Une vie source d'inspiration et d'enseignements
Ce n'est pas pour rien que Lumumba est un personnage cité en référence par la plupart des mouvements panafricanistes et patriotes africains, y compris en Côte d'Ivoire. Son idéalisme et son abnégation, son statut de martyr également, en font le héros idéal. Mais il ne suffit pas de citer le personnage : pour le triomphe de la révolution africaine, il faut étudier la vie de Lumumba et comprendre les erreurs commises par lui afin d'éviter une répétition de tels désastres. Car n'oublions pas que le meilleur hommage que nous puissions lui rendre est de diriger une lutte victorieuse pour la libération totale et véritable de l'Afrique, pour une Afrique affranchie de l'impérialisme, une Afrique socialiste.
Hommage à Patrice Émery Lumumba
Texte rédigé par Dalaï, groupe sympathisant du CIO en Côte d'Ivoire
Dans « l’empire du
silence », il a crié et toute l’Afrique a entendu sa voix. Il a vécu pour l’Afrique
digne et a laissé aux jeunes Africains et de partout l’espoir
d’une lutte. Dans la fleur de l’âge,
la barbarie impérialiste, la brutalité de l’amour de la
domination ont tenté de l’éteindre à jamais. En lui donnant la mort,
ils ont oublié qu’ils venaient de ressusciter toute l’Afrique et
tous les épris d’un monde égalitaire.
Vexé dans son fort
intérieur par l’injustice et la bestialité d’un système au
visage hideux, Lumumba s’est armé de courage et de rhétorique
pour combattre l’injustice.
Il a d'ailleurs écrit :
« Ô Noir, bétail
humain depuis des millénaires,
Tes cendres s’éparpillent
à tous les vents du ciel ;
Et tu bâtis jadis les
temples funéraires
Où dorment les bourreaux
d’un sommeil éternel ».
Pour ton combat au nom de
cette Afrique martyrisée,
se souviennent encore de toi Jean-Paul Sartre,
Aimé Césaire, Béchir Ben Yamed,
Fanon et même certains de tes bourreaux. Ta vie nous enseigne la
persévérance, l’engagement, le courage et l’amour pour les
êtres humains. Hier en t’assassinant,
ils ont certes tué un lutteur, mais on oublié qu’ils viennent de
décupler la lutte pour la dignité.
Hélas et milles fois
hélas pour eux, car comme l’affirmait Césaire : « Lumumba
mort, Lumumba tué, sera pour les
impérialistes et leur valets plus dangereux que Lumumba
en vie » Hélas et encore, car même
mort, « Lumumba
cesse d’être une personne pour devenir l’Afrique toute
entière », comme le soulignait Jean-Paul
Sartre.
Comme Lumumba, tous
les jeunes doivent cesser d’êtres des hommes normaux dans un monde
anormal ; d’être des êtres
ordinaires dans un monde extraordinaire. Il faut défendre, même
au risque de sa vie, la vérité, la justice, la liberté et l’amour.
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50
ans depuis l’assassinat de Patrice Lumumba, héros de l’indépendance
du Congo
Article
publié le 16 janvier 2011 par nos camarades congolais sur
le site de la section belge du CIO, le Parti socialiste de lutte
/ Linkse Socialistische Partij
Le
17 janvier 1961, Patrice Émery Lumumba, premier
Premier ministre de la jeune république du Congo, était
lâchement assassiné dans la brousse du Katanga – soit
seulement six mois après l’indépendance de l’ex-colonie
belge. Cet assassinat, perpétré par le gouvernement fantoche du
Katanga « indépendant » avec la complicité active des
autorités belges et américaines, marquait le début d’une
répression féroce envers les forces populaires, ouvrières et
paysannes qui avaient conquis l’indépendance de haute lutte
– processus de réaction féroce dont le couronnement a été
l'arrivée au pouvoir de la dictature sanguinaire de Mobutu qui dura
35 années.
Patrice
Lumumba était de la génération des leaders petit-bourgeois qui ont
dirigé les luttes de libération nationale en Afrique au cours des
années ’50, ’60 et ’70. Celui-ci faisait partie de
la couche appelée de manière insultante les « évolués »
par les autorités coloniales belges : il possédait un travail
bien rémunéré pour un « nègre » et avait suivi une
bonne instruction.
