jeudi 30 mai 2013

Nouvelle-Zélande : du racisme et de la récession

L'unité des travailleurs est nécessaire pour défendre nos droits et nos conditions de vie


Plusieurs événements récents ont fait resurgir la question du racisme en Nouvelle-Zélande. Dans un cas, une députée du Danemark, membre du Parti du peuple danois (populiste de droite) qui visitait le pays a fait la une des journaux avec un commentaire raciste au sujet de la cérémonie d'accueil traditionnelle qui lui a été organisée par les Maoris.

Jared Phillips, CIO – Nouvelle-Zélande
 

De même, on vient de nommer Commissaire aux relations inter-raciales Susan Devoy, une personne qui ne se soucie pas du tout des problèmes des Maoris (la nation autochtone du pays, de race “noire” océanienne, qui constitue aujourd'hui à peine 15 % de la population par rapport à la population allochtone, ou “Pakeha”, issue principalement de la colonisation européenne, donc “blanche”). 

Au même moment, le premier ministre du Parti national, John Key, a chercher à susciter parmi la population la crainte de voir des navires remplis de réfugiés d'Asie du Sud débarquer en Nouvelle-Zélande, alors qu'on ne voit toujours aucun de ces navires à l'horizon.

Enfin, on a vu un groupe de néo-nazis organiser une marche de la “fierté blanche” à Christchurch, la troisième plus grande ville du pays (400 000 habitants). 

Tous ces événements varient en importance, mais pris tous ensemble, ils ont créé une controverse croissante et de plus en plus de discussions dans la société autour des questions d'ethnicité et de racisme.

Les “patriotes” blancs néo-zélandais d'extrême-droite

La nomination de la nouvelle Commissaire


La nomination de Susan Devoy, ancienne championne de squash, au poste de Commissaire aux relations inter-raciales est perçu par beaucoup de gens comme une provocation de la droite. Avant sa nomination, Devoy était une conservatrice ouvertement déclarée. Face aux critiques qui la jugeaient absolument non-qualifiée pour ce poste, Devoy a répondu qu'elle “apprend vite” et qu'elle dispose d'une “bonne boussole morale”. Parmi ses prises de position de droite, Devoy a en particulier critiqué le port de la burqa et blâmé les Maoris qui soulevaient des questions politiques importantes telle que le jour de Waitangi.

Le jour de Waitangi est une fête nationale qui commémore l'anniversaire de la signature du traité de Waitangi, en 1840. Depuis des décennies, la fête de Waitangi est utilisé par les Maoris en tant que journée d'organisation de débats et de manifestations pacifiques et symboliques afin d'attirer l'attention sur les problèmes que connaissent les Maoris.

Bien que ce traité n'était en réalité rien de plus qu'un outil pour l'annexion de la Nouvelle-Zélande par l'Empire britannique, il contenait de nombreuses promesses pour les Maoris, y compris le droit à avoir leur propre gouvernement via la chefferie traditionnelle. Comme beaucoup des promesses faites dans le traité n'ont toujours pas été mises en application aujourd'hui, les Maoris considèrent le jour de Waitangi comme un symbole de leur résistance. Les Maoris exigent que ces points du traité soient respectés.

Le point de vue de Devoy est que le jour de Waitangi ne devrait pas être utilisé par les Maoris pour leurs “magouilles politiques”. La vérité est malheureusement que c'est justement cette attitude – le refus de reconnaitre de profondes injustices historiques – qui a porté Devoy en tant que candidate idéale à ce poste aux yeux du gouvernement.

Manifestation du jour de Waitangi : « Respectez le traité »

Même certains parmi la presse conservatrices estiment qu'avec sa nomination, la droite a été un peu trop loin ; un éditorial commentait le fait que : « Elle est extrêmement naïve sur le plan politique et sans doute aussi sur le plan culturel… ce qui ne va pas vraiment avec un poste dont le détenteur est censé servir de médiateur dans le cadre d'affaires complexes touchant à la discrimination raciale et aux droits de l'homme ».

Devoy ne répond à aucune demande d'interview. Cela en arrive parfois à des situations comiques. Un jour, une équipe de journalistes qui demandait à la voir a été reçue par son associé qui disait qu'elle était en train de dormir et qu'il ne fallait pas la réveiller. Juste au moment où les journalistes ont vu la même dame passer en voiture derrière eux.

Même lorsqu'on a réussi à lui poser la question, Devoy a déclaré ne pas voir en quoi la marche pour la “fierté blanche” à Christchurch méritait le moindre commentaire de sa part. Lorsqu'une députée nationaliste du Danemark, qui visitait la Nouvelle-Zélande et y a été officiellement reçue suivant la tradition maorie, a décrit cet accueil en ces termes : « J'ai trouvé ça vraiment grotesque, ridicule, de voir un homme à moitié à poil, dans une jupe faite en brins de paille, qui me tirait la langue en criant », Devoy n'a pas non plus jugé bon de faire le moindre commentaire.

Il a aussi été révélé dans un magazine que l'autobiographie de Devoy, parue en 1993, contient des passages où elle se plaint d'avoir eu du mal à trouver des contrats sportifs bien payés en Afrique du Sud, du temps de l'apartheid. Elle y dresse une liste de facteurs “pour” et “contre” afin de décider si elle devrait ou pas aller y faire une tournée. Pas une seule considération pour les droits de l'homme n'apparait dans cette liste, elle n'y voit que les facteurs financiers.

