 1930, certainement
si on considère le Sud de l'Europe. En Amérique comme en Europe,
des régions entières, autrefois industrialisées, ne sont à
présent plus que des champs de ruine, tandis que le monde
néocolonial n'est toujours pas parvenu à se sortir du piège de la
pauvreté.
![]() |
Une usine abandonnée en Occident comme tant d'autres…… |
Le Moyen-Orient, l'Asie et l'Afrique
Peter a commenté sur la situation au
Moyen-Orient, où nous voyons des traits qui rappellent la « guerre
de Cent Ans » en Europe au Moyen-Âge. Le massacre se poursuit
en Syrie, tandis que la Turquie ouvre de nouveaux fronts sur les
Kurdes et autres peuples de la région. Israël est également
intervenu en Syrie, tout en continuant sa politique de terreur à
Gaza.
Mais les masses ne peuvent pas tolérer
une telle situation pour toujours. La récente grève générale en
Jordanie a bien montré que des millions de gens sont à la recherche
d'une direction. Même après la tuerie sectaire en Iraq, les
dernières élections générales y ont consacré la victoire de
Moqtada al-Sadr en alliance avec le Parti communiste dans le cadre
d'une plateforme « nationaliste », contre les différentes
forces sectaires. En Iran, les mouvements de masse des syndicats et
de la jeunesse ont ébranlé le régime, tandis que les masses sont
en train de perdre leur crainte de la répression.
Notre camarade Adam,
d'Israël/Palestine, est revenu sur le rôle de l'Iran en Syrie.
L'Iran considère ce conflit comme une opportunité pour rompre son
isolement international. La défaite des forces anti-Assad en Syrie
est une défaite pour les États-unis, Israël et l'Arabie saoudite.
Les États-Unis ont perdu une grande capacité de contrôle au
Moyen-Orient.
Peter a expliqué que dans le monde
néocolonial, les soi-disant « marchés émergents »
n'émergeront jamais véritablement de la profondeur de la misère
dans laquelle des millions de gens sont rejetés chaque jour par les
systèmes sociaux obsolètes que sont le capitalisme et le
féodalisme. La « voie de la croissance » anticipée par
les capitalistes pour les masses asiatiques s'est montré n'être
rien de plus qu'une illusion. La soi-disant « émergence »
provoque à présent des crises en Asie, mais aussi en Afrique.
Nos camarades de certains de ces pays
ont souligné l'ampleur de la crise et la crainte qui s'est emparée
des classes dominantes. Notre camarade Ferron, d'Afrique du Sud, a
expliqué que le nouveau président Cyril Ramaphosa, ancien dirigeant
syndical devenu aujourd'hui homme d'affaires milliardaire, a
introduit de nouvelles lois antisyndicales dans un effort de réduire
le nombre de grèves.
![]() |
Marche syndicale en Afrique du Sud contre les lois antigrèves et pour un nouveau salaire minimum |
Trump, le populisme, l'Europe et la Chine
Peter a ajouté que les guerres et les
crises économiques démontrent la faillite du système actuel. Le
chômage de masse aux États-Unis et en Europe contribue à alimenter
le « populisme de droite », et a favorisé l'élection de
Trump. À présent, les gens sont dégoutés par sa décision
d'enfermer les enfants des immigrés dans des cages, une mesure
considérée comme « fachisante ». La base politique de
l'émergence du phénomène Trump et du populisme un peu partout dans
le monde est l'échec répété des anciens partis prolétariens ou,
dans le cas des États-Unis, des démocrates et des libéraux
pro-capitalisme.
Cependant, de nouvelles luttes
s'ouvrent à présent dans ce pays-phare du capitalisme. Nos
camarades Ryan et Chuck, des États-Unis, ont apporté des éléments
sur le développement des syndicats, les leçons de la grève des
enseignants, du syndicat, des transporteurs de Minneapolis et
ailleurs, et la nouvelle grève chez l'entreprise postale UPS. La
camarade Keeley, des États-Unis, a donné un aperçu de la profonde
polarisation de classe aux États-Unis et de l'intérêt croissant
pour les idées du socialisme depuis le mouvement Occupation 2011,
de même qu'en réaction au développement de l'extrême-droite. Elle
a aussi expliqué que la victoire aux primaires de New York
d'Alexandria Ocasio-Cortez, membre du Parti socialiste-démocrate et
partisane du leader démocrate de gauche Bernie Sanders, peut être
utilisée pour construire un véritable mouvement contre le
capitalisme et jouer un rôle très important dans la formation d'un
nouveau parti de gauche aux États-Unis.