En
tant que bon sujet colonial et bon catéchiste, le rêve de Lumumba
lors de sa jeunesse était de devenir un vrai Belge. L’ironie
voulait que le jeune Patrice ait pris au sérieux les mots d’ordre
de « civilisation » propagés par les prêtres et
fonctionnaires artisans de la colonie. Cependant, rapidement, il dut
se rendre compte que ces mots d’ordre n’étaient qu’une
mascarade et que les nègres n’étaient là que pour extraire les
matières premières nécessaires aux capitalistes belges et servir
de garde-chiourme pour les meilleurs d’entre eux. Il décida donc
de s’engager dans la lutte anticoloniale afin de sortir ses
« frères de race » de cet asservissement.
Lumumba était de
cette classe petite-bourgeoise : celle qui vogue entre deux eaux
mais également celle qui sait s’appuyer sur les masses populaires
ouvrières et paysannes pour conduire une lutte de libération
nationale. C’est principalement sous l’effet de ces masses que la
doctrine et l’action de Lumumba ont évolué de manière radicale.
Après que les masses soient descendues dans la rue pour revendiquer
l’indépendance immédiate, Lumumba n’a eu de cesse de soutenir
cette revendication ; lorsque cette indépendance a été
conquise, il s'est élevé aux côtés des masses en tant que
Premier ministre avec l’idée selon laquelle une indépendance
de façade ne suffisait pas et que les richesses du pays devaient
profiter au peuple congolais, contre les ingérences de l’ex-colonie
soucieuse de maintenir l’exploitation de ses entreprises malgré
l’indépendance formelle ; enfin, il a organisé la lutte
armée de ses partisans regroupés à Stanleyville contre le coup
d’État de Mobutu, téléguidé par Bruxelles et Washington.
Cependant, Lumumba
n’a pas eu le temps de tirer les leçons de ses erreurs. Si
celui-ci était mû par une foi inébranlable dans le peuple
congolais et la nécessité de l’indépendance réelle, il était
également proie à un idéalisme qui frisait la naïveté :
c'est sa vision du peuple congolais comme un tout indivisible qui l'a
poussé à accepter – sur pression de la Belgique – un
gouvernement avec le « parti des nègres payés » comme
les Congolais aimaient appeler ces dirigeants noirs qui n’avaient
d’autres ambitions que de remplacer le Blanc dans l’extorsion des
richesses du peuple. Ce sont ces laquais de l’impérialisme qui
ordonneront son assassinat, vendant l’indépendance contre un poste
ministériel et une place dans un conseil d’administration d’une
multinationale belge ou américaine.
Ce n'est que quelques
semaines avant son triste sort que Lumumba a compris qu’afin de
conquérir l’indépendance réelle, il ne pouvait s’appuyer que
sur l’action coordonnée des masses ouvrières et paysannes. Il n'a
compris que tardivement également que l’indépendance réelle et
le bénéfice des richesses du pays à son peuple ne pouvaient passer
que par la prise en main de ces richesses par les masses elles-mêmes,
et que jamais les impérialistes ne permettraient qu’une part, même
infime, de cette richesse ne leur échappe.
Le 17 mai 2011,
la voix de Lumumba, héros de la première indépendance du Congo,
résonnera dans le cœur de chaque Congolais. Nous espérons qu’à
partir d’aujourd’hui, les ouvriers et paysans du Congo lutteront
afin de « reconstruire notre indépendance et notre
souveraineté ; parce que sans dignité il n’y a pas de
liberté ; sans justice il n’y pas de dignité ; et sans
indépendance il n’y a pas d’hommes libres »,
tout en tenant compte des erreurs de Lumumba, mais en
s’inspirant de sa foi inébranlable et de sa détermination sans
faille.
Nous savons que cette
lutte triomphera et que « L’histoire prononcera un
jour son jugement, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on
enseignera à Bruxelles, à Paris, à Washington ou aux
Nations unies ; ce sera celle qu’on enseignera dans les
pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique
écrira sa propre histoire et elle sera, au nord et au sud du Sahara,
une histoire de gloire et de dignité »
Combien de martyrs encore avant notre libération ? |
NB : les deux
citations sont tirées du testament que Patrice Lumumba a laissé à
sa compagne, sachant sa fin proche.
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