La nomination de Devoy a déclenché beaucoup de débats concernant la question du racisme. Tellement qu'une des principales émissions télévisées d'actualité a décidé de consacrer un épisode aux racisme subi tous les jours par les Maoris. L'expérience filmée suivait le scénario suivant : un homme d'origine européenne et un homme maori, tous deux avec le même costume, la même voiture, etc. ont chacun visité les mêmes stations d'essence pour y demander de faire le plein avant de payer.

L'homme blanc a pu faire le plein avant de payer dans les cinq stations d'essence. L'homme noir a été forcé de payer avant de faire le plein dans quatre des cinq stations d'essence, malgré son attitude extrêmement polie. Cette unique petite expérience a donné à tout le monde un aperçu clair de la discrimination au quotidien qui est subie par les Maoris et de la faillite des institutions telles que la Commission des droits de l'homme censées œuvrer à l'élimination du racisme en Nouvelle-Zélande. 

Susan Devoy, la nouvelle Commissaire aux relations inter-raciales,
une Kandia Camara néo-zélandaise…
  

Les institutions de défense des droits de l'homme

En Nouvelle-Zélande, le poste de Commissaire aux relations inter-raciales fait partie de la Commission des droits de l'homme. Cette Commission est censée défendre les droits de l'homme, consulter les divers groupes concernés par la défense des droits de l'homme, enquêter dans les affaires qui touchent aux droits de l'homme, développer un plan national de promotion et de protection des droits de l'homme, et participer aux procédures judiciaires liées aux droits de l'homme. Elle rend compte au premier ministre.

Malgré la présence de tels organes de défense des droits de l'homme dans la plupart des pays avancés, les droits de l'homme sont régulièrement bafoués, chez nous comme ailleurs. Cela est dû essentiellement au fait que les droits de l'homme sont directement opposés aux intérêts du capitalisme – un système qui est basé uniquement sur les profits privés à l'opposé des besoins quotidiens de la population mondiale.

Sous le capitalisme, les droits de l'homme sont considérés comme passant après les droits des capitalistes à faire du profit. De ce fait, le racisme n'est en fait qu'un sous-produit logique du système de profits. Comme Malcolm X (militant anticapitaliste et défenseur des droits de l'homme aux États-Unis, assassiné pour ses idées) le disait : « On ne peut pas avoir le capitalisme sans le racisme ». Cela explique pourquoi, lorsque les gouvernements capitalistes daignent mettre en place de telles institutions, il ne s'agit en général que de tigres sans dents ni griffes.

Bien que les socialistes n'accordent pas la moindre confiance en ces institutions, nous pouvons tout de même utiliser ces institutions, en conjonction avec des mouvements et des campagnes de masse, en tant qu'outil qui peut nous aider à obtenir des réformes pour la population opprimée. Par exemple, un appel aux organes de défense des droits de l'homme peut être utile pour quelqu'un qui subit la discrimination sur son lieu de travail là où le rapport de force ne permet pas de vaincre le patron par une action syndicale.

Les droits de l'homme, comme tous les droits, ne sont pas quelque chose qui a été accordé “cadeau” par la classe capitaliste. Tout au long de l'histoire, il a fallu se battre pour ces droits, et ceux qui ont été obtenus ne l'ont été que par la lutte. Lorsque la société glisse vers la crise, nous voyons souvent que les capitalistes cherchent à reprendre ces libertés démocratiques et ces droits, à faire reculer l'histoire. On voit ça dans toutes sortes de nouvelles lois antidémocratiques qui ont été signées ces dernières années. Au fur et à mesure que s'aggrave la crise économique, nous allons de plus en plus devoir nous battre pour défendre non seulement notre niveau de vie, mais aussi nos droits.

Danse guerrière traditionnelle maorie

L'importance de l'unité de classe


Dans le contexte de récession et de crise économique mondiale qui ne fait que s'aggraver, la classe dirigeante va de plus en plus chercher à diviser la classe des travailleurs afin de l'affaiblir. De son point de vue, il est beaucoup plus facile de faire payer la crise à la population, via des coupes budgétaires et des mesures d'austérité, si cette population est divisée selon des critères de races et d'ethnie.

Ce que craint le plus la classe dirigeante, est de voir l'ensemble de la classe des travailleurs s'unir et agir de concert afin de s'opposer aux attaques sur notre niveau de vie. Nous ne devons pas laisser des gens comme Susan Devoy ou John Key utiliser leurs déclarations publiques afin d'enfoncer des barrières entre les différents groupes de la population, qui sont tous attaqués.

Les travailleurs, les chômeurs, les étudiants, et tous les opprimés dans la société, ont un intérêt commun, qui est celui d'œuvrer tous ensemble pour nous assurer que ce n'est pas nous qui allons devoir payer la facture de cette crise économique qui a été causée par les capitalistes. Nous avons plus en commun les uns avec les autres qu'avec ceux qui nous exploitent. C'est avec nos syndicats, nos comités de quartier et des nouveaux partis politiques comme “Mana” que nous devons lutter pour des emplois, pour des logements et pour des services pour tous.

En nous organisant ensemble autour des ces questions de classe, les différences secondaires telles que la race pourront être mise de côté. Notre niveau de vie pourra ainsi être protégé et étendu, jetant les bases pour un nouveau type de société, basé sur la satisfaction des besoins humains et non pas sur les profits. Ce type de société utilisera la richesse créée pour fournir à tous tout ce dont ils ont besoin, et par conséquent relèguera dans les brumes de l'histoire la discrimination et l'oppression. De véritable droits de l'homme deviendront une des plus grandes priorités. Voilà le monde pour lequel luttent les socialistes.

Le nouveau parti “Mana”, au programme de gauche radical,
est une bonne initiative pour faire progresser la lutte

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