Peter a dit qu'en tant que marxistes,
il est important de mener la discussion sur la manière dont nous
pouvons collaborer avec de telles formations et les influencer. D'un
autre côté, on voit certaines couches de la classe moyenne et du
prolétariat, prises de désespoir, se tourner vers des démagogues ;
c'est ainsi que l'ancien aide de camp de Trump, Steve Bannon, est en
train de mettre en place une nouvelle « Internationale
populiste ».
Trump est comme un enfant enragé
occupé à détruire toutes les conventions autrefois acceptées du
capitalisme mondial. Son caractère imprévisible et erratique a
énormément aggravé les problèmes du système capitaliste partout
dans le monde.
On a vu cela au cours des négociations
avec Kim Jong-Un et la Corée du Nord, où très peu d'avancées ont
en réalité été obtenues, dans son attitude vis-à-vis de l'OTAN,
qu'il a déclarée obsolète, et dans sa position lors de la
rencontre du « G7 » au Canada, où il est parti avant la
fin et a énervé tous les autres dirigeants du monde en promettant
de renforcer sa guerre commerciale contre le reste du monde.
Notre camarade Victor, d'Espagne, a
rappelé que même si l'échec de ce dernier sommet du G7 est
représenté comme une grande première, cela fait en réalité un
bon nombre d'années que le G7 ne parvient pas à apporter la moindre
réponse à la crise, et pas seulement depuis Trump. Étant donné
leur incapacité à résoudre la crise de surproduction, il y a de
plus en plus de risque de voir des conflits ouverts se déclarer
entre les grandes puissances impérialistes.
Notre camarade, Paul Murphy, député
au parlement irlandais, est lui aussi revenu plus en détail sur la
politique protectionniste de Trump. Il sera extrêmement difficile de
réorienter les filières d'approvisionnement mondiales. Le manque de
croissance complique de plus les discussions autour du « partage
du gâteau ». L'influence décisive de l'impérialisme
états-unien était un facteur très important dans la phase de
croissance économique qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale. Dans
le monde multipolaire actuel, aucun pays n'est plus capable de dicter
ses propres conditions. Trump est un agent actif de la destruction de
l'ordre mondial ; il ne représente pas entièrement les
intérêts du capitalisme en tant que système, ce qui ne pourra que
renforcer l'instabilité globale.
Peter a expliqué que, mis le nez
devant la menace d'une véritable guerre commerciale mondiale, Trump
pourrait se rétracter, comme il pourrait au contraire s'obstiner et
souffler sur l'incendie. Trump a été averti que sa position risque
de provoquer une nouvelle crise économique profonde, mais il semble
que cela n'a pas eu le moindre effet sur lui. Il est également
possible que la Chine et l'Union européenne décident de s'allier
contre lui.
Tout ceci rappelle la loi Hawley-Smoot,
promulguée aux États-Unis en 1930, qui a amené à une guerre
commerciale où chaque pays a tour à tour répondu par de nouvelles
mesures offensives, avec pour résultat des pertes importantes pour
les capitalistes mais aussi pour les prolétaires, et une lourde
aggravation de la dépression. Mais Trump et ses conseillers ne sont
pas capables de tirer des leçons de l'histoire. Le Financial Times
l'a qualifé de « Dangereux ignare » !
L'accord général sur les droits de
douane et le commerce qui avait été signé après la guerre a
réduit les obstacles au commerce mondial mais a aussi été un
facteur de l'apparition de blocs commerciaux, de filières de
productions intégrées sur plusieurs pays et d'une division accrue
du travail à l'échelle internationale. C'est une des difficultés
auxquels sont confrontés les mouvements pro-« indépendance »
sur la base du capitalisme, comme le Brexit. Un Brexit socialiste,
dans le cadre d'une confédération socialiste d'Europe, serait
complètement différent. Mais une guerre commerciale contre la Chine
et l'Union européenne reviendrait à « rationner » le
monde, et aura d'importantes répercussions aux États-Unis
eux-mêmes.
La Chine est à présent le principal
rival économique des États-Unis, dont la Russie est également un
rival sur le plan stratégique. Dans le cadre de son initiative
« Nouvelle route de la soie », qui comprend toute une
série de projets accompagnés de subsides et d'accords
préférentiels, la Chine envoie souvent ses propres travailleurs,
etc. Mais il y a une opposition croissante face à ce nouvel
impérialisme, ou comme notre camarade Jaco, de Hong Kong, l'a
appelé, un « impérialisme avec des caractéristiques
chinoises ».
Notre camarade Vincent, de Chine, a
décrit les évènements historiques qui se passent en Chine, où on
assiste à une concentration du pouvoir entre les mains d'une seule
personne (le président Xi Jinping) d'une ampleur jamais vue depuis
la réintroduction de caractéristiques capitalistes dans son
économie. On assiste à une transition d'une dictature collective du
parti à la dictature d'un seul individu. Il y a de nombreux
mouvements de contestation en Chine, dont des grèves d'une échelle
plus importante que celles du passé.
![]() |
La grève des camionneurs chinois est historique car il s'agit de la toute première grève en Chine à l'échelle nationale |
Conclusion
En guise de conclusion, Peter est
revenu sur le caractère explosif de la situation mondiale, et sur
les possibilités de voir se développer de gigantesques vagues
révolutionnaires. C'est dans cette période à venir que commencera
la véritable histoire du marxisme révolutionnaire – ou
trotskisme.
Le capitalisme agonisant a installé le
terrain pour l'établissement d'un nouveau et puissant
internationalisme ; l'instrument qui permettra son expression
sera la nouvelle Internationale prolétarienne de masse, qui sera
construite.
La fusion du CIO avec Gauche
révolutionnaire (un groupe révolutionnaire international actif notamment en Espagne, au Venezuela et au Mexique) a déjà porté de nombreux fruits. D'autres groupes dans le monde observent le CIO. Nous allons œuvrer à la construction d'une
puissante Internationale prolétarienne de masse dans les années à
venir.
Au début de la discussion, le camarade
Anthony, d'Australie, a fait ressortir les effets qu'ont eus la phase
de croissance qui a duré pendant plus de 25 ans, mais aussi à
quel point la situation était en train de changer, comme on l'a vu
avec la marche des syndicats massive à Melbourne et le fait que de
nombreux jeunes ont perdu confiance en le système malgré la
croissance.
« Un monde troublé, à un point
tel qu'on n'en avait plus vu depuis toute une période historique »
– voici comment Tonys Saunois, SG du Secrétariat international du
CIO, a décrit la situation internationale actuelle dans sa
conclusion à la discussion.
Il a décrit cette nouvelle ère de
rivalités interimpérialistes comme une « situation convulsive
sur les plans économique, sociaux et politique ». Concernant
l'économie mondiale, Tony a mentionné des signes dangereux :
une croissance incroyable de la dette mondiale, qui s'est encore
accrue de 25.000 milliards de dollars rien que ces trois
derniers mois, et qui vaut maintenant 240 % du PIB mondial (soit
30.000 $ / 15 millions de FCFA par habitant sur la
planète). Cela ne peut pas continuer indéfiniment. Toute une série
de « bombes à retardement » sont prêtes à exploser,
comme on l'a vu avec l'Italie et l'Argentine.
Les guerres commerciales illustrent le
déclin de l'impérialisme états-unien. Le Financial Times de
Londres avertit du risque posé par l'imposition de frais de douane
allant jusqu'à 1000 milliards de dollars ; il n'est pas
clair jusqu'où cette nouvelle tendance va aller. Tony a rappelé que
face au risque d'explosion sociale, la classe dirigeante pourrait
s'abstenir d'une guerre commerciale généralisée. Il a insisté sur
le caractère crucial de l'évolution de la situation aux États-Unis,
particulièrement de l'émergence récente de mouvements syndicaux et
de la polarisation politique en cours. La croissance du Parti
socialiste démocratique est un évènement extrêmement important,
même s'il nous faut aussi éviter d'embellir la situation et si nous
devons bien comprendre quelles sont les limites posées à ce stade.
Dans sa conclusion sur la situation en
Amérique latine, Tony a fait remarquer que le Mexique se trouve à
une étape différente de la lutte comparé aux autres pays
d'Amérique latine où il y a eu des défaites de mouvements de
gauche. Mais dans tous ces pays, la victoire de la droite ne
représente en aucun un virage à droite de l'opinion publique. Les
gouvernements de droite autoritaires ne bénéficient que d'une base
sociale extrêmement fragile. Ainsi, en Argentine, il y a eu trois
grèves générales depuis l'élection du président Macri en 2015.
Tony a clôturé la session en faisant
remarquer que le monde du capitalisme et de l'impérialisme est en
train de mourir, mais que les nouvelles forces appelées à faire
naitre le nouveau monde n'ont pas encore émergé. Cette situation
offre de nouvelles possibilités de lutte pour la classe prolétaire
et de croissance pour le CIO, à condition que nous intervenions de
façon correcte. Toutes les sections du CIO doivent se préparer à
de nouvelles batailles. Enfin, selon Tony, le CIO est l'organisation
qui a la vision la plus claire de la situation mondiale ; nous
interviendrons pour renforcer nos forces et contribuer à la
construction d'une Internationale de masse capable de défier le
capitalisme et de reconstruire le monde sur une nouvelle base
socialiste.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire